‹ La Fontaine:Chapitre 113 sur 121 · LIVRE XII DES FABLES · texte numérisé non relu

LIVRE XII DES FABLES

Que quatre pages de louanges.

Agréez seulement le don que je vous fais Des derniers efforts de ma muse; C’est peu de chose ; elle ést confuse De ces ouvrages imparfaits.

Cependant ne pourriez-vous faire Que le même hommage pût plaire A celle qui remplit vos climats d’habitans Tirés de l’île de Cythère?

Vous voyez par là que j’entends Mazarin (1), des Amours déesse tutélaire.

FABLE XXVII. — Le Juge arbitre, P'Hospitalier, di le Solitaire (2).

-Trois saints, également jaloux de leur salut,

Portés d’un même esprit, tendaient à même but.

Ils s’y prirent tous trois par des routes diverses Tous chemins vont à Rome; ainsi nos concurrens Crurent pouvoir choisir des sentiers différens.

L'un, touché des soucis, des longueurs, des traverses, Qu'en apanage on voit aux procès attachés,

S’offrit de les juger sans récompense aucune,

Peu soigneux d'établir ici-bas sa fortune.

Depuis qu’il est des lois, l’homme, pour ses péchés,

Se condamne à plaider la moitié de sa vie.

La moitié! les trois quarts, et bien souvent le tout. Le conciliateur crut qu’il viendrait à bout

De guérir cette folle et détestable envie.

Le second de nos saints choisit les hôpitaux.

Je le loue ; et le soin de soulager les maux

Est une charité que je préfère aux autres.

Les malades d’alors, étant tels que les nôtres, Donnaient de l'exercice au pauvre hospitalier ; Chagrins, impatiens, et se plaignant sans cesse :

(1) Hortense Mancini, duchesse de Mazarin.

(2) Cette fable, empruntée pour l'idée aux Vies des saints Pères des déserts et de quelques saintes traduites en français par Arnaud d’Andilly (1647-53), avait été trs remarquée du P. Boubours qui laval insérée das son Real de mers : « Cest, dit le fidèle Walckenaer, l'une des meilleures que La Fontaine Ait écrites, » C'est aussi la dernière.

« Il a pour tels et tels un soin particulier, Ce sont ses amis ; il nous laisse. »

Ces plaintes n'étaient rien au prix de l'embarras Où se trouva réduit l’appointeur de débats :

Aucun n’était content ; la sentence arbitrale A nul des deux ne convenait :

Jamais le juge ne tenait A leur gré la balance égale.

De semblables discours rebutaient l’appointeur. Il court aux hôpitaux, va voir leur directeur. Tous deux ne recueillant que plainte et que murmure, Affligés, et contraints de quitter ces emplois, Vont confier leur peine au silence des bois.

Là, sous d’âpres rochers, près d’une source pure, Lieu respecté des vents, ignoré du soleil, Ils trouvent l’autre saint, lui demandent conseil. « Il faut, dit leur ami, le prendre de soi-même. Qui, mieux que vous, sait vos besoins?

Apprendre à se connaître est le premier des soins Qu’impose à tout mortel la majesté suprême.

Vous êtes-vous connus dans le monde habité?

L'on ne le peut qu’aux lieux pleins de tranquillité : Chercher ailleurs ce bien est une erreur extrême. Troublez l’eau : vous y voyez-vous?

Agitez celle-ci. — Comment nous verrions-nous? La vase est un épais nuage Qu’aux effets du cristal nous venons d’opposer. — Mes frères, dit le saint, laissez-la reposer, Vous verrez alors votre image.

Pour vous mieux contempler, demeurez au désert. » Ainsi parla le solitaire.

Il fut cru ; l’on suivit ce conseil salutaire. Ce n’est pas qu’un emploi ne doive être souffert.

Puisqu'on plaide et qu’on meurt, et qu'on devient malade.

11 faut des médecins, il faut des avocats ;

Ces secours, grâce à Dieu, ne nous manqueront pas;

Les honneurs et le gain, tout me le persuade.

Cependant on s'oublie en ces communs besoins.

© vous, dont le public emporte tous les soins, Magistrats, princes et ministres,

Vous que doivent troubler mille accidens sinistres,

Que le malheur abat, que le bonheur corrompt,

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