‹ La forêt de FontainebleauChapitre 2 sur 23 · XIV NOTICE · texte numérisé non relu

XIV NOTICE

Telles sont qa('lijuc<;-uncs des apprrcldlioiis littéraires do notre poète. Comme elles sont de nature à le bien faire connaître , je n'ai pas cru devoir dissimuler même ce qu'elles peuvent avoir d'erroné ou de téméraire. Mais je laisserais incomplète la peinture de ses goûts et de ses prédilections, si je ne disais que son poète favori, celui qui occupe la première place dans son estime, même avant Yirglle et l'Arioste, cesiOssian. La traduction de ses poésies galliques par M. Baour-Lormian , ne le quitte jamais. Osslan , comme peintre , est son premier modèle.

Il me restait à voir le poème, principal objet de ma visite. Il faut pour cela, me dit l'auteur, redescendre à l'atelier. Nous descendons. Sur une planche élevée, entre deux rabots, était un petit coflret, à vieilles garnitures de ctiivrc, sans serrure. L'auteur l'atteint, et le dépose sur un établi. Le coffret est ouvert. Qu'y aperçois-je? des feuilles volantes, ployées ou roulées, des chiffons couverts d'écriture à l'encre et au crayon, le tout jeté pêle-mêle , et dans un désordre parfait. Vous n'avez pas d'autres manuscrits? demandai-je à l'auteur , point de copies mises au net? — Nori, je jette là mes vers h mesure que je les rapporte de la forêt; mais rien n'est recopié de suite, et je serais aujourd'hui fort embarrassé de vous faire voir un seul chant de mon ouvrage. Il faudrait mettre la main sur les fragments dont il se compose, et les rassembler; je m'en occuperai puisque vous le désirez et que je vous en ai fait la promesse ; donnez-moi seulement quelque délai. Mon plan est dans ma tête, et louvrage est là; il ne s'agit que de Ty chercher et de compléter quelques parties encore inachevées. — Et , en disaiit cela , sa main retournait, déroulait, et rejetait ces lambeaux dont la confusion n'étonnait que moi.

Quelle cpic fut mou impatience de prendre connaissance de

NOTICE. XT

Tiruvrc (le mon poèlc , il me f.illiit njoiirncr rc plaisir, jusqu'au moment où M. Durand , ayant pris la peine de tirer du cliaos les quatre chants de son poème , m'en remit successivement les coi)ies.

J'exprimerai ici sans reserve l'impression que je reçus de cet ouvrage. Je ne m'attendais pas à trouver bien sévère et bien réj^ulier le plan d'un poème dcscrii)lif. La comjiosition de ces sortes d'ouvrages n'admet guère les proportions harmonieuses de l'e'popèe ou du drame. C'est par l'exécution et les détails qu'il faut ici juger l'auteur. Sous ce rapport , quel qu'en soit le mérite, le premier chant me parut inférieur aux trois autres. On y trouve plus de ce vague et de ce décousu, défauts inhérents au genre descriptif. L'absence d'intérêt n'y est pas peut-être suffisamment rachetée par l'éclat du style et la richesse des détails.

Le talent du poète s'élève dans le second chant, et c'est là que se trouve le morceau si remarquable du Bouquet du Roi , qui aura servi de fondement à sa réputation.

Le troisième chant me sendda incontestablement le plus beau de tous. Là se rencontrent tous les genres de mérite qui distinguent la manière du jioète , mélodie du style , grandeur des images, élévation des sentiments. Tous les auiis des beaux vers y remarqueront san.*; doute le récit de l'incendie des drapeaux delà garde impériale, épisode neuf et hardi , où l'auteur a déployé toutes ses ressources. Le tableau de la 6'or//m(/7u'o/2 m/7/Vazre est empreint d'une tristesse solennelle qui me parut atteindre à la plus haute poésie.

L'auteur soutient ce ton élevé dans le quatrième chant, et termine dignement la longue carrière qu'il s'était tracée, sans autre

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