‹ La Fontaine moralisteChapitre 37 sur 38 · COMMENT ON DOIT LIHE LES FABLES · texte numérisé non relu

COMMENT ON DOIT LIHE LES FABLES

gence, comme Font prétendu certains philosophes? La Fontaine s'élève contre cette opinion, et il ne fallait pas s'attendre à la trouver sous sa plume. A force d'étudier les animaux et de les faire parler dans ses fables, il aurait pu être disposé à leur prêter plus d'esprit qu'ils n'en ont. Mais ici ce n'est pas à l'imagination qu'il s'adresse ; c'est au jugement et à la raison. Il croit que les bêtes ont plus que des instincts et sont douées d'une faculté inférieure à notre raison, supérieure cependant aux sens et aux ressorts qui les font agir, selon les besoins de leur nature. Leur esprit, leur àme, si Ton peut se servir de ce mot, serait comme un reflet de la lumière, comme la flamme brillante et légère que le feu fait sortir du bois le plus grossier.

Telle était l'opinion de La Fontaine sur l'intelligence des animaux. Voilà ce qu'il en pensait en philosophe, après en avoir parlé en poète et en fabuliste. Il a su nous intéresser à des fictions. En s'éloignant de la réalité, il ne s'est pas éloigné de la nature, et il est resté vrai

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dans rinvraisemblable. Il a rendu si vivantes les scènes auxquelles il nous fait assister, que nous croyons les retrouver dans la vie réelle. Il a pris successivement, avec aisance, tous les tons, et déployé les ressources d'un génie capable à la fois de force et de grâce.

Selon le mot de M. Legouvé, « lire les poètes tout bas, c'est devenir leur ami ; les lire tout haut, c'est devenir leur intime (1) " .

En pénétrant ainsi dans l'in limité de La Fontaine, on l'aimera et on l'admirera davantage. Ses fables, lues avec la voix qui sait les interpréter, sont une source intarissable de jouissances pour l'esprit et pour Foreille. Lues seulement avec les yeux, elles offrent des plaisirs toujours nouveaux. Elles justifient la louange donnée par Aime de Sévigné à " cette manière de narrer, à ce style auquel on ne s'accoutume point •>•> .

La satiété n'est pas à craindre avec ces aima-

(1) La Lecture en action, chap. xvii.

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