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CHAPITRE Il

1. Fouquet protège les lettres. — 11. La Fontaine et le surintendant. — III. Le « Songe de Vaux ». — IV. L fête de Vaux 4 la disgrâce de Fouquet. — V. Fidélité de La Fontaine à Fouquet dans le malheur.

Un grand nez mobile, des yeux vifs et malins, une bouche souriante et sensuelle, de longs cheveux encadrant le visage, enfin, dans toute la mise, un air de ruse et d'austérité appelant la défiance et le respect, voilà Fouquet dans le temps que le peignit Robert Nanteuil.

Fouquet était surintendant général des finances; nulle fortune, plus que la sienne, ne s'était improvisée avec éclat. .

Soutenu par la volonté de Mazarin, le surintendant, loin de voir son influence baisser à la mort de son maître, avait eu le talent de se maintenir au pouvoir sous le jeune monarque. Dès le début du gouvernement personnel du roi, Fouquet avait été confirmé dans sa charge et rien, dès le moment de la disparition du cardinal, n'était venu s'opposer à l'affermissement d'une des puissances politiques les plus fortes qu'on ait vues.

La faiblesse de Fouquet, parvenu au faîte de la grandeur, était toute dans le désordre de son faste, dans les prodigalités auxquelles il se livrait de l'argent et des hon-

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neurs. Un tel homme, dans un tel emploi, eût dû se maintenir dans des mœurs pures, dans lé respect sévère de sa fonction; mais Fouquet était magnifique; son génie était orgueilleux, et pour ses talents ils n'entendaient de briller que dans le déploiement le plus grand du luxe. Quelqu'un de ceux qui lui voulaient du bien l'avait prévenu, du vivant même de Mazarin, du danger que présentaient pour son avenir des aspirations peu compatibles avec sa charge. « Le Cardinal a dit au roi, lui avoua-t-on, que, si l'on pouvait vous ôter les femmes et les bâtiments de la tête, on pourrait faire avec vous de grandes choses. » Le conseil était bon, mais, cominent, avec une telle nature, résister aux regards de Menneville et de Fouilloux, ces beautés, comment ne pas acheter Belle-Ile, comment ne pas faire élever un château à Vaux? Chose curieuse pour un financier, les seules « grandes choses » que Fouquet réalisa vraiment bien en sa vie furent toutes du côté des beaux-arts et des lettres. Le peintre Le Brun, le jardinier Le Nostre éprouvèrent ses bontés, et, du côté des auteurs, Pierre et Thomas Corneille, Boisrabert, Scarron, Molière, Gombault, Perrault, Quinault, Maucroix, La Fontaine et Pellisson participèrent à ses bienfaits.

C'est par Jacques Jannart, conseiller du roi et substitut du procureur général au Parlement de Paris, oncle par alliance de Marie Héricart, que La Fontaine put approcher de Fouquet. Le surintendant vit tout de suite quelle sorte d'admirable poète était le Bonhomme. « Son mérite a été de l'avoir aimé avant tout le monde », a écrit M. Anatole France (1). Et le fait est que, le premier, Fouquet tira le Champenois de l'obscurité; le premier, il éveilla dans ce cœur ingénu, en la poussant à de grands desseins litté-

(1) Prnor et Fuance, le Château de Vaux (1888).

LE SURINTENDANT a1

raires, cette sensibilité vive et délicate à laquelle ne manquait encore que l'émulation.

La dédicace placée par le poète, dès 1657, « en tête d'un manuscrit du poème d'Adonis », poème qui ne parut achevé que beaucoup plus tard, en 1669, marque l'origine d’une liaison qui devait se continuer jusque dans le malheur. Cette dédicace est digne de figurer ici; conçue dans le moment de la gloire, à l'instant que Fouquet poussait activement les grands travaux de Vaux-le-Vicomte, elle contraste, par avance, avec le’ sanglot de l'Elégie aux nymphes.

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