‹ La fontaineChapitre 116 sur 123 · Lanson, loc. cil., p. o · texte numérisé non relu

Lanson, loc. cil., p. o

tous les moments de son évolution, à chacune de ses déclarations, le fabuliste n'a cessé do nous apparaître comme un esprit éminemment personnel, comme un écrivain génialement original. Nous l'avons vu tantôt subir l'influence du « milieu » et tantôt réussir à s'en affranchir. Nous nous sommes intéressés à son idéation visuelle-motrice, à son imagination sobre, mais pétillante, à la richesse de sa mémoire affective, à l'originalité de sa langue, à sa sensibilité délicate, à son affectivité très plastique, en même temps qu'à sa faiblesse de volonté et à ses manies mentales. Le philosophe curieux, le savant renseigné et le psychologue pénétrant et perspicace qui se sont révélés à nous, n'ont pu que nous émouvoir, car nous ne nous attendions pas à rencontrer chez; lui un aussi grand nombre d'aptitudes et de qualités.

Son caractère, composite, « bizarre », fait d'amorphe, de sensitif et de contemplatif, a dû emprunter aussi la catégorie des « partiels » pour être à peu près expliqué : nous avons obtenu ainsi une personnalité « composite », originale et bien personnelle. La rigidité de ce mot-formule nous a fait préférer, à tort ou à raison, l'énumération pure et simple des modalités fortes de son caractère; six tendances nous ont paru étouffer toutes les autres, c'est-à-dire que six tendances nous ont semblé expliquer son caractère : 1" c'est un sensuel dans toute l'acception du mot, parce qu'il recherche passionnément les plaisirs ^de la table et les plaisirs delà volupté; 2° c'est un visuelmoteur, parce qu'il emploie de préférence et trop exclusivement même le sens visuel dans son idéation ; 3° c'est un égoïste pur, parce que constamment, il méprise les devoirs sociaux et familiaux les plus élémentaires, parce qu'il ne recherche en toute circonstance que son bon plai-

sirs ; 4° c'est un méditatif, car il ignore ou méprise la vie pratique, se laisse héberger durant toute sa vie et ne montre aucun souci de se suffire à lui-même ; 5" c'est un méditatif, un plastique, puisqu'il subit les influences de toutes sortes de sentiments ou d'événements, puisqu'il recherche la passion et la jouissance ;6" c'est un « inconséquent », un impulsif, parce qu'il change d'avis ou de conduite comme de goût et de maîtresse, parce que, malgré sa candide sincérité, il s'affuble de mille manières et porte sans le vouloir « l'habit » de plusieurs paroisses.

La Fontaine est l'un des plus curieux écrivains, et, en tant qu'homme, l'un des plus incompris qu'ait possédés le génie français, pour ne pas dire l'humanité tout entière. (11 est le représentant peut-être le plus pur de l'esprit gaulois et par extension de l'esprit français. Il excelle à raconter, à dire avec une clarté et avec une précision parfaites, sur un ton élégant et courtois, de légères comme de profondes choses.

Les littératures étrangères comptent, sans aucun doute, des écrivains et des penseurs équivalents — Molière étant excepté — à Descartes, Racine, Voltaire, Victor Hugo, Lamartine, Auguste Comte, etc., mais elles n'ont jamais pu nous opposer un rival sérieux de La Fontaine : c'est que notre immortel fabuliste est éminemment français, et nous pouvons affirmer que ce qui appartient en propre à la «douce France» ne supporte aucune comparaison, ou, pour mieux dire, ne peut être égalé.

Mais, reconnaissons-le, l'écrivain est, chez La Fontaine, plus méritant que l'homme, parce que celui-là une valeur intrinsèque et originale, tandis que celui-ci, s'il possède un <( état mental »etun(( caractère » spécifiques etintéressants, est, i)ar contre, trop esclave des passions de toute nature.

Je trouve admirable ce fonds de sincérité, qui le fait s'excuser, s'accuser même naïvement et sincèrement de ses fautes et de ses incartades; il est «bonhomme» en cela. Nous devons lui en tenir le plus grand compte et lui pardonner, sans réserve — si Ton me permet de parler de la sorte — car, s'il fut égoïste, impulsif et le reste... c'est en toute sincérité et en toute bonne foi. Toutes ses actions, tous ses gestes sont assurément provoqués par une égale <( pureté d'intention ». Sa conscience, sa personnalité morale n'a ni fonds, ni arrière-fonds secret ou mystérieux; elle est, pour ainsi dire — et j'aime à le répéter — également cristalline sur toutes ses faces, également sincère dans tous les jugements qu'elle porte, dans toutes les actions qu'elle accomplit.

Mon rùle de psychologue ne m'obligeaiit pas à rétablir une biographie méthodique du fabuliste, je crois combler une lacune en joignant ici une chronologie biographique des principaux événements de sa vie. L'aspect simplilié de ce tableau permettra, au lecteur, de connaître rapidement les dates importantes de la vie de La Fontaine.

CHRONOLOGIE niOGRAPIHQUK DE LA FONTAINE

1619, 7 janvier. — Naissance, à Château-Thierry, de François de Maucroix, qui sera le grand ami de La Fontaine.

1621, 7 ou 8 juillet. — Naissance, à Château-Thierry, de Jean de La Fontaine.

1623, septembre : 2 ans. — Naissance de Claude de La Fontaine, frère puiné du poète.

1624, septembre : 3 ans. — Ministère de Richelieu. — Abaissement des grands. — Ruine des protestants et de la Maison d'Autriche. — Relèvement de la France.

1633, septembre : 12 ans. — Naissance de Marie Héricart, fille du lieutenant civil et criminel de la Ferté-Milon. Ce sera la femme du fabuliste.

1634 à 1647, septembre : 13 ans à 24 ans. — Mort de la mère du fabuliste. — L'époque exacte de cette mort est inconnue.

1635, septembre : 14 ans. — Richelieu fonde l'Académie française.

1637, septembre : 16 ans. — Descartes publie son Discours de la Méthode. — La Fontaine critiquera violemment, plus tard, les théories de Descartes sur l'automatisme des bêtes.

1641, 27 avril: 20 ans. — La Fontaine, timide et rêveur, entre à l'Oratoire.

1641, octobre : 26 ans. — Son frère, Claude, l'y suit.

1642, octobre : 21 ans. — Mort de Richelieu.

1642, octobre : 21 ans 12. — La Fontaine quitte l'Oratoire, car la piété ne faitpointson affaire, et vient faire son droit à Paris.

1643, octobre : 22 ans. — Mort de Louis XIIL — Régence d'Anne d'Autriche. — Ministère de Mazarin. — Époque des Frondes.

1647, 7 avril : 26 ans. — François de Maucroix, dont l'amour malheureux avec M"'= de Joyeuse le désespère, achète un canonicat à Reims.

1647, fin : 26 ans 1/2. — Mariage de Jean de La Fontaine avec Marie Héricart, à peine âgée de quinze ans. Par cette alliance, La Fontaine devient le parent de Racine. Sa femme lui apporte 30.000 livres, dont 10.000 entraient dans la communauté. La Fontaine apporte les biens qui lui viennent de sa mère et 10.000 livres que lui donne son père, dont 5.000 pour la communauté. En outre, celui-ci lui cède sa charge de maître particulier des Eaus et Forêts.

Au point de vue pécuniaire, rien n'empêche le jeune ménage d'être heureux.

1649, 21 janvier : 28 ans. — Son frère Claude lui abandonne ses biens, moyennant une rente de 1.100 livres à lui servir dès la mort du père. — Dans cet acte, le fabuliste est mentionné comme avocat au parlement.

1650, janvier : 29 ans. — Son frère Claude quitte à son tour l'Oratoire et devient prêtre oratorien de Reims. — Descartes publie le Traité des Passions.

1653, octobre : 32 ans. — Naissance de son (ils Charles.

1654, octobre : 33 ans. — La Fontaine publie son premier travail:

adaptation de VEuniiqiic de Ti-rence. Cette pii'ce fut représentée deux ou trois fois.

I606, octobre : 3h ans. — Vente de la ferme de Damart, près la Ferté-Milon, à T.ouis Héricart, son beau-frère. C'est ici le point de départ du gaspillage et des emliarras d'argent de La Fontaine.

1656, hiver : 33 ans. — La Fontaine va faire un séjour chez l'ami Maucroix, à Reims. Ce ne sera ni le premier, ni le dernier. La présence de La Fontaine à Reims nous est connue par les lettres qu'il envoie, de cette ville, à son oncle Jannart.

1657 : 36 ans. — La Fontaine, s'endettant chaque jour de plus en plus, quitte sa femme pour venir chercher fortune à Paris. II est présenté probablement à Foucquet par son oncle Jannart. Le surintendant l'admet à la cour de Vaux. Il ne reviendra vers son épouse et son lils que de temps à autre.

1658, 18 avril : 37 ans. — 1» Mort du père du fabuliste. Cette succession laisse peser sur la tête de La Fontaine un passif de 32.892 livres. Il sera incapable de faire face à une telle créance.

16.^8, été : 37 ans. — 2" Autre séjour à Reims. Maucroix l'a sans doute fait appeler pour le distraire de la mort de son père. La Fontaine a peut-être aussi quelque argent, et il s'empresse d'aller retrouver son joyeux ami pour le dépenser !

3° Son frère Claude, peu satisfait du premier contrat, se ravise et l'oblige à lui verser 8.225 livres et à payer ses dettes provenant des héritages paternel et maternel.

4» La Fontaine publie VOdc à 3/"<= la surintendante, VEpître à Foucquet, VAdonis (œuvre d'un précieux).

1659, janvier : 38 ans. — 1° Sur les instances des parents, en raison du mauvais état de ses affaires, La Fontaine se sépare de « biens » d'avec sa femme.

2° Il est maintenant poète attitré de Foucquet ; c'est un gazetier de grand seigneur. Il se lie avec Molière, alors âgé de trente-sept ans.

1660, janvier : 39 ans. — La Fontaine entre en relations avec son parent Racine, qui n'a que vingt et un ans et qu'il

présente ensuite à Molière. - - Boileau vient de se faire connaître par ses premières Satires.

1661, janvier: 40 ans. — 1" Avènement de l>oui.s XIV, ùiré de vingt-trois ans à peine ;

2® Malpighi, liotanisie italien, montre, à l'aide du microscope, récemment inventé, la circulation capillaire et complète ainsi la découverte de Harvey ;

3"Fourquet donne, dans son château de Vaux, près de Melun, en l'honneur du jeune roi, des fêtes si luxueuses et si grandioses que cela déplaît à Louis XIV, qui soupçonne déjà le surintendant de dilapider le trésor national.

1661, 5 septembrr. — 4° Foucquet, protecteur de La Fontaine, accusé de malversations, est arrêté à ^\anles. Son premier commis, Pellisson, académicien et ami du l'abulislc, subit !•• même sort. Plus tard, on les enferme à la Bastille. La Fontaine est très attristé, sur le moment, de cette catastrophe. Le lirocès dure trois ans.

?>° Louis XIV nomme Colbert en remplacement de Foucquet. Le nouveau surintendant, très intègre et très énergique, devient le protecteur attitré des lettres et des sciences.

1662 : 41 ans. — 1° La Fontaine retourne momentanément à Château-Thierry. I! vient de jierdn' son père nourricier, le surintendant Foucquet ;

i" Par application d une nouvelle ordonnance du roi. La Fontaine se voit condamné à une amende de 2.000 livres pour usurpation du titre d'écuyer. Cela l'émeut beaucoup.

l(')r»;{, 23 août : 42 ans. — 1" La Fonlaiiie accompagne son oncle Jannart, substitut de Foucquel, dans son exil, au parlement de Limoges. Chemin faisant, il s'attriste longuement, à Amboise, devant la forteresse où fut enfermé le ^urinlendant. Durant ce voyage, il écrit à. sa femme des lettres spirituelles et du plus grand intérêt.

1663, novembre. — 2" Retour à Paris. Il fait alors la connaissance de Boileau, à qui il présente Racine (ce serait un peu plus lot selon Brossette}.

1664, 14 juin : 43 ans. — La Fontaine jirète serment comme gen-

tilhommo servant de la duchesse douairière d'Orléans. Il rr('quente maintenant assidûment les Bouillon et les Conti.

1665 : 44 ans. — 1" Il publie la première partie des Contes.

2" M. de Rouillon ayant imité la querelle de la Jocondc, de l'Arioste, La Fontaine en publie une deuxième adaptation dans le premier livre di-s Contes. Cela donne lieu à une discussion. Laquelle des deux est préférable? Boileau prend résolument la défense du fabuliste et Molière refuse de seprononcer sur ce sujet.

1066, 7 août : 45 ans. — Colbert, dans une lettre sévèi^e, réprimande La Fontaine sur la singulière façon don.t il comprend ses fonctions de maître particulier des Eaux et Forêts.

1667 : 46 ans. — Il publie la deuxième partie des Contes.

1668 : 47 ans. — La Fontaine publie les six premiers livres des Fables .

1669, 31 janvier : 48 ans. — 1" Il publie les Amours de Psyché, qu'il dédie à la duchesse de Bouillon, sa protcctiice.

La Fontaine fréquente maintenant les plus joyeuses et les plus <( libertines » compagnies.

1671 : 50 ans, — 1" Le fabuliste publie /eSong'crZe Vaux,écni en 1638, et qui lui avait coûté trois années d'efforts. Les circonstances que Ton sait, Tavaient empêché de le publier plus tôt.

2° Publication de la troisième partie des Contes.

1672 : 51 ans. — 1" La Fontaine se débarrasse de sa charge de maître particulier des Eaux et Forêts.

2° La duchesse d'Orléans venant de mourir, il trouve une protectrice et une amie des plus affectueuses en M'"'' de La Sablière. Là, il entre en relations avec le philosophe Bernier, avec l'abbé Chaulieu et le marquis de la Fare.

1673 : 52 ans. — i° Publication du poème, la Captivité de Saint Malc, dans le but de plaire à Port-Roy;il. La Fontaine semblait vouloir alors se convertir, et d'aucuns disent même que ce poème était une forme de sa pénitence ;

2" Mort de Molière. La Fontaine composa pour lui cette épitaphe :

Sous ce tombeau gisent Plaute et Térence, Et cependant le seul Molière y gît.

3" Publication de l'Art poétique de Boileau, qui ne dit mot de

la « Fable -. 4" Publication de la quatrième partie des Contes. 1()75 : 54 ans. — 1° Interdiction des derniers Contes, publiés ù

Mens en d674-i()7o, sans nom dauteur, par le lieutenant de

police, La Reynie ;

2" Racine et La Fontaine fréquentent assidûment, à celle

('■poque, la Champmeslé, artiste célèbre. 1CT6, 2 juin : 5o ans. — Vente de la maison natale du fabuliste,

sise à Château-Thierry, rue des Cordeliers, à Antoine Pintn-I,

sou part-nt. Le prix, 11.000 livres, permet au Bonhomme de se

liquider envers le même parent et de rembourser Sun oncle

Jannart. qui Ta obligé si souvent.

1078 : o7 ans. — Publication des VII«, VIII'', IX% X% XI« livres des

Fables. Elles sont en tout point dignes des précédentes, jiar leur

naturel, leur simplicité et leur portée morale. •1080 : ;>9 ans. — Visites fréqut-ntes accompagnées de festins

et de •' ribaudes » chez la Champmeslé, lesConti. les Bouillon

et les Vendôme, gens licencieux du temps; 2" Mort de Foucquet à la forteresse de Pignerol. La Fontaine

n'en sait peut-être rien; mais, dans tous les cas, il n'en dit pas

un mot.

1G82 : 61 ans. — Publication du poème du Quinquina. Le fabuliste essaye de s'y attirer la bienveillance de Colbert.

1683, 6 septembre : 62 ans. — 1« Mort de Colbert.

2° La Fontaine, appelé à le remplacer à l'Académie par un vote très favorable, est' refusé par le roi. qui le renvoie à plus tard.

1684, 24 avril : 03 ans. — 1° Vote de l'Académie française en faveur de Boileau, le favori du roi. Il obtint par deux fois 20 suffrages sur 20. « Et maintenant, dit le roi, vous pouvez recevoir incessamment M. de La Fontaine, il a promis d'être sage. »

1684, 2 mai. — 2° Réception de La Fontaine à l'Académie française. Il lit un discours, dédié à M™<^ de La Sablière, et qui est resté célèbre. L'abbé de La Chambre, b' récipiendaire, exhorte vivement le fabuliste au sérieux et à la piété, I! promet tout,

mais il recommence de plus belle quelque temps après. C'est plus fort que lui.

1684, 7 juillet. — 3° Réception de Boileau à l'Académie. La Fontaine y lit une nouvelle fable, le Renard, le Loup et le Cheval. Ayant dû accompagner le roi dans un voyaire, Boileau, quoique reru avant, n'entre à l'Académie qu'après le fabuliste.

1684, 31 juillet. — 4° Révocation de l'Édit de Nantes.

1685, "22 janvier : 6t ans. — Révocation de l'abbé Furetière de l'Académie pour s'être arrogé le droit de faire un Dictionnaire malgré le privilège de la Compagnie. Quoique son ami, La Fontaine vu te impartiale ment pour son exclusion, faisant passer, cette fois, la justice avant le sentiment ; Boileau, ami personnel de Furetière, gardera rancune au Bonhomme de sa manière d'agir.

1687, 27 janvier: 66 ans. — 1° Querelle des Anciens et des Modernes, suscitée par le poème de Charles Perrault, le Siècle de Louis le (îrand. La Fontaine dt'fend énergiquement les Anciens.

2° La Fontaine projette di; faire un voyage en Angleterre,

. où se trouve la duchesse de Bouillon. La Fontaine est à nouveau très à court d'argent, et, malgré cela, il voudrait aller rejoindre son amie et Saint-Évremond.

Son entourage constate que ses facultés mentales s'affaiblissent. D'aucuns même le disent fou. Il y a de l'exagération dans cette dernière assertion.

j691, 28 novembre: 70 ans. — Représentation, à l'Académie royale de musique, de rAstrée, le seul opéra d(; La Fontaine qui vaille quelque chose.

1692: 71 ans. — La Fontaine est très malade: il fait amende honorabli' à l'abbé Pouget. S'il guérit, il ne s'occupera plus que d'œuvres pieuses: il n'a tenu qu'en partie cette promesse.

1693, 6 janvier: 72 ans, — 1° Mort de M""' de La Sablière, sa grande bienfaitrice, sa deuxième mère. Cette mort l'oblige à quitter la maison de la rue aux Vaches, quartier du Luxembourg. M. d'Hervart, qui le rencontre, lui propose de le prendre chez lui, rue de la Plàtrerie, aujourd'hui rue Jean-Jacques-Rousseau: « J'y allais », répond notre fabuliste.

2° LaFontaiiii^ publie son XII^ livre de Fables. Plusieurs d'entre elles avaient di-jà paru séparément. Ces dernières Fables sont en tout point dignes des précédentes. Et Ion ne s'apereoit ainsi que peu ou pas de son affaiblissement mental. La moralité pessimiste de la fable le Juge arbitre, rHospitalier elle Solitaire, peut seule nous avertir qu'il va quelque chose de changé dans La Fontaine.

1695 : 74 ans. — 1° La Fontaine va peu dans le monde ; il passe

son temps à écrire des poèmes de piété. 1695 : io février. — 2° La Fontaine s'évanouit rue du Chantre. 169a, 16 février. — 3° Il écrit une lettre à Maucroix pour l'avertir

de sa fin : il se sent partir.

169b, 13 avril : 73 ans et 10 mois. — 4° La Fontaine meurt à l'hôtel d'Hervart, dans une piété admirable et toute chrétienne (Charles Perrault).

5° Su femme ni son fds n'assistent à ses derniers moments. Racine s'y trouve vraisemblablement. Maucroix le pleure beaucoup, et Fénelon fait de lui une apologie touchante qui montre combien il aime cette douce et étrange figure qui disparaît.

Je reproduis ici, in extenso, une des lettres les plus curieuses du fabuliste; elle est adressée à M""® Ulrich, qui fut assez longtemps son amie ; nous y voyons le Bonhomme aux prises avec l'amour et sous le coup des sentiments de crainte et d'angoisse ; il redoute que le mari légitime ne les surprenne ! Il en tremble de peur !

Octobre 1688 '.

A Madame *** {Ulrich)

J'ai reçu, Madame, une lettre de vous, du 28'^ du passé, et vous avois écrit une seconde lettre où il n'y avoit remontrance aucune. Comme vous n'avez pas résolu de profiter de celles que je vous ai faites, je vous suis fort obligé de ce que vous me dispensez de vous en faire d'autres à l'avenir ; c'est là tout à fait mon compte. Je n'ai nullement le caractère de Bastien le remontreur : c'est un quolibet.

Cependant délivrez-moi le plus tôt que vous pourrez de linquiétude où. je suis touchant le retour de votre épotix, car je n'en dors point. Cela et mes rhumes me vont jeter dans une insomnie qui durera jusqu'à ce. que vous soyez à Paris. Joignez à tous ces ennemis du sommeil (ceci est dit poétiquement) lamitié violente que j'ai pour vous, et vous trouverez beaucoup de nuits où j'aurai le temps de m'occuper du souvenir de vos charmes et de bâtir des châteaux. J'accepte, Madame, les perdrix, le vin de Champagne et les poulardes, avec une chambre

Page 1