‹ La Forêt bruissanteChapitre 13 sur 23 · LE DIRE DU BARBARE · texte numérisé non relu

LE DIRE DU BARBARE

C'est la nuit fatidique aux murmures dormants 0 il flotte un essaim blanc de formes étoilées ; Les rameaux qu? tordait la tempête envolée S'égouttent sur la mousse en fluides diamants — La Forêt s'e7isom}neille aux baisers de la lune.

Les heures passent, une à une :

Celle-ci d'or astral et celle-là d'argent

Et cette autre en robe de brume Et cette autre encor qui boîte à pas lents.

Au seuil obscur de la grotte profonde, Accroupis contre un feu de pins et de sarments^. Jacques Simple et Madeleine la vagabonde

Sèclient leurs vêtements Et leur cœur s^éjouit de la flamvfe dansante Et des tisons roux oit, la sève chante .

•Un être étrange tourne et s^ agite autour d'eux : Son front bourru se fronce, ses yeux Luisent d'une âme hagarde, Ses bras noueux comme les bras d'un arbre Montrent de rouges cicatrices S'il attise le feu ; Sa face est brune cojnme la terre et se plisse Quand quelque bruit le met en garde Et il grommelle entre ses dents — Jacques Simple étonné le regarde.

Toi qui nous a reçus, je t'ignore... pourtant Il me semble t'avoir déjà vu dans mes rêves... N'es-tu pas de ceux qui s'élèvent

Aux confins du cauchemar Quand parfois le prince des ténèbres

Me tourmente sur le tard ?

Ta face est sombre et tes yeux sont funèbres, N'est-ce du sang sur tes mains fébriles ? On dirait que l'horreur réside sur ton front Et qu'un crime ancien rend ton âme terrible.... Et puis.. . tu m'apparais tellement séculaire.

MADELEINE

C'est pour avoir souffert que son âme est terrible

Et que sa bouche ne peut plus se taire Et qu'il rumine ainsi de très vieilles rancunes ; Il te dira quelle noire fortune Encor plus dure que la mienne Le poursuit et cause sa peine...

Parle-lui doucement car il est notre frère.

JACQUES SIMPLE

Au nom de la souffrance humaine et de la terre, Homme étrange qui donc cs-tu ?

L'homme se dresse tendu Vers des remembrances sauvages Et il répond au Simple inquiet Et sa voix est pareille aux échos d'un orage.

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