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L’EVOLUTION D'UNE FORET

IER soir, nous avons jeté un simple coup d'œil dans cette partie de la dendrologie, —l’étude des arbres—qui se rapporte au développement d’un seul individu. Ce soir, nous nous occuperons de leur vie en commun, de la so- COOPER arbres Rsmlonbpentidire, “telle qu’elle s’accuse dans la forêt.

Car s1 l’on veut faire une application pratique de la science forestière, il faut avant tout connaître l’h1stoire marrelle dedaroret Quels sontsles procédés de la nature dans la production de ses forêts? Quels sont les lois, quelle est la marche de l’évolution d’une forêt ? J’essaierai, ce soir, de répondre à ces questions.

(Onipeutmdiretuedastetrelestunenoretz7 po/erfa. Une couverture de végétation sylvestre, plus ou moins épaisse, est ou a êté la condition naturelle, au bas mot, de la plus grande partie du sol habitable, et l’on peut dire qu’au moins 60 pour cent de toute la surface terrestre est en terrains actuellement boisés ou qui pourraient l'être; 7 pour cent en prairies, et 33 pour cent en plaines, ou régions stériles. (Dans

l'Amérique du nord, la proportion est d'environ 45-5- 50 ; en Âsie, de 45-3-52; en Europe, de 84-10-6.)

Dans la lutte que se font les différents êtres du règne végétal pour conserver leur existence et occuper le sol, l'arbre trouve un avantage dans sa nature vivace et son élévation au-dessus des autres végétaux qui lui disputent la lumière, l’élément le plus essentiel 34 wie délai plupartedes plantes mRCEes traits caractéristiques, avec la remarquable faculté qu’elle a de se récupérer, assure à la flore sylvestre la victoire finale sur ses concurrents, sauf là où les conditions du climat et du sol ne s’y prêtent pas.

L'absence complète de la flore sylvestre dans certaines localités, telles que les steppes du nord, les pics élevés au-dessus de la zone forestière, et les plaines arides, est due à la température, à l'humidité et aux conditions du sol: soit à l’une ou à l’autre de ces causes individuellement, soit à leur combinaison défavo- Fable MS umlestpicsiélenes lestdeuree metre tique de la pérennité et de la croissance constante en hauteur, deviennent défavorables, puisque les températures extrêmes de l’hiver au-dessus de la couche de neige, les tempêtes desséchantes de cette saison, et les gelées de chaque mois de l’année ne peuvent être supportées que par les plantes qui ont une végétation rapide, ou qui sont protégées au ras du sol par le tapis de neige. Le sol humide dans les steppes, gelé durant la plus grande partie de l’année, ou le sol peu profond des cimes alpestres, ajoutent aux difficultés que rencontrent les espèces à racines profondes dans leur lutte avec les végétaux moins élevés. Et puis dans

l’intérieur des continents et autres endroits défavorablement situés par rapport aux grandes sources de fraîcheur et aux grands courants qui la produisent, le manque d’eau, la quantité restreinte de pluie ou le PU rHediinidtéMonNlinierntattre ainsi que l'excès d’évaporation, sont autant d'obstacles à la végétation forestière, et il se forme des plaines qui sans être toujours et nécessairement privées d’arbres ne permettent pas aux forêts de s'établir d’elles-mêmes et sans aide.

Quelquefois, les conditions du sol, surtout quant à l’égouttement, peuvent se prêter mieux à la végétation des graminées, au moins pendant un certain temps; ce qui donne lieu aux pampas, aux prairies et aux savanes; ou bien toutes les conditions défavorables se trouvent réunies pour faire les déserts.

Hnvoutre, il y a des agents hostiles du règne animal qui empêchent le développement de la forêt, ettendentaiprésemvenlestprauries lés sauterelles, les rongeurs, les ruminants tels que le buffle, l’antilope et le cheval empêchent les arbres de pousser et de s'étendre, et surtout là où la dureté du sol et l’absence d'humidité concourent avec l’action de ces animaux, Économie ppririeentoreemerpeutise faire, du moins avant un certain temps.

Les bois constituent l’espèce de végétation la plus défavorable à la vie des ruminants, et, par conséquent au soutien du plus grand nombre d'hommes. Pour la production des substances alimentaires, pour les fins agricoles, l’homme doit abattre et faire disparaître la végétation forestière. Voilà pourquoi la

val —

dévastation de la forêt, la destruction de la forêt est le commencement de la civilisation dans un pays boisé ; cela en est la condition nécessaire, et la persistance avec laquelle, dans les régions forestières, la forêt s'efforce de se récupérer, exige aussi des efforts constants pour protéger le pâturage et le champ contre son établissement.

Le Docteur Asa Gray a été tellement frappé de la tenacité de la vie individuelle de l'arbre qu'il se demandait si un arbre devait jamais mourir: “Car l'arbre (à l'encontre de l’animal) se développe graduellement par l'addition successive de nouvelles parties. Il renouvelle chaque année non-seulement ses bourgeons et ses feuilles, mais son bois et ses racines, et, à la vérité, tout ce qui se rapporte à sa vie et à sa croissance. Ainsi, à l'instar de ce Jason de la fable, à qui il a été donné de changer la décrépitude de l’âge pour la fraîcheur de la jeunesse, —les rameaux les plus récents se trouvant mis par la dernière couche de bois en communication avec les racines nouvellement formées, et celles-ci gagnant proportionnellement un terrain nouveau,—pourquoi l’arbre ne rencontrerait-11 pas dans sa millième année toutes les conditions d'existence qu’il trouvait dans la centième ou la dixième année de sa vie ?

Lavvieille” partie centrale duetronce pentAINest vrai, se décomposer, mais cela n’a pas grande 1importance tant qu’il se forme régulièrement de nouvelles couches à la circonférence. L'arbre survit, et i] est difficile de démontrer qu’il est sujet à la mort pour cause de vieillesse dans le sens propre du mot.”

Flottage du bois « splash dam »

Avant le flottage sur la rivière Noire—Colraine

Quoi qu’il en soit, nous savons que les arbres succombent à des causes externes ; les insectes, les parasites ou champignons, le feu, les tempêtes etc. Néanmoins, ils sont assez vivaces pour survivre à quoi que ce soit, “ pour être les plus vieux habitants du globe, pour être plus anciens que tout monument humain, accusant, chez quelques-uns de leurs survivants, une longévité en comparaison de laquelle Îles restes poussiéreux de la civilisation la plus reculée d'Egypte, les pyramides elles-mêmes, ne sont que des constructions d'hier.” On croit que les arbres appelés dragonniers qui se trouvent sur l’ile de Ténériffe, à la hauteur de la côte d'Afrique, ont plusieurs mille HHridéxietence mie Dis or0s n'aique quinzespieds de diamètre et 75 pieds de hauteur. Les séquoïas ou ‘grands arbres” croissent plus rapidement et atteignent plus que le double de ces dimensions en trois inille ou quatre mille ans, ce qui doit être le plus grand âge des êtres vivants. Leur longue vie est sans doute due au fait qu’ils ne sont pas sujets aux atteinrÉrehnSectes idésHuinol etnéemesdipeine drcelle du feu.

Bien que cette longévité soit l’une des qualités qui, dans la lutte pour l'existence, doit compter pour un avantage inappréciable, l’autre caractéristique du développement de l’arbre, sa hauteur au-dessus de tout ce qui est autour de lui, n’est pas un moindre avantage sur tous ceux qui lui disputent la lumière, source de toute vie; et dans cette rivalité, le plus grand doit finalement triompher.

Munie de ces armes défensives et offensives, la

er

flore sylvestre s’est efforcée—et sans doute y a réussi à un certain degré, durant toutes les périodes géologiques où la vie s’est manifestée sur la terre, —de prendre possession de la surface du globe.

Amesure que létenduedeterrelermeauements, émergeant sous forme d'îles au-dessus de l’océan, la forêt augmenta également sa superficie, variant sa composition, pour plus de sureté, selon les changements de conditions physiques et climatériques.

Dès l’époque dévonnienne, quand une petite partie seulement de notre continent était formée, les plages boueuses et les bancs de sable, constamment augmentés par de nouvelles accumulations, sous l’action des vagues et des courants de l’océan, se transformèrent, et ce monde nu et sans vie que n’atteignait plus la marée devint côteaux couronnés de forêts et vallons plantés d'arbres gracieux, tels que les joncs arborescents et ce prototype de nos pins, le dadoxylon.

La même classe de plantes sans fleurs connues sous le nom de cryptogames vasculaires en y ajoutant les fougères arborescentes gigantesques et les sigillaires, devint plus nombreuse et plus luxuriante dans l’époque carbonifère.

Cette végétation se répandit probablement sur toute la terre laissée à sec, tandis que d’autres formes végétales constituèrent les jongles impénétrables dans les endroits marécageux et les lacs aux Îles flottantes ; et des dépôts profonds de débris végétaux provenant de ces forêts devinrent finalement, dans la suite des révolutions géologiques, les grandes houillères.

Durant ces révolutions géologiques, quelquesuns des spécimens de la flore disparurent complètemeut, d’autres se formèrent, de sorte qu’à la fin de l’époque mésozoïque, un changement considérable est à remarquer dans le paysage. Outre les conifères, apparaissent les palmiers et les premiers dicotyledone El que le soicues lecornoulier 1e hètre, le DDRM He NIeR 2e CEtuhibier les espèces augmentèrent en nombre, s’adaptant à toutes sortes de conditions ; la forêt sous la plus grande vamété de ormes etravec ta plus orande-lururiance escalada les flancs des montagnes jusqu'aux cîmes, et couvrit la terre jusqu'aux pôles mêmes d’une profusion de plantes des espèces tropicales et semi-tropicales, et les grands mammifères erraient dans les espaces découverts.

Alors se produisirent les changements de niveaux et autres de l’époque post-tertiaire ou quaternaire, la formation des glaciers dans les montagnes et les latitudes septentrionales, avec les modifications correspondantes de climat qui s’ensuivirent et qui déterminèrent des changements correspondants dans la forêt, faisant mourir plusieurs espèces autour du pôle nord, les plus rustiques seules survivant ; et encore furentelles chassées vers le sud, dans une véritable déroute, par les vents glacés.

Après que la température glaciale de ces temps se fut un peu modifiée, la marche de la forêt fut aussi sûre qu'auparavant, mais l’ordre de bataille fut quelque peu changé pour se conformer aux conditions nouvelles du sol et du climat. Les espèces les plus

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rustiques ou les plus vigoureuses seules purent gagner les postes les plus avancés du nord, et parmi celles qui suivirent, plusieurs trouvèrent les anciennes places qu’elles occupaient changées par des formations fluviales et lacustres et par les débris qu’y avaient charriés et laissés les lits de glace, tandis que d’autres, vu leur constitution, étaient tout à fait incapables d'entreprendre une campagne au nord, où elles rencontrèrent des barrières infranchissables dans les élévations refroidies règnant de l’est à l’ouest, comme en Europe et dans l’ouest de l’Asie.

Et puis, ce furent encore de nouveaux obstacles de la part des éruptions volcaniques, qui, tant et plus, devaient briser sous leurs pas le territoire reconquis par ces avant-gardes persistantes de l’armée forestière, les annihilant à plusieurs reprises.

Finalement, lorsque les conditions géologiques et climatériques plus sures de l’époque actuelle s’établirent, et que le soleil se fut levé sur le monde, pour recevoir l’homme, celui-c1 trouva ce que nous aimons à appeler la forêt primitive, résultat d’une longue évolution, qui occupait la plus grande partie, sinon la totalité du sol découvert et cherchant toujours à étendre son domaine.

Je ne puis laisser le récit de cette lutte préhistorique de la forêt sans apporter quelques preuves historiques de son authenticité. Les paléo-botanistes ont déterré les restes de la flore circumpolaire qui prouvent sa ressemblance avec celle des pays tropicaux ou semi-tropicaux actuels; 1ls ont aussi fait voir que les sequoias, les magnolias, les liquidambars et les noyers

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