‹ La Fontaine et ses fablesChapitre 12 sur 30 · LE CURÉ · texte numérisé non relu

LE CURÉ

[enir les rangs dans cette procession de portraits, ^ilaintenant,

ïl Notre curé suit son seigneur; ^

il Tous deux s'en vont de compagnie.

■.^ja. Fontaine est ici dans la tradition, c'est-à-dire peu

;iespectueux. Le nom de son curé, messire Jean

>aiouart, a déjà été appliqué par Rabelais ' à un objet

eiUédiocrement ecclésiastique. Le clergé en France,

iiuoique décent et régulier, n'est point le favori du

j'ubiic. On ne voit en lui qu'un corps de fonction-

i taires, préfets et sous-préfels du dogrneet de la mo-

ale; nous ne les faisons pas, nous les recevons d'en

aut comme aussi le dogme et la morale; c'est pour-

uoi, à leur endroit, nous restons froids, quoique

ociles. D'ailleurs et foncièrement, la race n'est point

eligieuse, cest-à-dire sérieuse et sujette aux.alar-

les de conscience , mais sceptique , railleuse ,

rompte à ramener les privilégiés à son niveau, à

hercher l'homme sous le dignitaire, à croire que,

our tous comme pour elle, le grand objet de la vie

3t l'amusement ou le plaisir. La France a toujours

:é « de la religion de Voltaire. » La-Fontaine ne

it que reprendre et sans aigreur les plaisanteries

a moyen âge. Son messire Jean Ghouart est gai,

j 'vial, exploite son mort, et lui débite en vrai mar-

land toute une provision de cérémonies, a des

» Voyez l'eudroit où Panurge fait la cour à une dame -le Paris.

psaumes et des leçons, et des versets, et des répons. Il vide sur lui toute sa boutique . Il y a dans ce réc j beaucoup de malice, mais point de méchanceté.

Un mort s'en allait tristement S'emparer de son dernier gîte.

Un curé s'en allait gaîment Enterrer ce mort au plus vite.

On devient insensible par habitude; et que de chose n'excuse pas le métier ! En ce moment il excuse 1 satire chez La Fontaine.

Monsieur le mort, j'aurai de vous Tant en argent et tant en cire, Et tant en autres menus coûts *.

Ne sommes-nous pas tous faits de la sorte? On ni voit d'abord dans son emploi que ce qu'il a de gêné reux et d'utile. On est prodigue d'enthousiasme e de dévouement. Cette belle source tarit vite; oi songe à soi, après avoir songé aux autres. On devien homme de ménage. On calcule de petits profits qu payeront de petits plaisirs. Le bonheur est- il auln chose que le bien-être?

Il fondait là-dessus l'achat d'une feuillette Du meilleur vin des environs.

Messire Ghouart est bon homme, il s'occupe auss des autres , « de sa nièce assez proprette , de

* La Fonlalne, VUl, vu.

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