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CHAPITRE VIII SON CARACTÈRE

I. Introduction. — Le caractère de La Fontaine est trop mnltiple, trop complexe, pour qu'il me soit possible de l'expliquer avec netteté par les « mots-formules» que se sont choisis les classifîcateurs contemporains. Je crois que Ton ne peut encore classer d'une façon satisfaisante les tempéraments et les caractères. L'on devrait se contenter d'enquêter sur ce sujet, le plus possible, car une classification doit être le résultat de longues et de patientes observations et non l'œuvre plus ou moins imaginaire de philosophes spéculateurs. Et surtout, la classification doit ressortir de l'étude même des diff'érents caractères et non a priori, d'une conception plus ou moins théorique ; c'est ce que nombre de psychologues contemporains semblent avoir oublié.

Pour constituer un caractère, a dit Ribot', deux conditions sont nécessaires : l'unité et la stabiUté.

L'unité, c'est l'harmonie, la convergence vers un point

1. Ribot, Psijcholdgie des scnli7n('n(s, :i' édition, Paris, Alcan, 1896, p. 383 et suiv.

commun, c'est raction multiple de l'esprit se reconnaissant à un stigmate commun. La stabilité, attribut primordial de cette unité, c'est le prolongement dans le temps du caractère uniforme.

Le vrai caractère se développe en partie dès l'enfance. Il est contenu, en puissance, dans le germe, et le temps et l'évolution ne font qu'accentuer et développer ces tendances. Cependant l'apparition de l'époque pubère, négligée par la plupart des psychologues en éthologie, peut modifier notablement les tendances premières. Maintenant, telle habitude faible peut devenir primordiale et telle tendance forte peut être paralysée ou étouffée par le grand événement pubère. C'est dire qu'iui caractère doit surtout être étudié, dès l'apparition des besoins sexuels '.

A rencontre de Ribot, je ne pense pas que le caractère soit totalement ou nécessairement inné. L'innéité implique d'abord un certain fatalisme qui choque la prudence de l'école déterministe, en même temps qu'elle diminue considérablement le rôle du « milieu » et du « moment >'. Avec P)Ouchard'% je pense que de même qu'on peut être prédisposé à telle maladie, à telle affection, de même aussi l'innéité peut nous rendre éventuellement candidats à tel caractère on à tel tempérament. Mais cette prédisposition exclut le fatalisme de l'hérédité, car celle-ci n'a })as souvent la valeur qu'on lui donne.

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