LE DIRE DU BARBARE
C'est la nuit fatidique aux murmures dormants 0 il flotte un essaim blanc de formes étoilées ; Les rameaux qu? tordait la tempête envolée S'égouttent sur la mousse en fluides diamants — La Forêt s'e7isom}neille aux baisers de la lune.
Les heures passent, une à une :
Celle-ci d'or astral et celle-là d'argent
Et cette autre en robe de brume Et cette autre encor qui boîte à pas lents.
Au seuil obscur de la grotte profonde, Accroupis contre un feu de pins et de sarments^. Jacques Simple et Madeleine la vagabonde
Sèclient leurs vêtements Et leur cœur s^éjouit de la flamvfe dansante Et des tisons roux oit, la sève chante .
•Un être étrange tourne et s^ agite autour d'eux : Son front bourru se fronce, ses yeux Luisent d'une âme hagarde, Ses bras noueux comme les bras d'un arbre Montrent de rouges cicatrices S'il attise le feu ; Sa face est brune cojnme la terre et se plisse Quand quelque bruit le met en garde Et il grommelle entre ses dents — Jacques Simple étonné le regarde.
Toi qui nous a reçus, je t'ignore... pourtant Il me semble t'avoir déjà vu dans mes rêves... N'es-tu pas de ceux qui s'élèvent
Aux confins du cauchemar Quand parfois le prince des ténèbres
Me tourmente sur le tard ?
Ta face est sombre et tes yeux sont funèbres, N'est-ce du sang sur tes mains fébriles ? On dirait que l'horreur réside sur ton front Et qu'un crime ancien rend ton âme terrible.... Et puis.. . tu m'apparais tellement séculaire.
MADELEINE
C'est pour avoir souffert que son âme est terrible
Et que sa bouche ne peut plus se taire Et qu'il rumine ainsi de très vieilles rancunes ; Il te dira quelle noire fortune Encor plus dure que la mienne Le poursuit et cause sa peine...
Parle-lui doucement car il est notre frère.
JACQUES SIMPLE
Au nom de la souffrance humaine et de la terre, Homme étrange qui donc cs-tu ?
L'homme se dresse tendu Vers des remembrances sauvages Et il répond au Simple inquiet Et sa voix est pareille aux échos d'un orage.