ATTACHEMENT À M“ DE LA SABLIÈRE
et à Homère de tout ce bruit qu’ils font dans le monde depuis tant d’années.
Quand Louis le Grand serait né dans un siècle rude et grossier, il ne laisserait pas d’être vrai qu’il aurait réduit l’hérésie aux derniers abois ; accru l'héritage de ses pères ; replanté les bornes de notre ancienne domination ; réprimé la manie des duels si funestes à ce royaume, et dont la fureur a souvent rendu Ja paix presque aussi sanglante que la guerre; protégé ses alliés, et tenu inviolablement sa parole : ce que peu de rois ont accoutumé de faire. Cependant il serait à craindre que le temps, qui peut tout sur les affaires humaines, ne diminuât au moins l'éclat de tant de merveilles, s’il n’avait pas la force de les étouffer : vos plumes savantes les garantiront de cette injure ; la postérité, instruite par vos écrits, admirera aussi bien que nous un prince qui ne peut être assez admiré.
Quand je considère toutes ces cHoses, je suis excité de prendre la lÿre pour les chanter ; mais la connaissance de ma faiblesse me retient. Il ne serait pas juste de déshonorer une si belle vie par des chansons grossières comme les miennes : je me con tenterai, messieurs, de goûter la douceur des vôtres, s’il m'est impossible de les imiter : la seule chose dont je puis répondre, c'est de ne manquer jamais pour vous ni de respect ni de gratitude.
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“ Cœur vif et tendre infiniment », honorée des témoignages de respect des plus spirituels et des plus braves hommes de son temps, Mme de La Sablière eut la faiblesse de distinguer, parmi les soupirants qui s'assemblaient chez elle, l'un de ceux qui pouvaient paraître le plus dignes de l'aimer. C'était le marquis de La Fare, officier de mérite qui s'était battu à Senef, avait commandé dans la compagnie des gendarmes du Dauphin et qui devint plus tard, grâce à la parenté la plus étroite d'humeur et de talent poétique, l'ami le meilleur et le plus cher de Chaulieu. Mme de La Sablière, avec cette franchise dans la tendresse qui distinguait Sa nature, ne pouvait supposer que M. de la Fare fût, plus qu'elle, incapable de constance. Le moment vint pourtant
qu'elle fut délaissée. M. de La Fare était joueur: il avait pris le goût immodéré de la bassette qui est une manière de jeu de cartes; et, tandis qu'il s'en allait à Saint-Germain chercher des partenaires, Mme de La Sablière, désespérée de la solitude, ne trouva bientôt plus de consolation que dans les exercices de la piété. Mme de Sévigné a écrit là-dessus une lettre fort sentie dans laquelle elle dit : « La Fare joue à la bassette : voilà la fin de cette grande affaire, qui attirait l'attention de tout le monde : voilà la route que Dieu avait marquée à cette jolie femme. »
Notre Bonhomme, dont le sort était étroitement lié à celui de Mme de La Sablière, ne s'éloigna pas d'elle dans ces circonstances. « Je n'ai gardé que mon chien, mon chat et La Fontaine », disait l'excellente femme à qui le poète s'était confié pour la vie; et ce fut en compagnie du chien et du chat que le « fablier » vint loger, rue du Faubourg- Saint-Honoré, chez sa protectrice. Un peu plus il l'eût accompagnée aux Incurables! Mais Mme de La Sablière, tout occupée de Dieu et du soin des malades, s'éloignait de plus en plus du monde; le temps n'était plus des doux badinages poétiques. « Les Grâces de la rue Saint-Honoré nous négligent, écrivait La Fontaine à M. de Bonrepaux, intendant de la marine alors à Londres. Ce sont des ingrates à qui nous présentions plus d'encens qu'elles ne voulaient. Par ma foi, monsieur, je crains que l'encens ne se moisisse au temple ». (Lettre du 31 août 1687.)
Toute une petite colonie française, dont Mme de Mazarin,sœur de Mme de Bouillon, était la gouvernante adulée, s'était formée en Angleterre (1). M. de Saint-Evremond, le poète anglais Waller étaient les deux esprits les plus brillants de ce cénacle; ils eussent vivement souhaité que La Fontaine, profitant du voyage que Mme de Bouillon faisait au delà du détroit, vint se joindre à eux. M. de Saint-Evremond, tant en son nom qu'en celui de Mme de Mazarin,
(1}{On trouvera, dans les Œuvres choisies de Saint-Evremond, un Portrait de Mme la duchesse de Mazarin, peinte « dans sa chambre, au milieu de ses chiens, de ses guenons, de ses oiseaux », qui est tout entier à lire.