BOXHEL'R DE LA M É D I 0 G U IT É
les dieux ont accordé le nécessaire (l)! » « Le chêne allier est plus souvent battu par Forage ; les hautes tours s'écroulent avec plus de fracas, et c'est la cime des monts que va frapper Ja foudre (2). »
Voilà en peu de mots le sujet et la morale de la fable que La Fontaine a intitulée : le Chêne et le Roseau. Cette fable est présente à toutes les mémoires; on n'en peut citer un vers sans qu'aussitôt les autres jaillissent des lèvres. C'est une des plus éloquentes dans sa brièveté, et rarement La Fontaine a su atteindre un tel bonheur d'expressions, élevant la fable du genre familier au genre noble, à la vraie poésie. Trônes renversés par les tempêtes révolutionnaires, palais détruits en des jours d'orage de la main des hommes qui les avaient édifiés, dynasties précipitées du faîte des grandeurs dans les misères et les douleurs de l'exil, combien de
(1) Bene est cui deus obtulit
Parca, quod satis est, manu.
(Ode LXXXVI, liv. III.) (2)0deX,liv. II.
160 LA FOXTAIXE MORALISTE.
chênes n'avons-nous pas vus foudroyés comme celui de l'apologue! Les vies les plus heureuses paraissent alors celles des humbles. Elles se courbent comme le roseau, et l'aquilon passe sur elles sans les déraciner. C'est une grande supériorité que d'être inconnu et de vivre ignoré. Nous demandons au bruit et à lalumière éclatante le bonheur qui ne se trouve que dans le silence et l'obscurité.
a C'est sortir de l'humanité que de sortir du milieu « , dit Pascal. Le mot est juste.
N'être placé ni trop haut, ni trop bas, ne connaître ni les servitudes de la richesse, ni les tourments de la pauvreté, n'appartenir à aucune des extrémités de la condition humaine, « ne pas sortir du milieu » , tel est le sort non le plus envié, mais le plus enviable.
Oii ne se loge pas l'ambition? Elle hante le cerveau de Perrette qui s'en va vendre son lait à la ville (1). Que de rêves n'a-t-elle pas faits!
(1) La Laitière elle Pot au lait, liv. VII, 10.