UN AUTRE
Tu nous diras l'effroi de la Forêt mauvaise....
LE BERGER
Comme un bois fort rallume une mourante braise, Vos paroles s'embrasent dans mon coeur ! Je romps les Morts et je chasse la peur Pour te conquérir future Arcadie
Rêve en ascension virile vers l'Idée, Mon âme est nouvelle-née !
Alors tous l'entourant et se donnant la main, Ils mangèrent le pain et ils burent le vin En disant : « C'est juré ! »
Et, comme le printemps se pâmait dans la nuit, Comme au bord des près frais des femmes s'arrêtaient
Offrant leurs bouches et des fruits^ L'îé4t il entre eux leur fit signe et se prit à chanter :
Belle, la lune est si calme :
Pris aux lèvres des naïades, Le soir dort dans les roseaux Et pas même un oiseau
Ne se lève —
LE CHŒUR
Vois languir au long des grèves L'eau qui rêve.
LE MÉNÉTRIER
Les noirs marronniers soupirent
Où palpite L'or des étoiles limpides.
Les cascades murmurantes, Les vagules chuchoteuses
Sous les yeuses Vers la lune se lamentent —
LE CHŒUR
Entends cette voix charmante :
L'eau qui chante.
LE MÉNÉTRIER
Viens, je sais le val des fraises^
Je te tresse Un lien de marjolaines...
Tu te détournes, tu muses
Aux bouquets blancs des sureaux ?
Je détache ta ceinture
Et je cueille ton sanglot —
LE CHŒUR
L'eau lascive au loin s'argente, L'eau qui rêve, l'eau qui chante, L'eau qui fuit sous les roseaux.
Tout se tait, tout s'efface et la byiime assourdie Règne seule oh fut Arcadie....
Le troupeau grelottant se serre, le foyer S'éteint parmi les cendres, Derrière l'horizon qui s'empourpre descendent Les corbeaux de Décembre passé.
L'aube, le reflet clair des branches et des nues Emeuvent la Forêt mollement étendue De sorte que^ selon leurs frissons impalpables , Le ciel frileux tremble à travers les arbres.
Neuve sous son manteau de neige et de gelée^ La terre est belle ainsi qu'une épousée
Pour l'amant qui l'a voulue....
Le berger blanc s'éveille au seuil blanc de l'année — Et la Forêt grave et sonore le salue.