MALADIE DU POÈTE
Aurez une santé parfaite,
Je renonce à toute retraite.
Mais, dès qu’il vous arrivera
Le moindre mal, on me verra
Vite à Saint-Germain de la Truite (1) .Frère servant d’un autre ermite, Qui sera l’abbé de Chaulieu.
Une grave maladie, qui survint vers la fin de l'an 1692, vint sensiblement modifier ces dispositions .épicuriennes; « notre poète, par l'affaiblissement de ses forces, sentit enfin que la main du temps s'appesantissait sur lui ». (WALCKE- NAER.) S'il est vrai — comme le pensait le facile Saint- Evremond — que la dévotion « est le dernier de nos amours », nul, plus que cet homme-qui s'était toujours attaché d'une affection si vive aux êtres et à la nature, ne revint plus délibérément ni avec plus .d'ardeur vers sa foi d'enfance. .
Ce ne fut pas seulement Mme de La Sablière, mais encore un jeune vicaire de l'église Saint-Roch, nommé l'abbé Pouget, qui l'amenèrent à prendre, dans cette extrémité, une résolution qui ne tarda pas à faire de lui le plus pieux et le plus repentant des fidèles. La mort de Paul Pellisson, survenue d'une façon tout inattendue, le 7 février 1693, celle plus déchirante encore de Mme de La Sablière elle-même (8 janvier 1693) étaient autant d’avertissements qui ne firent que pousser La Fontaine à la conversion. L'abbé Pouget, dans ces circonstances, essaya d'obtenir du poète qu'il fit une sorte de rétractation publique de ses Contes. Le Bonhomme s'y opposa d'abord avec une certaine fermeté. « Il ne pouvait pas s'imaginer, dit le Père Pouget lui-même, que le livre de ses Confes fût un ouvrage si pernicieux, quoiqu'il ne le regardât pas comme un ouvrage irrépréhensible, et qu'il ne le justifiât pas (2). »
{1) Prieuré de l'abbé de Chaulieu.
(2) Lettre du R. P. Pouger, prètre de l'Oratoire, à démie française.
. l'abbé d'Olivet de l’Aca-
L'état de sa maladie ayant empiré, La Fontaine se résolut pourtant, malgré la répugnance qu'il en avait, à cette rétractation. « Le 12 février 1693, jour fixé, qui était le premier jeudi de carême, les députés de l'Académie se rendirent à dix heures du matin à l'église, et accompagnèrent le saint sacrement qu'on porta chez La Fontaine. » (WALCKENAER.)
« Quand le saint sacrement fut arrivé dans la chambre du malade, . lequel était sur un fauteuil, elle fut aussitôt remplie de monde, et d'un monde choisi : car le bruit de l'action que M. de La Fontaine allait faire s'était répandu, et un grand nombre de personnes de qualité et de gens d'esprit se joignirent à Messieurs les académiciens, et voulurent être les témoins du spectacle (1).:»
La Fontaine se tourna plus particulièrement du côté de Messieurs de l'Académie, prononça une allocution pleine de repentir et déclara, quelques moments avant de recevoir le saint viatiqüe, qu'il était désormais « résolu à passer le reste de ses jours dans les exercices de la pénitence, autant que ses forces corporelles pourront le lui permettre, et à n'employer le talent de la poésie qu'à des ouvrages de
jété ».
P Quelques stances sur la soumission que l’on doità Dieu, la Paraphrase du Psaume XVII, mais plus particulièrement la traduction de la prose Dies iræ, toutes trois parues en 1694, attestent assez que ces engagements n'étaient pas vains et que La Fontaine tint sa promesse avec beaucoup de ferveur.