LES CARACTÈRES POÉTIQUES
Quel tableau"? Ce ne sont pas simplement des P' rsonnages animés, Pierre ou Paul, que vous venez d \ oir, ce sont des Ujpes. Ce ne sont pas les individus âN ec leurs particularités personnelles et singulières, ^.ouisXrV, M. le duc, l'abbé de Polignac, M. d'Antin <|ui nous intéressent, mais les^aractères principaux qui résument la société humaine et l'histoire du temps, le roi, le noble, le courtisan, le bourgeois, l'artisan, le peuple. C'est un monde entier que nous ifoulons voir en quelques pages. Au fond, l'artiste est un philosophe, et le génie, dans le poète comme dans le savant, n'a qu'un objet et qu'un emploi. La grande affaire de l'esprit humain, quelque voie qu'il prenne, est partout la connaissance des lois et des causes; il n'est pas content tant qu'il n'a pas démêlé dans l'amas des événements épars les puissances permanentes et génératrices qui produisent et renouvellent le pêle-mêle changeant dont il est assaiir. Il veut toucher les deux ou trois passions éternelles qui mènent l'homme, les quelques facultés maîtresses qui composent la race, les quelques circonstances générales qui façonnent la société et le siècle. Plus l'écrivain approche de ces conceptions, plus sa place est haute. Il est d'autant plus grand qu'il a manié des objets plus grands. En cela surtout consiste la différence des inventeurs, et des gens d'esprit ordinaires , celle qui sépare Molière de Marivaux, La Fontaine de Florian. Ceux-ci ont un style
plus limé, une fable mieux ajustée, un arrangement plus ingénieux et plus exact. Marivaux trouvait Molière gros et grossier, bon pour le peuple, et prétendait suivre dans les recoins secrets du cœur des sentiments plus déliés et plus intimes. Florian, en manchettes de dentelles, discret, gracieux, coquettement tendre, aimable comme le plus aimable des abbés de cour, proposait aux dames mignonnes et fardées, en façon de fables, de jolies énigmes, et leur arrangeait un bouquet de moralités fades; il peignait d'après VÉmile la tendresse conjugale, les leçons maternelles, le devoir des rois, l'éducation des princes. Sa tourterelle était une ménagère sentimentale 1, sa fauvette une sage châtelaine adonnée aux arts, son hibou un d'Alembert rustique, son chien un gouverneur à la Jean-Jacques 2, son lionceau un Grandisson irréprochable; tous ses personnages allaient se retrouver dans Berquin. Qu'ils
* Son époux, la poussant de l'aile,
Lui demande d'oii peut venir Sa rêverie et sa tristesse.
a De cet heureux oiseau * désires-tn le sortî
— Moi. mon ami, je le plains fort, ,
Il est le seul de son espèce. »
' Retournons à la cour, nos travaux sont finis. Cher prince, malgré moi cependant je gémis, J pleure; pardonnez, tout l'État trouve un père, Et moi je vais perdre un fils.
Le [>hémx.