PREFACE
A une époque oh toutes les nouveautés sont reçues avec indulgence, je me hasarde à livrer ce faible ouvrage a la publicité. Né dans une classe de la société qui ne me permettait pas tVètre en rapport avec des personnes en état de comprendre Tcnthousiasme de mes sentimens intimes, j'ai éprouvé le besoin de soulager mon cœur en écrivant.
Dans une épître que j adressai un jour U Mailre Adam, mon célèbre confrère, je lui disais:
Notre verve fécoïKle
En couplets , on rondoniix , en vers malins abonde. Et jamais nos refrains , maussades ou joyeux , A l'auguste vertu n'ont fait baisser les yeux.
Fidèle à cette profession de foi, et encouragé par Faccueil dont mon prospectus a été honoré , j'ose me présenter au public avec confiance ; car je n'ai pas
Il PUEFACF.
clianté des objets étrangers ù mes ancclloiis. Né avec le goût de la poésie lionnclc, j'ai toujours sacrifié à l'autel de cette chaste divinité. Aussi, après avoir témoigne de mon respect pour toutes les vertus nécessaires il la société , je me suis pris à douter s'il pouvait s'élever la moindre improbation contre ma résolution d'écrire.
Puisque j'étais destiné à faire des vers, il fallait bien commencer par quckpie chose. Ce poème est loin d élre un chef-d'œuvre, je le sais, mais combien de littérateurs distingués ont débuté par des ouvrages qui n'étaient pas non plus des chefs-d'œuvre ! Si je n'ai pas commencé plus tôt, c'est que je ne devaispas écrire avant d'apprendre à parler.
Je crains de rencontrer quelques .censeurs sévères qui trouveront que , d'ouvrier vouloir tout à coup se transformer en homme de lettres, c'est une transition un peu brusque : j en conviendrai , cependant la chose n'est pas sans exemple, et, puisque je puis déjà m'énorgueillir d'illustres suffrages,, on excusera sans doute ma témérité.
J'aurais attendu quelqiic temps encore avant de
PRÉFACE. m
publier mo!i ouvrage , si je n'eusse l'Lc engagé à le faire par la personne qui m'éclaire de ses conseils et m'honore de son amitié. T)icu mit la reconnaissance clans le cœur tic Thommc, afin que par clic il pût s'acquitter (le SCS oMigalions ! .... Les âmes honnêtes me comprendront sans qu'il soit nécessaire de m'expliquer davantage.
Il existe déjà plusieurs poèmes sur la forêt de Fontainebleau; je ne les connais point; ils sont trèscourts, dit-on, et n'ont pas été faits par des hommes nés sous ses beaux ombrages , et entièrement dévoués à l'objet de leur culte. Pour moi, qui remplis ces deux conditions, si je suis resté au-dessous de mon sujet, ce n'est pas le zèle qui m'aura manqué; cette considération doit peut-être me mériter queîqu'indulgence de la part de mes lecteurs.
Quelques observations m'ont été faites sur ce que je ne disais que si peu de chose du château ; j'ai du agir ainsi, puisque mon intention est de chanter cette belle résidence royale , dans un poème historique qui lui sera particulièrement consacré.
M(DÏPII(EIS
Sur M. DURAND, Menuisier a Fontainebleau
ET SUR SON POÈME ; Par M. CLOVIS MICHAUX.
L'esprit souffle où il veut.
St-Jeam.
M. Durand m'a fait l'iionneuv de me dédier eon poème. Ce témoignage de sou estime m'autorise à rendre compte au lecteur, des relations qui se sont établies entre l'auteur et moi. Peut-être le public n'apprendra-t-il pas sans quelque intérêt , les circonstances auxquelles j'ai dû la bonne fortune de révéler un poète à lui-même, ou du moins délai donner foi dans son talent, dont il n'avait pas l'entière conscience. Le monde ne manque pas de gens qu'on risquerait fort de blesser en les remettant à leur place : en m'elTorçant de mettre à la sienne l'auteur du Poème sur la Foret de Fonlainebleaa , j'ai fait un acte de justice qui, je l'espère, n'a offensé personne. Je me suis donné cette mission comme un plaisir, et je l'ai accomplie comme un devoir.
En -1832, appelé à Fontainebleau par mes fonctions publiques, j'eus occasion, dès les premiers jours de mon arrivée, d'avoir recours à iM. Durand, menuisier en celte ville. Cet ouvrier me laissa "une opinion très-favorable de sou intelligence et de la dou-
VI KO'nCE.
ceur lie ses maiiièics. Mais , bii'ii qu'à ri/ispection <le quelques ouvrages de ma modeste biljliotlu'Cjuo, il eût hasardé de me parler de son goût pour les vers, bien qu'il eût même tliatouillé mon amour-propre , en m'assurant qu'il avait lu quelques-uns de ceux dont je fus coupable, j'eus le tort de ne voir en lui qu'un artisan fort civil, et je ne perçai pas l'enveloppe. IMusieurs fois depuis, M. Durand me prêta le secours de son industrie; mais ses premières ouvertures n'eurent pas de suite, et je n'eus garde, je le confesse, d'en réveiller le souvenir, dans la ciciiiite de subir c|uelqu'une de ces perfides confidences , dont l'expérience ne m'avait que trop appris à fuir le péril.
Nous en étions là, lorsqu'au mois de juin 1835, M. Jamin , auteur d'une intéressante Nolice sur Fontainebleau, me fit l'iionneur de me demander mon avis sur une pièce de vers , au sujet de laquelle sa modestie lui persuadait de se récuser comme juge. Cette pièce lui avait été confiée par M. Durand, menuisier, qui en était l'auteur. Elle avait pour titre : le Bouquet du Roi ^ fragment d'un Poème sur la Foret de Fontainebleau. J'en remis la lecture à mon premier instant de loisir. Je l'entrepris , il faut encore l'avouer , avec toute la prévention défavorable qui peut s'attacher au nom d'un écrivain dont on n'attend rien de bonj et tout le monde me rendra la ju.sticed.e convenir que les piobabilités étaient de mon côté. Mais dès le début, je recozuius des vers bien faits; puis, chemin faisant, je trouvai du nombre, deTharnionie, des pensées, du sentiment, des images; c'était de la poésie. Mon émotion croissant de proche en proche avec um surprise, j'arrivai h la fin du morceau en jetant un cri d'admiration. Me déliant de mon propre jugement, je courus faire part de cette impression inespérée, k l'un des hommes que je connais pour avoir non seulement le jilus riche fonds de ce qu'on nomme, esprit, niais le sentiment le plus
rsOTICE. yn
vif et le plus sûr du })eau dans les arts. ,i) lllul, admira, et quand il apprit !e nom et la profession d-t l'auteur, il ne put retenir ses laiines. L'épreuve me païut décisive.
On pense bien que je ne tardai guère à me présenter chez l'auteur. Je le trouvai à table, dans son arrière-boutique. Ce n'est pas au menuisier que j'ai affaire aujourd'hui , dis-je en entrant, c est au poète. M. Durand me regarda , avec un étonnemeut mêlé de quelque end^arras. Oui, ajoutai-je,y'a/vM de vos œuvres; et je viens vous demander le mot de l'eniffne. Qui etes-vous? quand et comment vous c'tes-vous reveille' poèù-? Wors , avec une modestie qui n'est pas toujours , bien (ju'on en dise, la compagne inséparable du talent, M. Durand voulut bien me confier sur sa vie, et sur ses sentiments intimes, les détails les plus circonstanciés. Je crois en devoir à mon tour la confidence au public. Ils font assez d'honneur à celui qu'ils concernent, pour que je ne me lasse aucun scriij)ule de cette indiscrétion, ou pour que l'intention me serve au moins d'excuse.
Voici le résumé de ce premier entretien :
Jean-Raptiste-Alexis Durand est né à Fontainebleau, le 1 3 mars 171)3. Dès l'Age de quatre ans il perdit son père, mort ouvrier ])rasseur. ba. mère, qu'il a le bonheur d'avoir conservée jusqu'ici , réleva d'une manière conforme à sa modeste condition. i:lle l'envoya dans une petite école, et M. Durand .se rend le témoignage qu'il répondit l'ort mal aux soins du maître. A l'âge de onze ans, il savait à peine lire et écrire. A cette époque, sa mère lit des sacrifices pour le placer chez M. Rabolin , maître de
(l) A coj UaiU, loutr la villr ilc F.uiiauit blcMH iL'C.iiiii.iili a et ii.iniiiirra I\!. DlloNiII.vau'.
vni NOTICE.
])ension, ( aujourd'hui employé à la Mairie clc ioiitaincbleau ([ui lui enseigna despieiuiers éléments de l'arithmétique et de la grammaire IVancaise, ce qu'un enfant de onze ans, assez mauvais écolier, peut en apprendre en dix-huit mois. Les études du jeune Durand ne se prolongèrent pas au-delà de ce terme. A douze ans et demi , adieu les livres ! l'enfant lut envoyé à Paris chez un menuisier ébéniste, après la mort duquel il revint à Fontainebleau continuer son apprentissage chez son oncle maternel, menuisier du roi. Il avait alors quatorze ans; et il rapportait de Paris un goût vague des beaux arts, puisé ou développé dans les musées, qu'il avait visités à ses jours de loisir. Quant aux théâtres, la modicité de ses économies partagées avec sa bonne mère, ne lui avait pas permis de les fréquenter.
A l'âge de seize ans, moins encore pom- se conformer à l'utile coutume des tours de France, qu'à son amour naissant pour les voyages, le jeune artisan partit avec un compagnon, débuta par travailler à Anvers, et dans quelques autres villes du Nord, revint près de sa mère et de-là se dirigea sur la Bourgogne. C'était en ')8'i2. La fatale campagne de Russie vint révéler à la jeunesse française tous les dangers de la patrie, Alexis Durand , âgé de -17 ans, entre comme volontaire dans le premier'régiment des gardes d'honneur, part pour l'Allemagne, arrive à Dresde, assiste à la bataille de Leipsick, où son cheval est tué sous lui , et dans la retraite , à la bataille d'Hanau, lui-même est blessé d'un coup de lance. Incorporé eu 'I8'I4, comme maréchal-des-logis dans le 7." régiment de hussards, il se trouvait en Champagne lorsqu'il apprit l'abdication de l'Empereur et la soumissioi} de Paris. Son pays n'avait plus besoin de lui; il reprit, comme compagnon menuisier, son tour de France interrompu, gagna la Bretagne t-t s embarqua à Nantes pour Bordeaux.
NOTICE. nt
1815 arrive; rEmpereiir débarque, niarclie vingt jours et rentre aux Tuileries. Le menuisier, rappelé sous les drapeaux, accourt pour prendre place dans les rangs de la garde nationale mobilisée, où l'attendait le grade de sous-lieutenant, apprend dans les environs de Soissons l'irréparable désastre de "Waterloo, et dépose encore une fois Tuniforuie du soldat pour le tablier de l'artisan. Retourné à Bordeaux, il parcourt en travaillant les principales villes du Midi de la France.
C'est à cette époque que commence, sinon la vie littéraire , au moins la vie studieuse de M. Durand. 11 avait vingt ans. Tourmenté d'un vif désir de savoir le latin, il se mit à l'apprendre à ses heures de repos. Dès ce moment, il ne voyagea plus qu'avec le Rudiment de Lliomond et un Gradus ad Parnassuin dans son havre-sac. Parvenu à déchiffrer VEpitome et quelques pages du Seleclœ, il osa aborder de fi'ont Virgile, puis Horace, et parvint avec le temps à se les rendre familiers.
En 1818, étant à Lyon, il prit des leçons de dessin, et s'appliqua en particulier à acquérir quelques notions d'algèbre , de géométrie et de musique. 11 commença à cette époque l'étude de la langue italienne , et se trouva bientôt en état de lire le Tasse, etl'Arioste devenu l'un de ses auteurs favoris. Cette même année , il s'embarqua à Marseille pour Savone , d'où il revint en France après un séjour de deux, mois, avec le projet de parcourir toute ITtalie dans un second voyage, 11 l'exécuta en 1620 , j)ar la belle roule du Simplon. L'impression qu'il reçut du spectacle des Alpes fut si jnofonde et si vive, qu'après quinze ans, il n'en parle pas sans émotion. Dès ce moment sa vocation fut décidée. 11 se sentit appelé à observer et à peindre la nature. Pour cela , il lui restait bien encore quelques préliminaires à franchir ; car, à Milan, ayant composé des couplets de fèto pour le consul
NOTICE
«le Fjoiitc (.liez liqiitl il liavaillalt , notie menuisier reçut de lui, à travers (juelques coinpliinenls , l'utile et tliaritable conseiUrapprendre les règles de l'ortliograplie et celles de la versilitation française.
Cependant le poète futur allait asseni!>lant des parquets et fabriquant des lambris, de Modènc à Parme , de Florence à Rome , n'oubliant jamais de visiter sur sa route les biblioibèques et les musées. Arrivé dans la eapitale des beaux arts , s'il fut frappé de la splendeur de ses monuments modernes, il ne le fut i)as moins de la grandeur de ses ruines et de ses souvenirs. 11 se réjouissait d'aller visiter Naplcs, et son terrible voisin le Vésuve ,^ et surtout le tomJjeau de Virgile; mais une armée Autrichienne marchait alors dans la même direction, sinon dans le même but , car elle allait renverser à Naples cette liberté naissante qui , selon l'expression de M. Casimir Delavigne, tremblait, un glaive dans la main. Force fut donc à l'artisanjioYageur non seulement d'ajourner cette excursion, mais dereprendre au bout de cjuinze jours lechemin de la France, par ordre de l'autoi'ité {)apale, à qui le seul titre de Français faisait alors ombrage. Embarqué par les soins du consul de France à Home, l'enfant de Fontainebleau ])rit terre à Gênes, et voulu repasser à pied ces Alpes, dont les gigantesques beautés avaient jeté tant de poésie dans son ame.
Deretour dans sa ville natale en 1821, M. Durand , après avoir travaillé trois nouvelles années comme ouvrier cliez son oncle , se maria et s'établit menuisier maître en iH24. La forêt de Fontainebleau devint dès-lors l'objet favori de ses contemplations. Il se ])rit à l'aimer de toute la chaleur d'un cœur d'artiste. Il conçut eniln la pensée d'en faire le sujet d'un poème.
Dès-lors , les jours de re[)os , que tant tVlioinmcs de labeur
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consacrent à l'intemjîéiance, furent voues par lui au culte de sa belle forêt. Appliqué toute la senuiine aux travaux de sa profession, il quitte son atelier, chaque dimanche matin, pour n'y rentrer que le soir. Que le soleil brille, que l'orage gronde, que le neige couvre Tlierbe desséchée, il part et ne revient souvent que lorsque les derniers rayons du jour ont cessé d'éclairer les sentiers de la forêt. Il l'aime dans toutes ses phases, dans le mouvement successif de toutes ses métamorphoses, riche d'iuie mer de verdure, battue des vents ou dépouillée de ses ombrages. Plus elle semble attristée, plus elle lui paraît imj)osante et digne d'être aimée. 11 franchit d'un pas rapide ses vallons pittoresques, traverse à la course ses majestueuses futaies, escalade ses rochers amoncelés, du milieu desquels s'élancent les bouleaux et les pins. C'est dans l'excitation de ces excursions solitaires qu'il médite et qu'il compose ; heureux le soir quand il rapporte au logis une vingtaine de vers, fruit d'une journée de fatigue et d'émotions!
C'est toutefois depuis deux ou trois ans à peine , qu'il a la confiance d'être initié aux mystères de la composition poétique. Jusque-là, il n'avait guères pi'oduit que des ébauches dont la révélation lui attira plus de dégoûts que d'cncouragenicnts , et dont aujourd'hui la faiblesse le lait sourire. 11 ne sufllt ])as on cflet de sentir vivement pour être appelé jiocte, peintre ou musicien; il faut encore avoir api)rofondi les secrets de son art, et savoir manier en maître l'instrunrent qui sert d'interprète à la ])ensée. M. Durand s'avoue à lui-même qu'il y a trois ans, il n'était encore maître qu'en menuiserie. Son poème est donc l'oeuvre de ces deux dernières années, et d'une centaine de promenades dans la forêt qui l'a ins|)iré; mais l'auteur se sent arrivé au jtoiut où l'artiste prend chaque jour des forces nouvelles, et il espère mieux lairc à l'avenir.
xii éîiOTICE.
Acceptons en l'augure. C'est le sentiment que j'exprimai à- M. Durand, lors de ce premier entretien, qui ne dura pas moins d'une heure et demie. Le rabot des ouvriers se faisait entendre dans l'atelier. Je pensai que les travaux réclamaient la présence du maître, et je crus devoir prendre congé de lui. En me reconduisant, il me dit avec émotion : vous m'avez fait passer ime heure comme je n'en compte aucune dans ma vie j vous êtes, la seule personne à qui j'aie fait la confidence entière de mes travaux , comme vous êtes la première avec qui j'aie eu le bonheur de m'entrctenir de littérature et de poésie.
M. Durand m'avait parlé de sa bibliothèque. J'étais curieux d'en faire la revue, et de juger de l'étendue des secours dont son possesseur pouvait être redevable aux auteurs anciens ou modernes. J'étais d'ailleurs impatient de connaître le poème dont il m'avait promis la communication , et ma seconde visite suivit de près la première. Invité à monter avec lui au second étage de sa maison , j'entre dans une petite chambre, où mes yeux n'aperçoivent d'abord que les quatre murailles exactement nues. Toutefois en avançant je découvre quelques rayons adossés contre le profil du corps de la cheminée, et, sur ces quelques rayons, quelques livres déshabillés , dépareillés , au nombre d'environ soixante à quatrevingts , au milieu desquels se trouvaient : quatre éditions de Yirgile, deux d'Horace, un Tasse, un Arioste, une traduction du Paradis perdu de Milton, un Boileau, un J. B. Rousseau, un Racine dépareillé, la Hem-iade et quelques tragédies de Voltaire, les Jardins et la traduction des Géorgiques de Dellile , le tout mêlé à quelques ouvrages en prose, la plupart incomplets.
Telle est la bibliothèque de M. Durand 5 c'est à ce petit nombre d'excellents modèles qu'il a demandé des inspirations et des conseils. A l'cx( option de Yirgile et d'Horace ; il ne connaît que de
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aiom les poètes lalins, non plus que les autres écrivains île ranclenne Rome, sauf pourtant Ciccron, dont il a lu le ti'aité sur la Vieillesse, et J. César, dont il sait par cœur les Commentaires . Hors la Gerusalemme liberata et V Orlando J'urioso , toute la littérature italienne lui est également inconnue, mêmie les poèmes du Dante, de Pétrarque , de Métastase, d'Alficri, bien que leur langue lui soit aussi familière que la langue latine.
Il est presque inutile d'ajouter qu'il connaît moins encore les autres littératures étrangères. M. Durand toutefois a lu un bon nombre de livres français , et ucn a rien oublié. î\Iais il n'a pas même lu une traduction d'Homère. J'ai honte de le dire ; il n'a pas lu tous les chefs-d'œuvre de Corneille ! C'est de Virgile qu'il a appris et que, selon lui, on doit apprendre Tart d'écrire en vers. Sa manière ferme , nombreuse et facile est pour lui le type de toute poésie : il admire surtout le rythme du vers hexamètre latin, terminé si heureusement par un dactyle et un spondée , et il a remarqué que presque tous les beaux vers français doivent leur force à cette même chute prosodique. Boileau lui a révélé le secret d'une facture sévère , Racine celui de la mélodie , J. B. Rousseau celui de la richesse des rimes. Il trouve la manière de Voltaire brillante, mais trop négligée. Molière! (J'en demande pardon ^ pour lui aux mânes de ce grand homme ) ; il goûte médiocrement Molière, non pas comme peintre, mais comme poète. Il s'est fait de la poésie une idée si relevée, qu'il est tenté de croire quelle déroge, quand elle descend jusqu'au plaisant et au familier ; du moins elle ne lui semble plus dès-lors qu'un badinage. Voilà pourquoi il a une faible estime pour la comédie écrite en vers , ainsi que pour la satire et l'apologue. Il fait toutefois une exception en faveur de Lafontalne , parce que, dlt-11, Lafontaine sait e'trr simplement sublime.