EN TÊTE D'UN MANUSCRIT DU POÈME D’ADONIS
Fouquet, l’unique but des faveurs d’Uranie,
Digne objet de mes chants, vaste et noble génie, * Qui seul peux embrasser tant de soins à la fois, Honneur du nom public, défenseur de nos lois ;
Toi dont l’âme s'élève au-dessus du vulgaire,
Qui connais les beaux-arts, qui sais ce qui doit plaire, Et de qui le pouvoir, quoique peu limité,
Par le rare mérite est encor surmonté ;
Vois de bon œil cet œuvre, et consens pour ma gloire Qu'’avec toi l’on le place au temple de mémoire. Par toi je me promets un éternel renom ;
Mes vers ne mourront point, assistés de ton nom; Ne les dédaigne pas, et lis cette aventure,
Dont pour te divertir j'ai tracé la peinture.
Le surintendant, touché par les démonstrations d'un attachement aussi sincère, assura une pension annuelle de mille francs à La Fontaine, mais c'était à la condition que le poète acquitterait sa rente par quartiers, au moyen d'une ode, d'une épître ou de quelque autre ouvrage de sa manière.
Pour acquitter celle-ci chaque année, 1 me faudra quatre termes égaux.
22 LA FONTAINE. — CHAP. Il
A la Saint-Jean je promets madrigaux, Courts et troussés et de taille mignonne ; Longue lecture en été n’est pas bonne.
Le chef d’octobre aura son tour après ; Ma muse alors prétend se mettre en frais :
Notre héros si le beau temps ne change, De menus vers aura pleine vendange.
(Ebître à M. Pellisson.)
Fouquet n'eut pas lieu de se plaindre; il eut — le poète le lui avait promis — une abondante récolte de beaux vers. Mme Fouquet reçut la ballade en payement pour le premier terme. Cette dame adressa en échange à La Fontaine une « quittance publique » qu'écrivit Pellisson :
Muses de Vaux, et vous leur secrétaire, Voilà l’acquit tel que vous souhaitez...
C'est par cette quittance autant que par la ballade que nous apprenons les dispositions où était Jean de s'occuper déjà des fragments du Songe; mais il lui fallait avant solder les autres quartiers de sa pension. « On me donna, dit-il luimême, pour sujet de la ballade du second terme, limitation du rondeau &e Voiture, Ma foi, c’est fait (1). »
Cette ballade, une seconde Sur la paix des Pyrénées et le mariage du roi avec l'infante Marie-Thérèse, divers autres poèmes, dizains, sixains et madrigaux, occupèrent La Fontaine au cours des années 1659 à 1661. Notre Bonhomme, à mesure qu'avançait le temps, entrait de plus en plus dans les grâces de Fouquet; mais les splendeurs naissantes de Vaux, les délices de Saint-Mandé ne faisaient pas que le poète oubliât son pays. Le témoignage touchant de cette fidélité au souvenir, de cet attachement à sa ville natale apparut vers 1659, dans le temps que la Marne, ayant débordé, avait emporté le rustique et vieux pont.de Chaury. C'est pour le relèvement de ce pont — que le jeune maître des eaux et
w Ma foi, c'est fait de moi : car Isabeau M'a conjuré de lui faire un rondeau.