‹ La forêtChapitre 8 sur 22 · PA · texte numérisé non relu

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existaient en Europe et sur notre continent dans des régions d’où ils ont maintenant disparu. Nous avons aussi des preuves des succès et des revers répétés de la forêt dans ses efforts pour s'établir durant de longues transformations géologiques.

L'une des preuves les plus intéressantes de ces vicissitudes de la lutte de la forêt pour s'établir se trouve dans une section de la montagne Amethyst, dans le parc de Vellowstone; on y voit les restes de quinze végétations forestières enterrées, l’une au-dessus de lautre dans lavlave Après l'avoir plusieurs fois emporté sur ces bouleversements inhospitaliers, autant de fois la forêt a dû céder à une force supérieure. La face de la montagne renferme plus de deux mille pieds de strates reposant sur le granit. Les arbres, ou plutôt les bouts d’arbres, sont debout où penchés, en bou état de conservation, 1ls ont de 40 à 50 pieds de longueur et plusieurs jusqu’à 5 et 6 pieds de diamètre. (Il faut remarquer que l’ancienne et la moderne végétation se trouvent ensemble.) Le plus gros mis à découvert par l’action de l’eau et le mouvement du sol, s’élevant à douze pieds au-dessus de la couche qui le renfermait, a dix pieds de diamètre et appartient à la tribu des seqi ias.

Au nombre de ces témoi pétriñiés des succès de la première forêt, on a identifié les magnolias, des chênes, des tulipiers, des sassafras, le tilleu1l, le frêne en compagnie des sequoïas, tandis qu'aujourd'hui il n’y a que les épinettes et les: pins les plus vigoureux qui trouvent en cet endroit un climat convenant à leur nature. Des renversements semblables se produisent,

même de notre temps, sous nos yeux. Dans l'Alaska et ailleurs des glaciers charrient de grandes masses de terre et de roches qu’ils déposent en moraines dans les vallées. Sur ces moraines la végétation s'établit bientôt, et finalement la forêt pousse jusqu’au bord, que dis-je, jusque sur le dos même de l’imposant glacier. Mais comme ce courant deplace flue etreflue "recule ét avance, l'existence detlatvésgétätionmiorestière.est bien précaire et sa durée n’est que temporaire: tôt ou tard, elle sera renversée par la glace en mouvement et ensevelie sous la terre et les roches de la moraine. Après avoir reflué, la rivière du glacier, entraînant la glace fondue dans un cours rapide, et ce courant coupant au travers de la moraine, peut mettre à découvert la forêt enfouie, comme cela se trouve près du célèbre glacier Muir où nous pouvons voir quelque chose de l'histoire de la terre, des méthodes suivies dans sa formation et des forces qui ont êté mises en action aux époques passées.

Précisément comme la forêt s’est formée et étendue de cette manière durant le cours des âges, ainsi se forme-t-elle encore et s’étend-elle aujourd’hui, à moins que l’homme, attiré par les besoins croissants de la vie, ne s’en vienne entraver sa marche et diminuer son domaine par la culture du sol. Cette extension naturelle de la zone forestière se fait promptement partout où le sol et le climat sont favorables, mais elle s’accomplit tout aussi sûrement, quoique avec infiniment plus de lenteur, dans des situations défavorables. Sur le rocher nu, les détritus grossiers et les lits de graviers, sur les dépôts de sable purement sili-

ceux des rivières et des océans, ou dans les plaines brûlées et desséchées, il faut que la petite végétation opère son œuvre préliminaire de pionnier. Les algues, les lichens, les mousses, les herbes, les graminées, les arbrisseaux doivent l’y précéder, afin de mettre en Culture le rocher nu, d'ameublir les lits de gravier raboteux, de former le terrain, d'augmenter l'humidité du sol en l’ombrageant et de le rendre graduellement propre ta recevoir la forêt souveraine. J/armée des faiseurs de sol et des laboureurs de sol, les pionniers de la forêt, si l’on veut, sont de rudes gaïllards, réclamant moins pour vivre que ceux qui leur succèderont. Ils viennent de diverses tribus selon les conditions climatériques au milieu desquelles 1ls ont à se défendre. Aussitôt qu'ils se sont établis, ils commencent leur œuvrede culture, qui consiste à retirer da rocher ou du sol et de l’air les éléments nutritifs qu’ils rendent au sol, lorsqu'ils meurent et se décomposent, sous une forme beaucoup plus appropriée au soutien des plantes de la classe supérieure. Non-seulement par la croissance et la décomposition successives de ces pionniers, les éléments nutritifs du sol sont ainsi améliorés et augmentés, mais aussi les conditions physiques : la couche de terre devient plus profonde, plus meuble et elle prend plus d'humidité. Les eaux chargées d’acide carbonique provenant de l’humus végétal

en décomposition hâtent la désagrégation du rocher qui est au-dessous, et ainsi les couches de sol fertile augmentent jusqu'à ce que les plantes plus opulentes puissent subsister. Aux plus humbles travailleurs, lestaloues, les lichens, lès cacti èt les mousses, succè-

dent les glaïeuls, les graminées, les légumineuses et les arbrisseaux, ou, sous les climats plus secs et plus chauds, les agaves et les yuccas; puis viennent les fougères et autres représentants de la végétation inférieure, les herbes succulentes et les légumineuses qui couvrent de plus en plus le sol d’une prairie ; les buissons deviennent plus nombreux, se réunissent graduellement, ombrageant le terrain et interceptant la lumière aux herbages ; bref, le temps est arrivé où la flore sylvestre fera son apparition. Mais ce n’est pas à dire quelaforétivarde suite Suritautcompleteet dans sa variété. Des arbres isolés, des rôdeurs ou escarmoucheurs peu nombreux, ayant l'apparence d’arbrisseaux, et des sujets rabougris, vont d’abord se montrer, augmentant peu à peu en nombre et améliorant leur forme. L: Ceux-c1 par l'ombre-qu'ils "projet: tent et par la chute et la décomposition de leur feuillage et de leurs déchets, amélioreront le sol pour les meilleures plantes qui vont suivre.

Le tremble est l’un de ces avant-coureurs, qui, grâce à son abondante production d’une graine légère et ailée, promptement transportée par les vents à des centaines de milles, germant sans tarder et se développant vite, en pleine lumière solaire, même aujourd'hui dans les Adirondacks, les montagnes Rocheuses et ailleurs, prend rapidement possession des étendues de terrain où l’homme a impitoyablement détruit toute végétation par le feu. Cet arbre humble, que l’on trouve partout, mais qui autrement est presque sans valeur, est le restaurateur de la nature ; il couvre les plaies et les brûlures que l’incendie a

faites au flanc de la montagne. Quoique ses feuilles soient petites, avec son feuillage d'été auquel l’automne viendra donner des teintes brillantes, il fournit un ombrage bienfaisant et conserve contre le soleil et le vent desséchant quelque humidité pour de meilleures espèces qui croîtront et prendront sa place, alors que sa mission prendra fin.

Dans d’autres régions, comme dans les prairies de l’Iowa et de l’Illinois, des buissons de coudriers, ou, dans les montagnes de la Pennsylvannie et les Alleghanys en général, les arbustes de la famille des éricacées, tels que les lauriers, les rhododendrons, ou l’aubépine, la viorne et le cerisier sauvage sont les premiers arrivants, tandis que les aunes et les saules encombrent le bord des cours d’eau dont ils resserrent de plus en plus les lits, en retenant la terre que l’eau entraîne du flanc des collines et augmentant ainsi la superficie du terrain.

L'un des plus intéressants artisans du sol, enlevant un territoire nouveau à l’océan lui-même, c’est le manglier qui se voit le long de la côte de la Floride. Non-seulement il s'étend avec ses racines aériennes arrêtant toute espèce de débris flottant qui vient s’enchevêtrer dans leurs mailles, et édifie ainsi graduellement la rive, mais il lance même ses jeunes pousses sur le front de bataille pour y lutter contre les vagues et prendre pied le mieux possible.

Non moins intéressant sous ce rapport est cet habitant des marais du sud, le cyprès chauve avec ses curieuses excroissances radicales connues sous le nom de genoux de cyprès, qui sont très utiles pour

hâter la trausformation de la pièce d’eau en terre suffisamment ferme qui puisse supporter l’arbre devenu plus opulent à raison des conditions d'humidité.

I] faut prendre note ici de la remarquable facilité avec laquelle certaines espèces d'arbres s’adaptent à des conditions diverses. Les arbres des marais, ou au moins plusieurs d’entre eux, semblent indiquer qu’ils sont indépendants des conditions d'humidité par l'étendue de la zone de sol et de climat où on les trouve. En effet, ils poussent dans le marécage non pas parce que cet endroit leur convient mieux, mais parce qu’ils sont les arbres qui peuvent y vivre à l'exclusion des autres concurrents. Le cyprès chauve du lac Drummond lui-même croîtra dans le sol aride et sous la température sèche du Texas et du Mexique ; les chênes qui sont ses compagnons dans le marais occuperont presque n’importe quel sol et n'importe quel site ; le gommier rouge, ou le liquidambar, qui est devenu récemment un producteur important de bois de construction, se trouve dans de semblables zones d'habitat letmeémetenermenonmcedrerouse Ent dans les marais de la Floride est un grand arbre et fournit le bois mou dont on fabrique nos crayons, couvre aussi les arêtes les plus arides des Rocheuses, où 1l est d’une venue noueuse et d’un bois au grain serré, dont on fait les poteaux et les perches qui durent le plus longtemps. Comme ses baies flattent le goût des oiseaux, 1l se trouve promptement disséminé sur une vaste étendue de pays, du Nouveau-Brunswick à la Floride, et vers l’ouest, au delà des Rocheu-

ses, formant avec le frugal tremble et les peupliers ou liards l'avant-garde la plus avancée de la forêt.

L’'avant-garde de ces premiers arrivants, qui diffèrent avec les climats et accusent des besoins restreints, prépare la place pour les arbres plus fastueux, tels que les bouleaux, les ormes, les érables, les frênes, les chênes, les noyers, les magnolias, les épinettes, les sapins, les pins et toute l’armée de la flore sylvestre Si variée. Quant à savoir quels sont ceux d’entre eux qui occuperont certain territoire, cela dépend en premier heu des contlitions dela température, et, en second lieu, des conditions d'humidité de l’air et du sol et des différentes combinaisons de ces facteurs, qui déterminent la distribution géographique des espèces.

Pour ce qui a trait à la température, elle ne saurait jamais être trop élevée, pourvu qu'il y ait suffhsamment d'humidité. Les forêts des tropiques en SOHÉRIORD ENNEMI ITA TEERCOL Se Aer ces Pen Dasse température marque une limite à la végétation des arbres, comme le font voir les steppes du nord et la limite forestière bien connue des hautes montagnes, variant en altitude selon la latitude, 1. e, les conditions de température.

Et quant à l’humidité, nous avons vu que plusieurs espèces vivent dans les marais du sud, le pied dans l'eau "pendant des mois, met la tête, dans une atmosphère humide durant toute l’année, tandis que les plaines et les déserts, où le sol manque de fraîcheur et l’air d'humidité, sont sans arbres, ou du moins sans forêts. Entre ces extrêmes, nous trou-

vons des espèces se conformant à tous les climats et à toutes les situations.

À mesure que nous nous éloignons des tropiques en gagnant vers le pôle, l’essence forestière change avec chaque changement du climat WA partir des forêts vivaces toujours vertes et aux larges feuilles des régions tropicales et subtropicales, nous pouvons remonter vers le nord à travers les forêts au feuillage annuel des Carolines et de la Pensylvanie, forêts de chênes, de noyers, de chataigniers et de tulupiers ; où longer la côte du Pacifique, à travers une forêt mêlée de sapins, d’épinettes, de pins, du plus splendide développement. Puis (continuant notre course du côté de l’Atlantique), nous atteignons la forêt du notd, où l’érable; le"hèêtre-et le bouleau domiment entremêlés d’épinettes et de pins. Au delà, le nombre des espèces diminue, et généralement les conifères dominent; finalement huit espèces rustiques seulement peuvent supporter les atteintes glaciales des vents du nord.

Enfin, nous arrivons au delà du 62e degré de latitude, dans l’intérieur du Canada (dans l'Alaska, beaucoup plus au nord,) aux premiers avant-postes où figurent des arbres courts, étiques, atrophiés, les esquimaux du règne forestier. Et puis, c’est la steppe, la plaine dénuée d’arbres, où la glace et la neige abondentätoute, l’année Jetséloumdetinriue meIcale sol est gelé, sauf durant deux mois de l’année, où il ne peut se faire qu’une végétation basse de saule, de bouleau et de quelques fleurs. Maïs ces changements que nous observons au cours d’un si long.trajet, nous

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