‹ La fontaineChapitre 49 sur 123 · T. I, p. 18 : Préface aux Fables · texte numérisé non relu

T. I, p. 18 : Préface aux Fables

-t. T. H, p. 414 : liv. IX, Table IX, Bien de trop.

mieux compte de sa fin et do sos mpyeiisj^ il en use avec liîoHeration. avec conscience même, pourrait-on dire.

l)l's sa naissance, rhonnne apporte nn tempérament et un^carâctère innés. Son évolutinn. smi but sont^ tracég (favance. La Fontaine est par moments fataliste; ilcroit qiïe notre destinée est invariablement fixée, dès rorigi ne de notre apparition à la vie :

La plainte, ni la peur ne changent le destin, Et le moins prévoyant est toujours le plus sage'.

Tout suit invariablement son cours en raison de cette prédestination. Quoi qu'on fasse, il faut passer par la route qui nous a été dévolue, par la loi établie par le ciel :

Parle/, au diable, employez la mai:ie,

vous n"v ferez rien, vous serez impuissant, car vous ne Détournerez jamais nul être de sa lin-.

Quelle doit être l'attitude de riiomme en présence d'un tel destin? Se laisser vivre, user largement de la vie. Ne semble-t-il pas s'excuser ainsi à l)on compte de ses travers? Puisqu'il n'y a rien à faire, en raison de la loi par le ciel établie, à quoi l)on se corriger, s'amender?

Qu'est-ce que la vie, en somme? Un lieu de passage, une vallée de larmes, dit Bossuet, un exil ou un bal, ajoute, selon l'occasion et les circonstances, notre fabuliste :

Tout languit et tout meurt-'.

1. T. II. p. 272 : liv. Vllbfable XII, le Cochon, la Chèvre el le Moiilon.

2. T. Il, p. 397 <^v. Jji.^âTyT^T[j>/ff Souris mélamorphosée eu fille. .3. T. m, p. 30" -livrxll. labie~XX. le Philosophe sci/lhe.

Notre àine, « quintessence » d'atomes plus subtils 'encore que les esprits animaux qui sont dans notre être, est faite pour animer notre corps , pôûF'lfo u s rendre joyeux, pour nous faire vivre agréablement.

Qu'est-ce que la mort maintenant? C'est le juste retour de la créature à son Créateur. La mort est naturelle, parce qu'il est conforme au bon sens, à la raison, que la créature retourne un jour ou l'autre vers son auteur '. Mais la mort ne se fait pas d'un coup, elle est notre état continuel : naître, c'est commencer à mourir-. Nous déroulons à chaque instant l'écheveau dont le bout est fixé à la tombe :

Nous mourons lous les jours, mais on n'appelle mort Que celle enfin qui vient terminer notre sort^.

La mort est une « aveugle » ; sa faux est sans pitié. C'est pourquoi l'on nous la représente sous la forme d'un squelette : elle frappe indistinctement les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres, les puissants et les esclaves. Elle vient à nous comme le « larron » de l'Evangile : nous ne savons ni son jour, ni son heure, ni sa minute, ni sa seconde :

Est-il aucun moment,

(Jui vous puisse assurer d"un second seulement''?

Mais Jean devient de plus en plus curieux : il se demande pourquoi le monde existe, pourquoi il est existant

1. T. II, p. 395 : liv. IX, fable VII, la Souris métamorphosée en fille.

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