CEUX D ARCADIE
Jacques Simple que ton cœur soit serein Tu dois combattre et vaincre encor Les rois viennent cuirassés d'or Et pressent leurs chars de guerre...
Si tu veux vivre parmi nous, Hâte-toi vers la lisière D'où tu verras la Terre promise — Reprends-toi, berger blanc, debout, Car ta faute t'est remise.
JACQUES SIMPLE
Quel songe horrible pr^nd fin Où je rampais courbé sous la honte et la faim Et S0U3 la haine !...
Parmi des chants d'oiseau et des rayons vermeils La vision s'efface — Jacques se dresse : sur sa face Rè^ne une aurore plus belle.
JACQUES SIMPLE
Pierre, tu es là... toi aussi, Madeleine.. Un souffle de là-bas, dessille mes yeux
Et comme un feu merveilleux Un sang nouveau bat dans mes veines
Le sortilège se dissipe !
PIERRE
Ah ! Ah ! je voudrais voir la lippe Que fait à cette heure le mage Qui nous égara sous la brume.
MADELEINE
Malgré les sorciers et malgré leur rage
Nous verrons donc le pays que parfume
Une floraison radieuse.
JACQUES SIMPLE
Nous irons ! nous verrons cette contrée heureuse
Où règne la toute justice Mais pour que les destins s'accomplissent Il nous faut combattre encore une fois
Selon qu'ont dit ceux d'Arcadie — Or là-bas j'entends galoper les rois Et hennir leurs chevaux de bataille.
PIERRE
Les rois ? j'ai contre eux cette hache
Aux sûres entailles :
Nous les vaincrons car ils sont lâches.
MADELEINE
Je les barbouillerai de la boue des ornières Et je leur jetterai des pierres.
Que ma droite se dessèche Si je n'en tue un cent avec mes flèches !
Alors, joyeux, tous trois courent vers V Orient I^e matin embrasé flambe et rit dans le ciel
La brise leur verse Varôme ardent Et doux comme miel
Quelle ravit aux corolles dWrcadie .
Et la Forêt soudain flétrie A la splendeur de Vaube en flammes Pleure et geint comme une femme.