A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE
QUI AVÂIT DEMANDÉ À M. DE LA FONTAINE UNE FABLE QUI FÜT NOMMÉE « LE CHAT ET LA SOURIS»
Pour plaire au jeune prince à qui la Renommée Destine un temple en mes écrits, Comment composerai-je une fable nommée Le chat et la souris?
(1) La Fontaine avait alors soixante-treire ans.
Dois-je représenter dans ces vers une belle, Qui, douce en apparence, et toutefois cruelle, . Va se jouant des cœurs que ses charmes ont pris Comme le chat et la souris?
Prendrai-je pour sujet les jeux de la Fortune?
Rien ne lui convient mieux : et c’est chose commune
Que de lui voir traiter ceux qu’on croit ses amis Comme le chat fait la souris.
Introduirai-je un roi qu’entre-ses favoris
Elle respecte seul, roi qui fixe sa roue,
Qui n’est point empêché d’un monde d’ennemis,
Et, qui des plus puissans, quand il lui plaît, se joue : Comme le chat de la souris?
Mais insensiblement, dans le tour que j’ai pris,
Mon dessein se rencontre ; et, si je ne m’abuse,
Je pourrais tout gâter par de plus longs récits :
Le jeune prince’ alors se jouerait de ma muse Comme le chat de la souris.
FABLE V. — Le vieux Chat et la jeune Souris.
Une jeune souris, de peu d’expérience, Crut fléchir un vieux chat, implorant sa clémence, Et payant de raisons le Raminagrobis :
« Laissez-moi vivre : une souris De ma taille et de ma dépense Est-elle à charge en ce logis?
Affamerais-je, à votre avis, L’hôte, l’hôtesse, et tout leur monde? + D'un grain de blé je me nourris :
Une noix me rend toute ronde.
A présent je suis maigre ; attendez quelque temps : Réservez ce repas à messieurs vos enfans. »
Ainsi parlait au chat la souris attrapée.
L'autre lui dit : « Tu t'es trompée ; Est-ce à moi que l’on tient de semblables discours? Tu gagnerais autant de parler à des sourds.
Chat, et vieux, pardonner! cela n’arrive guères,