‹ La Fontaine:Chapitre 80 sur 121 · A MADAME DE LA MÉSANGERE · texte numérisé non relu

A MADAME DE LA MÉSANGERE

Aimable fille d’une mère A qui seule aujourd’hui mille cœurs font 1a cour, Sans ceux que l'amitié rend soigneux de vous plaire Et quelques-uns encor que vous garde l’amour,

Je ne puis qu’en cette préface

Je ne partage entre elle et vous Un peu de cet encens qu’on recueille au Parnasse, Et que j’ai le secret de rendre exquis et doux.

Je vous dirai donc... Mais tout dire,

Ce serait trop ; il faut choisir,

Ménageant ma voix et ma lyre

(1) Anet, près de Dreux, était alors la résidence du duc de Vendôme. 2) Fille de Mme de La Sabliére. Ce fut cette beauté à laquelle Fontenelle,

. meuf années après la publication de ce poème, dédia son ouvrage sur la Pluralité des Mondes.

Qui bientôt vont manquer de force et de loisir. Je louerai seulement un cœur plein de tendresse, Ces nobles sentimens, ces grâces, cet esprit : - Vous n’auriez en cela ni maître ni maîtresse Sans celle dont sur vous l’éloge rejaillit. Gardez d’environner ces roses De trop d’épines, si jamais L'amour vous dit les mêmes choses:

Il les dit mieux qug je ne fais; Aussi sait-il punir ceux qui ferment l'oreille A ses conseils. Vous l’allez voir.

Jadis une jeune merveille Méprisait de ce dieu le souverain pouvoir ; On l’appelait Alcimadure :

Fier et farouche objet, toujours courant aux bois, Toujours sautant aux prés, dansant sur la verdure, Etne connaissant autres lois Que son caprice ; au reste, égalant les plus belles, Et surpassant les plus cruelles ; N'ayant trait qui ne plèt, pas même en ses -rigueurs : Quelle l’eût-on trouvée au fort de ses faveurs | Le jeune et beau Daphnis, berger de noble race, L’aima pour son malheur : jamais la moindre grâce, Ni le moindre regard, le moindre mot enfin, Ne lui fut accordé par ce cœur inhumain.

Las de continuer une poursuite vaine, Il ne songea plus qu’à mourir.

Le désespoir le fit courir A la porte de l’inhumaine, Hélas! ce fut aux vents qu’il raconta sa peine ; On ne daïigna lui faire ouvrir Cette maison fatale, où, parmi ses compagnes, L’ingrate, pour le jour de sa nativité, Joignait aux fleurs de sa beauté Les trésors des.jardins et des vertes campagnes. « J’espérais, cria-t-il, expirer à vos yeux; Mais je vous suis trop odieux, Et ne m’étonne pas qu’ainsi que tout le reste Vous me refusiez même un plaisir si funeste.

Mon père, après ma mort, et je l’en ai chargé, Doit mettre à vos pieds l’héritage

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