‹ La Fontaine et ses devanciersChapitre 54 sur 56 · Il y a beaucoup de vérité dans ce tableau avec · texte numérisé non relu

Il y a beaucoup de vérité dans ce tableau avec

un teinte d'exagération paradoxale ou exclusive qui lui donne un nouvel attrait. Cependant ce que M. Taine attribue, sans le blâmer, à l'esprit français, savoir l'impatience de la règle et l'amour du plaisir, blâmable en soi, est partout le propre de la nature humaine, surtout dans le peuple. Il n'est pas vrai que notre civilisation, notre littérature soient artificielles, que nous soyons invinciblement portés à rejeter la règle et à chercher la jouissance, ce qui n'est autre chose que le matérialisme. Notre civilisation comme notre littérature est nationale quoiqu'empruntée à plusieurs sources; toute la vie intellectuelle n'est point concentrée dans Paris aux dépens des provinces. Enfin une foule de Français de tous les rangs et de tous les états se soumettent volontiers au devoir et résistent à l'attrait du plaisir : soutenir le contraire, c'est calomnier et avilir notre patrie.

226. Il n'est pas vrai non plus que Rabelais, Molière, La Fontaine, Voltaire et Déranger représentent exclusivement l'esprit français ou gaulois, et soient seuls populaires. Ils conviennent mieux à la bourgeoisie vulgaire, sans être ni plus ni moins grands pour cela. C'est ainsi qu'en Grèce, Anacréon et Aristophane avaient sans doute plus de lecteurs quePindare et Sophocle, sans être ni plus ni moins Grecs, sans avoir ni plus ni moins de génie. Cela tient au genre qu'ils avaient cultivé, lequel est plus accessible à tous, parce que le peuple goûte plus l'expression comique, quoique moins pure, de la poésie, que fexpression idéale du beau. Il doit en être de même à peu près partout. Néanmoins, il faut reconnaître que Molière et La Fontaine sont peut-être plus parfaits et plus originaux dans leur genre que Racine ou Corneille dans le leur, et que les bourgeois français

sont plus sensibles à une poésie badine et légère qu'à une poésie touchante et sublime ; mais c'est une question de majorité numérique, et le suffrage universel n'a rien à faire dans l'art; on n'y doit tenir compte que dès esprits cultivés. Pour la poésie, la popularité est un point secondaire, et le poète doit élever la multitude jusqu'à lui, au lieu de s'abaisser jusqu'à elle. D'ailleurs, cette préférence de la multitude en France, pour tout ce qui est moins pur et moins élevé, se retrouve aussi plus ou moins chez tous les peuples. Ce privilège de la popularité a donc moins d'importance qu'on ne l'imagine et ne préjuge rien pour, la perfection ou le mérite absolu des artistes; car à ce compte, un opéra-comique médiocre, une comédie de M. Scribe, auraient plus de valeur qu'un opéra de Gluck ou une tragédie de Corneille. Nous repoussons donc au nom de La Fontaine, la conclusion de son apologiste : « qu'il nous a donné notre œuvre poétique la plus nationale et la plus élevée, notre véritable épopée gauloise. » Nous n'avons pas d'épopée, mais nous avons des comédies et des tragédies admirables, des chansons, des poésies légères, des odes, des élégies, et enfin des fables, chefsd'œuvre de grâce et de poésie, qui s'élèvent au-dessus du genre, mais non au-dessus de tous les trésors de notre littérature. Car, si elles l'emportent peut-être par l'exécution, elles restent pnr leur portée au-dessous d'œuvres plus sérieuses. Le mérite d'exécution que la critique trouve à une œuvre, n'est pas la mesure de sa valeur comme on le croit généralement, mais bien le sentiment du beau qu'elle laisse en nous. C'est là ce qui élève Eschyle au-dessus d'Aristophane, Pindare au-dessus d'Anacréon, et même Virgile au-dessus

d'Horace, quoique ceux-ci soient peut-être plus rares et plus parfaits dans leur genre que ceux-là dans le leur.

227. Nos réserves contre M. Taine se bornent donc à contester la prétendue légitimité , et la disposition générale et exclusive qu'il attribue aux Français, de secouer la règle pour suivre la nature, et à douter que La Fontaine soit notre poète le plus élevé et le plus justement populaire. Après ces restrictions, nous reconnaissons qu'il représente d'une manière très originale cette disposition de l'esprit humain en général et peut-être de la Iteurgeoisie française en particulier, et qu'il a réuni à un plus haut degré que tout autre l'art et le naturel, un génie original avec la culture de l'esprit, le goût et la raison de son époque, avec une verve libre et enjouée. On doit donc reconnaître dans La Fontaine, un des types les plus curieux du caractère français, à cette époque la plus glorieuse peut-être de notre histoire, mais non un type complet et irréprochable de notre nation.

Il était naturellement bon et honnête, et d'une grande droiture de cœur; en outre, il avait un jugement sain, et une sorte de sagacité instinctive qui lui faisaient observer et remarquer le fond des choses et des hommes. Enfin il joignait à une bonhomie champenoise, l'enjouement et même l'inoffensive raillerie qui s'amuse de tout et voit tout d'un côté comique et plaisant. Ces qualités sont celles de sa nation et de sa province, mais il les a portées jusqu'au génie par sa naïveté, sa finesse et sa gaîlé charmantes. Les autres traits de son caractère, l'amour du plaisir, l'oublidcs devoirs domestiques, les distractions dans la société, sont moins honorables,

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mais nous semblent aussi moins généraux. C'est-à-dire que si beaucoup de Français ont ces défauts, beaucoup aussi en sont affranchis par la nature, l'éducation ou la volonté. Ainsi c'est un Français plutôt par les heureux côtés de son caractère; un Champenois par sa simplicité candide, et un enfant gâté par les défauts qu'il ne s'est pas mis en peine de corriger. Ce penchant pour les femmes, par faiblesse, par légèreté et insouciance de la loi morale, plutôt que par sensualité ou libertinage, n'est pas rare non plus dans notre pays, mais peu d'hommes s'y sont livrés avec moins de scrupule , la galanterie du temps n'étant pas tempfrée chez lui par les convenances sociales, ou par la religion qui aurait pu le retenir. C'est un des traits de son cœur tendre et mobile, mais un peu mou et sans diieclion morale. Nous n'avons garde de l'en justifier, tout en l'excusant par l'entraînement de l'exemple et des circonstances. Au reste, nous ne voyons en lui que l'auteur des fables chez qui cette disposition à l'amour est presque chaste, et beaucoup plus voilée que dans les contes. Mais ni le désordre de ses mœurs, ni sa négligence à gérer son bien ou à élever sa famille, ne nous semblent essentiels au- caractère français, autant que son humeur douce, honnête et enjouée , et nous ne pouvons en cela ni l'approuver, ni y reconnaître le modèle de notre nation. 228. Reconnaissons que La Fontaine, d'un caractère aimable mais faible, insouciant et sensuel, doit beaucoup à la société à la fois élégante et sérieuse du xvii^ siècle, tant pour le choix de ses derniers ouvrages que pour le goiît pur et sévère qu'il a montré. A une autre époque, c'eût été un poète charmant mais libertin, et que n'auraient jamais pu lire les honnêtes gens.

C'est l'influence de celte société polie, régulière, chrétienne, oîi l'autorité, la raison, les convenances étaient respectées, qui l'ont amené à mettre au service de la morale ou du moins de la sagesse, son talent pour raconter avec grâce. Mais il est un point sur lequel il n'a pas subi cette influence, et l'on doit s'en féliciter, c'est le style, qui chez lui est d'une verve familière , d'une simplicité antique , d'une absence complète d'apprêt et d'emphase, défauts ou, si l'on veut, excès de la littérature de son temps. Il doit à la lecture des auteurs du xvi^ siècle ce langage si expressif, si original, si populaire, qui fait que de tous nos classiques, c'est le plus riche en idiotismes piquants et en tours vraiment français. C'est ce qui l'a fait nommer par un habile critique, le dernier et le plus grand de nos poètes du xvi^ siècle. Mais son goût quoique naturel et fin, n'aurait pas été si pur ni si sévère, s'il n'avait lu les anciens, et s'il n'avait pas vécu dans la meilleure compagnie du siècle oii les bienséances en tout furent le mieux observées. La société des dames de la cour, de poètes comme Racine et Molière, de critiques comme Boileau et Patru, ne lui fut pas moins utile que l'étude de Platon ou de Quintihen. Cependant on doit reconnaître que par une certaine veine de liberté confuse et d'indépendance populaire, il s'est tenu plus que tout autre en dehors du ton de la cour et du goût pour la mythologie qui régnait alors, bien que sur ces deux points il ait subi l'influence de son temps. C'était un bourgeois curieux, qui s'amusait de tout, mais sans être dupe de rien ; incapable de rien renverser, mais se contentant de sourire; subissant l'impression du bien et du mal, mais également insouciant des bassesses et

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des grandeurs, des scandales et des vertus, caractère en cela plutôt heureux que recommandable, et que sa conscience obtuse sauve de plus graves reproches ; comme lorsqu'il loue indifféremment les maîtresses et les enfants adultérins de Louis XIV-, en même temps que Mnie de Sévigné et le duc de Bourgogne.

229. La Fontaine a peint l'humanité tantôt directement, tantôt sous la figure d'animaux, telle qu'elle est de tout temps, mais aussi telle qu'elle s'est montrée à lui au xYiie siècle j On voit chez lui l'écolier insouciant, le pédant sentencieux, le grand seigneur suffisant, le charlatan effronté, le financier important, l'avare insensé, l'amoureux prévenu, le maître clairvoyant, le curé indifférent, la laitière étourdie, le villageois niais, le médecin compassé, le pêcheur prudent, le juge formaliste, le berger bâillant aux chimères, l'artisan bavard, le bûcheron honnête et misérable, les femmes indiscrètes. Outre ces peintures directes et générales , il montre dans le cerf, le lièvre, le lapin, le rat, un écervelé victime de son étourderie; d^ns l'àne, le corbeau, le geai, le héron et le paon, un sot vaniteux; dans le cheval, un gentilhomme ombrageux et fier; dans le chat, un hypocrite habile; dans la fourmi, une ménagère assez sèche ; dans l'éléphant, un puissant seigneur ; dans le coq, un soldat goguenard ; dans le cygne, un poète noble et inoffensif; dans l'écrevisse, une commère; dans la grenouille, un imbécile et un impertinent; dans le loup, un brutal stupide ou méchant ; dans le milan et le vautour, un bandit; dans la colombe, un cœur tendre; dans l'alouette, une mère ; dans l'ours, un lourdaud ; dans le renard, un fourbe; dans le singe, un bouffon; dans le serpent, un envieux.

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230. Ce n'est pas tout; il semble que dans certaines fables il ait eu en vue la peinture de son temps; non pas sans doute qu'il ait voulu faire une satire, ni une caricature, mais naturellement, par une malice instinctive et d'autant plus piquante qu'elle est comme involontaire. Sous le masque des animaux, il a peint les quatre classes de la société à son époque : le roi dans la personne du lion et de l'aigle; les seigneurs et les courtisans sous le nom du renard, du loup, du mulet, de l'ours, du héron ou de la mouche; la bourgeoisie, sous les traits du chien, durât, de l'hirondelle, de la tortue, de la grenouille ou de la fourmi; enfin les paysans, sous la figure de l'âne, du chapon, du lièvre ou du lapin. Quelques animaux n'ont pas une physionomie aussi tranchée. Arrêtons-nous sur les quatre classes principales dont La Fontaine nous a tracé des portraits si fidèles et si plaisants.

231. Le roi est sérieux, hautain, insultant, habile, quelquefois généreux, souvent injuste et violent, égoïste et même dissimulé, mais tombant noblement. Il se fait la part du lion., raille l'âne, s'enveloppe de la peau du loup écorché vif; il dédaigne l'escarbot, chasse la pie, croque les petits du hibou; il pardonna au rat, est la dupe des flatteries du cerf, et est harcelé impunément par le moucheron; mais sa chute arrache à La Fontaine un accent de sincère émotion dans la belle fable du Lion devenu vieux :

Le malheureux lion, languissant, triste et morne,

Peut à peine rugir, par l'âge estropié.

Il attend son destin sans faire aucunes plaintes.

Quelle dignité dans ce silence, et quel respect du poète

pour cette grandeur déchue! Plus on y regarde de près, plus on est frappé de la ressemblance entre le roi et le lion de La Fontaine, et de la hardiesse du fabuhste qui le peignait sous des traits aussi vrais.

Parmi les types des seigneurs du xviie siècle, on peut distinguer le renard, fin courtisan, délié, spirituel, dur, sans honneur, et vivant aux dépens du prince et du public; le loup sot et méchant; l'ours, sorte de hobereau campagnard ; le héron, pilier d'antichambre, pauvre et dédaigneux comme un gentilhomme ruiné et finissant par une mésalliance, enfin la mouche, brillant parasite qui , comme les marquis de Molière ,

Pique l'un, pique l'autre, et pense à tout moment. Qu'elle fait aller la machine.

Les types de la bourgeoisie ne sont pas moins nombreux : le mulet est un parvenu, le chien un intendant de grande maison, la fourmi est laborieuse et intéressée, la tortue patiente et vaniteuse, le corbeau imbécile et fanfaron ; le rat est un bourgmestre affairé, tracassier, mais prudent, quand la vanité ou l'avarice ne l'aveugle peint; l'hirondelle a beaucoup vu, les grenouilles quelquefois ne rayonnent pas mal, mais en somme, c'est une race fort sotte et fort peureuse^ qui se rendrait familière jusqiC à sauter sur l'épaule du roi, mais toutefois elles veulent un roi qui se remue: quand ce serait une grue qui les croque à son plaisir. Nous ne parlons pas de certaines classes de la société, clergé, magistrats*, avocats, soldats, marchands, tracés en passant sous la forme du chat, de l'âne, du loup, du coq ou des canards.

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Le peuple ou les paysans sottement goguenards, mais laborieux, pauvres, et souvent victimes des grands; le peuple des campagnes et des villes occupe moins de place dans les fables comme sur la scène politique, quoique l'on en trouve des traits dans quelques rôles du chien, du rat, de l'agneau, du chapon, du lièvre, de l'araignée et du roseau ; c'est l'àne surtout qui le représente dans

Cette ample comédie à cent actes divers Et dont la scène est l'univers.

L'âne n'est pas beau; il est lourd, têtu, indocile; mais il est honnête, laborieux, modeste; il a de la franchise, de la bonhomie, de la tempérance ; il est malheureux et souvent maltraité par ses maîtres, les enfants ou les voleurs ; il a des accès de vanité et des prétentions à la grâce où à l'indépendance. 11 donne au lion mourant le coup de pied de l'àne ; c'est un animal sans vertii, c'està-dire sans courage ni générosité. Qu'il reste dans son rôle passif et subalterne, sinon ,

Un petit bout d'oreille échappé par malheur Découvre la fourbe et l'erreur, Martin bâton fait alors son office.

233. On le voit, La Fontaine raille plus qu'il ne loue, et sans prendre parti pour personne, montre les travers de toutes les classes de la société. On aurait tort cependant d'y voir une opposition systématique, et l'intention de faire la satire des contemporains. Non; La Fontaine a seulement habillé à la mode du temps les types traditionnels qui lui étaient fournis par les fables d'E-

sope, et il s'est trouvé qu'il peignait, sans le vouloir, la royauté et la cour qu'il avait sous les yeux. Ses peintures sont plus générales que celles du Roman du Renart , bien que le lion, le loup, et surtout le renard y soient aussi au premier plan. Celui-ci qui paraît prés de vingt fois chez lui, presque toujours pour tromper les autres animaux, est, comme dans le roman du moyen âge, l'objet d'une sorte de prédilection de la part de La Fontaine ; soit que sa finesse ait désarmé le bonhomme ainsi que nos aïeux, soit qu'il ait vu en lui le représentant de l'adresse contre la violence de la bourgeoisie et contre la féodalité. Toutefois il lui a enlevé le caractère odieux d'hypocrisie, de méchanceté et d'endurcissement dans le mal qui finit par rebuter dans la poésie du xiif siècle; c'est toujours un fourbe habile, ce n'est plus un scélérat.

C'est dans les Animaux malades de la peste, que l'on voit réunis tous les portraits des divers états. Le lion ouvre la scène et parlant avec une noblesse adoucie par le malheur commun, s'exprime avec justesse et dignité, et paraît prêt de s'immoler au bien public; mais remarquez comme le ton se relève à la fin, et comme il s'explique pour qui sait l'entendre :

Je me dévouerai donc s'il le faut, mais je pense Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi.

Après le roi, le courtisan ou le renard, flattant impudemment le maître et insultant ses victimes : canailles, sotte espèce.

. . . Vous leur fîtes, seigneur. En les croquant beaucoup d'honneur.

Jamais la bassesse unie à l'astuce n'a été plus vigoureusement stigmatisée, et le poète dans ce dernier trait fait coup double, frappant à la fois le despotisme et l'adulation. Par là, comme l'a dit un critique ingénieux, le renard échappe, et lui seul, sans qu'on s'en aperçoive ne fait pas sa confession. Quant aux autres seigneurs de la cour.

Les tigres et les ours et les autres puissances, Tous les gens querelleurs jusqu'aux simples mâtins, Au dire de chacun étalent de petits saints.

Que de malice et même d'amertume dans ces tours si plaisants et si enjoués ! Tout le monde connaît la confession de l'àne , c'est-à-dire du bourgeois ou du manant, car ici tous les deux se confondent dans le peuple qui joue le rôle de l'honnête candeur et de la faiblesse opprimée.

Le \on^, quelque peîi clerc, c'est l'avocat déclamateur, sophiste impudent, insulteur public, jouant l'indignation vertueuse contre

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout le mal.

Nous finirons cette analyse par deux remarques : la première c'est que La Fontaine, même quand les bêtes périssent, comme ici, victimes de l'injustice, conserve la sérénité d'un spectateur détaché, sinon impassible, et ne quitte pas le ton enjoué de la fable ou plutôt de la comédie qui convient à cette fiction agréable en même temps que morale; la seconde, c'est que si au premier abord ce chef-d'œuvre semble aboutir à cette vérité philosophique assez médiocre :

Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir;

il ne faut pas s'y tromper, le poète n'en a pas moins atteint deux autres buts plus importants : de faire rougir de l'injustice, en la peignant en traits énergiques quoique amusants, et de représenter la société tout entière, telle qu'elle était au xvii^ siècle, et telle qu'elle sera plus ou moins dans tous les temps. Nous avons donc une excellente peinture de l'époque à peine déguisée sous les traits des animaux, et La Fontaine, comme peintre des mœurs, s'est placé ici près de Molière. Il est même plus complet, car tous les états y sont représentés, depuis celui de monarque auquel Molière n'a pas osé s'attaquer, jusqu'à celui du misérable qu'il n'a guère retracé non plus. Quant à la verve du style et la gaîté malicieuse, Rabelais seul eût pu en approcher, mais avec moins de goût et de précision.

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