Fable: Le Chêne el le Roseau
proverbes de la vie courante, il n'est pas malaisé de deviner les tendances d'esprit du fabuliste, ^morale est\ tout utilitaire ; elle est faite de r^ij[)roçité^XaiJjesoin de , mon somblable^et mon semblable a fee^etn de moi.
\ Mais La Fontaine ne s'est bien connii lui=4»ème-que ^ pûui: s'aimer davantage. Il pense d'abard à lui avant de jeter un regard sur les autres. Il n'y a qu'à parcourir sa vie pour se rendre compte qu'il s'est montré trop souvent
i' égoïste et indifférent pour autrui.
La philosophie de La Fontaine nous fournit de nom- î breuseS-preiives de sa curiosité scientifique. Il s'efforce toujours^ de rechercher les raisons naturelles et mécaniquesjdesjchoses -
Il est un précurseur immédiat des encyclopédistes, car il a des tendances rationalistes. Comme les écrivains du xviii^ sièclaU-1 possède déjà cet esprit critique ,^c^tl curiosité quixoiLstituent la base même de l'édifice sçientifiqu^jjde iTLèiBejiu^euXjll rejette œmmeindéniontra^^ comme vains, les problèmes des éléinents derni^rS- d^â. choses ; comme eux jd ^eîaiss^ etjersifle la religion et les prêtres.
IL^[réçx)nise lâ-scimice__vra^^ , palpable; il
aime tout ce q^ui „tombe sous les sens; il recherche en tout les « raisons )> naturelles et cqmpiréliensibleSj
Nous savons que sa « foij) est nettement différenciéjB de sa science. Il distingijefori .biaiUe doniaine de la raison de celui de la croyance. Pour Iui la foi est nécessaire, mais, elle est spéciale etiatinie àchacim.
^^Test-il pas rationaliste (nous jliriQns^aujqurd'hui,
presque positiviste), lorsqu'il nous propose, pour plus de sûreté, de réaliser le bonheur en cette vie? Il nous engage à y vivre le plus agréablement possibJe^parçe que, à l'instar d^'Escobar, il semble dire : après tout, s'il 3' un autre monde, nous le verrons bien.
Au total, il y a doux hommes, je veux dire deux philosophes, chez La Fontaine. Celui du xvif siècle, qui émane du moyen âge religieux cl mystique^^^et___çelui__ du xviii''. siècle, qui est devenu tel par la réflexion .L'un a^peiu' do Icnfer, du dialde et de la justice divine; l'autre s'éduque chaque j^iur ot no veut connaître queJLês V joies et les biens do co monde.
Mais^ dès que la malajlieJe fr?4)pe, dès que la mort lui semble proche, le croyant par atavisme chasse je libertin qui est d'origine récente. Il se souvient alors de son éducation première, il redevient naïf, peureux et suggestion- , nable. La mort va venir, au diable l'esprit fort ! Dieu :) va juger, sans appel et à tout jamais. Ici aussi l'inconstance remet toute chose en place, car cet état de faiblesse et de crainte ne dure pas plus de temps que la maladie. Dès que le danger a disparu, le libertinrevientà la surface et se redresse plus lier et plus convaincu qu'auparavant.
C'est là le vrai La Fontaine, il est profondément rationaliste. S'étant repenti sur le tard, alors que ses sens se troublaient, nous doutons de la sincérité et de la valeur de sa conversion, parce qu'elle n'a pas été provoquée en toute liberté d'esprit et parce que, en définitive, c'est le mal et la peur qui semblent en être la cause. En admettant même que le fabuliste soit devenu librement un sincère pénitent, il n'en reste pas moins acquis que, durant son existence, il affichait un certain scepticisme, à l'égard de la Religion.