‹ La forêt de FontainebleauChapitre 11 sur 23 · S(> CII.VM · texte numérisé non relu

S(> CII.VM

Ce charme des beaux jours ne dura pas long-temps, A la voiM du grand Homme, une vaillante armée, De honte, de vengeance et de rage enflammée. Imitant dans son coure le fracas des torrens , Inonde le pays de ses débris errans.

Ma forêt se transforme en un camp formidable. Les échos sunt frap[)és d'un bruit éi)OUYantablc : Ce sont des chars pesans arrivant tour à tour ; C'est le cri Jcs soldats; c'est le son du tambour; C'est le pied des chevaux frappant, creusant la terre; C'est l'aspect imposant de ces foudres de guerre Dont l'effroyable sein, dans un fougueux transport, Doit vomir à la fois le carnage et la mort; Et ces mille foyers qu'au bivouac on allume. Et dont l'ardente flamme en un instant consume Le genêt aux fleurs d'or, l'épine aux blancs rameaux. Et le corps tout entier de nos jeunes ormeaux. Au nombre de ces feux dont la flamme avec zèle Dévore le tribut de la saison nouvelle , J'en veux signaler un, dont le grand souvenir- Charmera les guerriers des siècles à venir.

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Par de-là ce rocher de bizarre slructure , Où l'invisible main de la docte Nature Taille en grou[)es charmants le roc cristallisé, Est un vaste plateau solitaire et boisé , D'où l'œil du voyageur avec plaisir découvre Le fleuve dont les eaux baignent les pieds du Louvre , Et l'antique cité qui, du temps des Romains, Abandonna son camp sans en venir aux mains. (7)

Là s'offre à nos regards une table grossière (8) Que dégradent les flots d'un siècle de poussière ; Mais qui d'un fait sublime attend un grand renom, Et conte au voyageur et son âge et son nom. D'un seul fragment de roc son plateau se compose , Et , rectimgle parfait , sur cinq api)uis repose : Rangés à ses côtés , quatre sièges sans art Au passant fatigué font bénir le hasard. C'est là qu'un bataillon de la garde invincible. Ignorant l'attentat pour elle si sensible , Attendait , pour voler au secours de Paris , Que l'aurore eût montré son divin coloris. La déesse des nuits, d'un long crêpe voilée.

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En silence ivynail sous la voûte étoilée :

Tout semblait reposer; seulement quelques voix

I •erraient de temps en temps la profomieur dis Ixjis -y Monotones clameurs du soldat qui surveille. Tandis (ju'aulour de lui tout se tait ou sonmieill<.>.

Cependant, précurseur des rayons du matin, Zépliir agile l'air de son souflle inceitain. Déjà, de rose et d'or une teinte légère Déploie à l'horizon sa beauté passagère; Bientôt l'astre de feu ^ qu'un bras divin conduit , Chasse en d'autres climats les ombres de la nuit , Kf , montrant aux humains son image adorée , D'une vive splendeur inonde l'empirée.

INos braves , pour volr-r où l'honneur les attend , N'avaient pas sans murmure attendu cet instant.

II fallut leur montrer une auguste défense. Enfin il est brisé le joug qui les offense , Et l'armée en avant s'ébranle avec fureur. Au cri victorieux de Vive CEnvpcrcur!

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Voilà qu'un messager , plus rapide qu'lCule , '

Panù! à riiorizun , bondit , s'éhmce , vole ,

Arrive , el , souhaitant n'avoir jamais été ,

Nous ré\èle à grands traits l'aiTrcusc vérité.

Si l'orageux empire ou siègent les tempêtes

Avec un bruit terrible eût croulé sur nos tètes ,

L'épouvantable aspect d'un si vaste chaos

D'une moindre surprise eût frappé nos héros.

ÎNul ne prétend survivre à celte ignominie :

Le fer brille en leurs mains pour s'arracher la vie.

Que n'ont-ils à choisir un plus noble trépas !

Déjà ces tristes mots sont proférés tout bas :

« Souvenirs qui rendez ma douleur plus amère ,

» Adieu , ma bien-aimée ! adieu , ma tendre mère !

» Vous à qui j'espérais raconter nos exploits ,

» Ilélas ! je [)ense à vous pour la dernière fois.

» Je ne puis supporter le destin qui nous dompte ;

» Vous ne reverrez plus ce front couvert de honîe ;

» L'honneur est dans la tombe , adieu , ma mère , adieu ! »

Un chef, que son devoir retenait en ce lieu ,

Apprend avec effroi cet exc^s de courage;

Lui-même avait été surpris i»!euranl de rage ;

Mais , bien qu'il panageâl la commune douleur , 11 se sentait plus grand , plus fort que le malheur :

« Grenadiers, nous dit-il, cnfans que la victoire » A cent fois ombragés des palmes de la gloire ; » Gucrriei-s, dont l'univers est justement jaloux ; » Quel affreux désespoir s'est emparé de vous ? » Vingt lâches potentats rêvent déjà leur proie ; » Voulez-vous leur complaire et les combler de joie ? » En mouiant, vous fuyez, vous nous livrez aux fers ! » Voulez-vous donc servir de fable à l'univers ? » Dites , que deviendra la France infortunée , » Quand tous ses défenseurs l'auront abandonnée ? » Soldats , que deviendront vos parens , vos amis ? » A la mort, à l'opprobre, à la honte promis , » Ils iront , enchaînés , arroser de leurs larmes » Les champs que tant de fois ont illustrés vos armes. » La froide Sibérie, en ses déserts glacés, » Tristes et languissans, les verra dispei-sés. » Alors ils maudiront la fatale imprudence » D'avoir désespéré du salut de la France , » Qui régnerait encor, si vingt- peuples jaloux

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» Ne s'étaient lâchement réunis contre nous. Ah î puisqu'il faut céder, puisqu 'enfin nos rivages Ont fléchi sous le joug de ces hordes sauvages ; Nous pré'serve le ciel d'aggraver notre sort Par un vil attentat , par une indigne mort ! La gloire des Français doit rester grande et pure. Que ses nobles drapeaux soient exempts de souillure. Un ukase, jaloux de nous déshonorer.

Demain nous forcera de nous en séparer. A cette indignité nous ne pourrions descendre. Eh bien ! qu'à l'instant môme ils soient réduits en cendre ; Et qu'avant le coucher du céleste flambeau , Le sein de nos guerriers leur serve de tombeau. »

Mille confuses voix , des cris que rien n'entrave Ont soudain applaudi les paroles du brave. Enflammé par ce trait d'héroïque vertu , Chacun sent ranimer son courage abattu.

Tous brûlent d'accomplir le noble sacrifice ; Et l'orateur guerrier choisit pour cet office La Table que ma Muse a déi)einlc en ses vei-s, Héunis sur un tertre ombragé d'arbres verts ,

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Nos gueniei-s, cependant, cssuyanl quelques larmes,

Dévoraient en secret l'affront fait à leurs armes :

Un courroux sanguinaire éclatait dans leurs yeux :

Voilà qu'un bruit confus de sons harmonieux

Fait passer dans les cœurs un instant d'allégresse.

Prolonge tes accords , aimable enchanteresse !

Ah ! puissions-nous puiser dans tes bruyants concerts ,

L'oubli qu'on attribue au Léthé des Enfers!

Au charme d'une erreur c'est en vain que j'aspire ,

La triste vérité nous tient sous son empire.

Ne vois-je pas déjà les apprêts douloureux

Du festin mémorable où vont siéger nos preux ?

Déjà , les sons flatteurs d'un air patriotique

Appellent nos héros vers la table rustique ;

Et l'un d'eux, sans effroi comme sans repentir ,

Sur le nouveau bûcher pose l'Aigle martyr.

C'en est fait, et la flamme a dévoré lemblème

Du dieu qu'avait armé la Victoire elle-même !

Etrange destinée après tant de hauts faits !

Ah ! consignons cet acte au nombre des bienfaits.

Nos yeux ne verront point une main sacrilège ,

D'un indigne Français tenant son pri^ ilège ,

TI'.OISir.MK.

Traînor avff mc'piis dans 1rs murs de Berlin l/yViglt^ qui dans sa serre a tenu le Kremlin !

Cependant, nos guerriers, que ce beau jour honore, Se recueillent au bruit du roulement sonore. Depuis leur noble chef jusqu'à l'humble tamljour , Devant la table sainte ils viennent à leur tour, El dans la rouge coupe , à tout moment tarie , Chacun reçoit sa part de la cendre chérie. Mais, ni l'isolement de ces lieux écartés Oue de profonds ravins cernent de tous côtés , INi de C(3S bois épais la ténébreuse cime , N'ont })u tenir caché ce dévoûment sublime. Les vainqueurs de Paris encor tout en émoi Au milieu de leur gardo en ont pâli d'effroi.

On dit même qu'à l'heure ou la Nuit sur la terre Vient dérouler sans bruit les voiles du mystère, Vers la tal)le, où fumait, le dernier jour de mars. L'holocauste immortel, agréable au dieu Mars, Si le moindre zéphir, qui dans les bois voltige. Agile d<N ormeaux rharnionieust^ ti"<'.

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Le voyageur surpris entend dire ù l'écho « Ici fut inimmc l'Aigle de Marcnrjo! »

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