‹ La forêt de FontainebleauChapitre 10 sur 23 · HUNT · texte numérisé non relu

HUNT

(Juand lonibri' mcnviionne el que l'Aquilon gionclc, Ces jardins, ce château, cette forêt profonde! De ce château surtout les milles pavillons Surmontés de longs ilards, rangés en bataillons, Me font l'elTet d'un camp qu'un demi-jour éclaire. J'aime fort le bon-mot de ce digne insulaire. Qui , voyant ces palais plus bizarres que beaux , Ecrivit sur l'un deux ; Rendez-vous de Cliâteaux. Ce mot peint d'un seul trait la confuse structure De ces corps isolées bâtis à l'aventure.

iMais, du côté plaisant quittons les vains attraits; Le spectacle des cieux m'offre de plus beaux traits. Je suis seul ; et Phébé par sa douce présence A plongé l'univers dans un morne silence. Contemplons à loisir la voûte où l'Éterner A gravé de son nom l'emblème solennel ; Où cent mille flambeiuix , qu'un vif éclat décore. Sur les pas de la nuit se sont hâtés d'éclore. Le nombre et la beauté de ces astres épars Etonnent ma pensée et charment mes regards. Tableaux majestueux, qu'un soleil pur iinime.

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Fuyez! le jour est beau, nuiis la nuit est sublime. Tout me dit qu'en ces lieux empreints de majesté , Plane invisiblement une divinité :

Tout révèle à mon cœur, avec magnificence, Et sa bonté suprême et sa vaste puissance.

Oii ! si j'osais prétendre à ce divin rayon Dont le ciel anima les Muses d'Albion ! Si, dans mon infortune, un aimable génie Daignait de mes accords seconder l'harmonie ! Au maître , au créateur de ce bel univers , Avec ravissement consacrant tous mes vers, J'irais, je chanterais sur ma lyre inspirée. Cette voix qui, du haut de la voûte azurée, Commande au vaste empire , et dirige le cours Du torrent indomptable et des nuits et des jours. Mais pareils à ces fleurs , dont l'agreste nature Orne le sol ingrat d'un vallon sans culture. Mes chants mélodieux résonnent au hasard , Simples comme au hameau, sans parure cl sans art.

Toutefois, si ma Muse, en ses chansons modestes.

No doit point aborder h^ rL^ions célestes,

Dii moins, j'aurai clianlé le sauvage tableau

Des forêts dont la cime orne Font;iinebleau :

J'aurai peint de nos lacs la surface paisible,

Et le roc ébranlé par l'Aquilon terrible,

Du limpide ruisseau le cours silencieux ,

Et rhonibI(3 fracas des torrents furieux.

Et quand le doux printemps, cette saison d(?s roses,

Parfumera nos bois de fieui-s fraîches écloses ,

Que, d'aimer et de plaire inspirant le désir.

Le front gai, le sein nu. l'amante,' de Zépliir

Exhalera partout son haleine embaumée.

Que du tilleul en fleur la branche parfumée

Formera sur nos fronts un agreste berceiui ,

Avec Tasse, Virgile, Ossian ou Rousseau,

Je viendrai visit<M- ces riantes prairies ,

Et repaître mon cœur d'aimables rêveries.

Voluptés du bel âge, ô fortunés momens Prodigués sans mesure aux fidèles amans. Souris, aveux, regards, illusions légères, ^ ous ne me bercez plus de vos douces chimères î

THOisiKwi:. 9!5

La naïve beauté , dans un trouble enchanteur ,

Ne me dit plus, hélas! le secret de son cœur.

Qu'il est bientôt passé le printemps de la vie !

Que son doux souvenir plaît à l'âme ravie !

Oh ! que ne puis-je encore éprouver un seul jour

Les plaisirs , les tourmens du véritable amour !

Beauté , qui sur mon ame obtiendrais cet empire ,

Tes beaux yeux doubleraient le charme qui m'inspire :

Mes vers, en attendant l'heure du rendez- vous,

Couleraient, jjour te plaire, et si purs et si doux !

Les regards d'une amante enflamment le génie.

J'ose vous invoquer, Atlala , Virginie,

Douces vierges d'amour , anges de voluplé ,

Prodiges de vertu , de grâce , de beauté ,

Vous n'êtes pas le fruit de ces riants mensonges

Qu'un cerveau fantastique enfante dans ses songes;

La France vous vît naître, et les heureux mortels

Qui vous ont, dans leurs chants, élevé des autels,

Ont obtenu de vous , non sans de douces larmes ,

Le prix du beau talent qu'ils n'ont du qu'à vos charmes.

Ainsi, favorisant de tendres souvenirs,

l^a nuit dans ces beaux lieux est l'erlile en plaisiis ;

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L'n inslincl consolant y suit l'anie rêveuse , Et dans son infortune elle se trouve heureuse.

Mais l'aube matinale a blanclii riiorizon ; Une humide vapeur humecte le gazon ; La brise du malin cai-esse le feuillage; La voix de Philomèle éveille le bocage ; Le calme disparaît; tout s'agite à la fois, L'indolente cité , les champs , les eaux , les bois ; Et, déjà, l'Orient, qu'un feu léger colore, M'annonce le retour d'une nouvelle aurore. C'est l'heure des travaux : je vous fais mes adieux Palais , parc et forêt , séjour délicieux Que la nuit va bientôt dégager de ses voiles; Canal éblouissant aux feux de mille étoiles. Enormes peupliers dont les fronts orgueilleux Touchent du roi des rois le palais merveilleux , Solitaire jardin , bosquets, gazons, cascades. Coup d'œil majestueux, charmantes promenades. Tableau simple et touchant digne de l'âge d'ur; Que j'aurai de plaisir à vous chanter encor, Quand je disposerai de quelqu'hture imprévue !

Ti'.oisiKArr.

Mais de plus grands objets viennent frapper ma vue. Sur celle masse informe et parmi tous ces dards , ÎNc vois-je pas flotter l'un de nos étendards? Oui , voilà le drapeau d'Auslerlitz et d'Ârcole, (".et enfant glorieux de la romaine école , Dans les sanglants débats ce talisman vainqueur, Qui de tout vieux guerrier fait tressaillir le cœur. Qu'il se plaît à flotter sur le palais célèbre, Où , las de triompher dans le INord et sur l'Ébre , Le conquérant goûtait \os douceurs du repos ! ('onîme en ses jours de gloire, il est fier et dispos. Mais, de nos droits sacrés sentinelle attentive, 11 attend, ix)ur briser la paix qui le captive, Qu(î le Russe barbare ou l'imprudent Germain l-'n signe de menace ose lever la main ; Va, sans appréhender l'invasion qu'il brave. Il voit avec dédain les apprêts du Batave. lié! qui ne songerait à nos brillants exploits Kn voyant ce drapeau, qui lit trembler les Rois, ()m les soumit au joug de sa grandeur snprém(\ Flotter paisiblement sur le château qu'il aime? t^ar il chérit ers lieux, coinnu' ces vieux soldais

Que naguère a meuriris la foudio des combats,

Et qui. preux chevaliei-s, sont venus à la ronde,

Camper dans cette ville en souvenirs féconde, (2)

Et saluer la cour et le double gradin

Qui virent les Adieux de l'homme du destin. (3)

Tant ce lieu réunit, éloquent répertoire.

De pompe, de revers, de génie et de gloire!

Oh ! quand régnent les temps où , par Dieu rappolé , Le soufile de la vie enfin s'est exhalé , Si l'ame s'affranchit de la demeure sombre, C'est là que d'un héros doit planer la grande ombre ; Car aucun des palais du soldat couronné Ne le vit plus heureux ni plus infortuné. Que la prospérité rapidement s'écoule! Ici , dans ce jardin, j'ai vu les rois en foule Suivre timidement l'orgueilleux souverain Qui les tenait courbés sous un sceptre d'airain. Jours glorieux ! c'était le beau temps des conquêtes. Les nuits retentissaient du tumulte des fêtes : Edifices, palais, jardins, bosquets nombreux. Tout, jusqu'aux bords des eaux, étincelait de feux.

Co fast(î, n(îs gi-andours, rclte magnificence Du moderne César proclamaient la puissance : Le vulgaire et les grands se traînaient sur ses pas ; On prenait pour ini Dion ](^ drmon des combats.

Qiiit de lois son coursier, pulvérisant la terre. Dévora le contour de ce vaste parterre, l't d'un rapid«î élan passa devant nos yeux Comme ces feux légers qui volent dans les cit*ux ! Par fois le <!on(juéranl , à pied, la tète nue. Foulait de IMaintenon la royale avenue; Où, suivi d'un essaim de belles, de béros, D(^ ce lac (Micbanteur il sillonnait les flots. Ce pavillon secret, cette île blancbe et ronde. Qui ressemble au palais du monarque de l'onde , A souvent abrité le grand dominateur.

Le projet d'embellir ce domaine enchanteur Au milieu des combats tint son ame occupée. Quand l'Europe en fuieur eut brisé son épée, (^.onservant dans ses traits tout l'orgueil d'un romain. C'est ici qu'il signa , de sa terrible main , L'acte qui le plaçait , lui, colosse de gloire.

Au rang des souverains dédaignc-s de l'histoire! Et quand , las de subir un ignoble néant , Il vint recommencer son œuvre de géant, Avec ce doux eflroi qu'on goûte aprt'S l'orage , Il revit les rochers témoins de son naufrage , Kl la table de pierre , où son noble dmpoau A trouvé dans la flamme un glorieux tombeau. Dévoûmenl mémorable! héroïque incendie !

Avec Napoléon, malgré la perfidie, (4) Vous passerez sans doute, à la postérité. Muse, faisons ici briller la vérité.

Toi , qui dans tous les temps, en fiiils d'armes féconde, As vaincu mille fois les monarques du monde^ O France ! ù ma patries! un désir plein d'appas Dans les camps, jeune encore, ayant guidé mes pas, Long-temps j'ai combattu les rivaux de la gloire. Et payé de mon sang l'honneur de la victoire. Le prix que j'en obtins est au fond de mon cœur. Aujourd'hui qu'Apollon , de son souffle vainqueur , A rallumé le feu de ma première ivresse , Je vais fouler encor les rives du Permesse.

THOrSlÈMF. 81

Moi qui naquis dans lombre el clans railvc'isilr,

Quels seraient et mon zèle et ma félicité.

Si , le ciel exauçant ma téméraire attente ,

Je pouvais animer la trompette éclatante !

Je dirais les combats, la gloire, les revers.

Des guerriers dont l'audace eût soumis l'univers ,

Si d'horribles frimas , triste sujet de larmes ,

N'eussent glacé leur sang et fait tomber leurs armes !

lofais, pour oser chanter ces merveilleux exploits,

Il me faudrait d'Homère et la lyre et la voix;

Tandis que je n'obtins d'une docte Immortelle

Qu'un luth harmonieux à ses bosquets fidèle.

Habile à moduler de folâtres chansons ,

Mais n'osant s'élever à de plus nobles sons.

Cependant j'ai juré que mes faibles ouvrages

Auraient l'unique but d'illustrer tes ombrages ,

O ma belle forêt ! un fait bien glorieux ,

A l'ombre de tes bois, s'est passé sous mes yeux :

Je vais en retracer la douloureuse image.

La France subissait le joug de l'esclavage. Du grand Napoléon le sceptre redouté

iSl2 CHANT

N'imposait plus ses lois à l'univers dompté. L'Europe triomphait , d'innombrables Tartarcs, Méprisables guerriers grotesquement barbares , Avaient abandonné les cavernes du Nord , Où naguère ils s'étaient dérobés à la mort , Et, trahiant avec eux toute la Germanie, Promenaient en cent lieux leur audace impunie. De hideux cavaliers, vil rebut des mortels, (5) Déjà souillaient l'azyle et les champs paternels; El le bois que j'aimais, envahi par la force. Vit leurs maigres coursiers dévorer son écorce ; Quand l'aigle , tout-à-coup planant sur l'horizon , Vint déjouer encor l'horrible trahison.

A peine un faible jour éclairait la prairie. Non loin de ma forêt, les fils de la patrie. Las de vivre., et voulant mourir ou se venger. D'un feu vif et roulant réveillaient l'étranger. Un instant il voulut résister à nos braves. Et , croyant dans ces bois nous créer des entraves , Des arbres l'un sur l'autre entassés avec art S'était fait à la hâte un monstrueux rcmpait.

TriOisifnir. fi"

D'où sa noble valeur comptait nos funérailles ;

Quand du sein de; nos rangs, le bronze des bataillcfi

Tonne , gronde , ravage , écrase avec fracas

Rochers, monts et remparts, tentes, coursiere, soldats.

Braves sur les hauteurs , vainement ces Vandales

Font pleuvoir sur nos fronts une grêle de balles ;

Nos favoris de Mars , toujours audacieux ,

Semblables aux Titans escaladant les cieux ,

]\ïontrent dans cet assaut un courage héroïque ,

Et chassent devant eux la tourbe germanique.

Ainsi que l'Aquilon de sa bruyante voix

Disperse dans les airs la dépouille des bois.

.Te les vis, ces enfans de la Scandinavie,

Mendier à genoux le bienHiit de la vie !

Ou Thersites nouveaux, réduits à se caclier.

Se disputer l'abri d'un arbre ou d'un rocher!

Ils ont dû rendre hommage à notre caractère.

Un ennemi vaincu pour nous n'est plus qu'un frère;

Tandis que tant de fois leur lâche inimitié

Nous a dans la défaite immolés sans pitié ! (6)

Cependant, nos guerriers s'avançaient en colonne.

El livraioiit à rrgrot aux furours de Bollone

Ceux qu'un talal orc,'ueil poussait à nous braver*

U\ profondeur des bois seule put les sauver.

Le reste épouvanté fuit d'azyle en azyle ,

Et rougit de son sang le pavé de la ville.

Honneur à nos guerriers, dont le bras courageux

Délivra ma forêt de ces hôtes fangeux !

Mais, comme on voit la mer, au souffle de l'orage,

S'avancer , reculer , puis inonder la plage ,

L'Invasion enfin a de ses flots impurs

De la cité superbe enveloppé les murs.

Oui, Paris indigné voit un troupeau d'esclaves

Souiller insolemment le champ du dieu des braves ,

Et ces heureux soldats de la fatalité

Se regardent , smpris de leur félicité.

0 peuple infortuné ! trahison des plus noires !

Ce jour va nous ravir le fruit de cent victoires.

Vous tous- qui , las de vaincre , avez quitté le jour ,

Ombres de nos héros ! au céleste séjour

Où vous goûtez le prix de vos vertus guerrières ,

Vous, qu'on vit, affrontant les balles meurtrières,

Préférer le trépas au moindre des aflVonts,

Ti',()isji;»ii:. 85

Quelle noble loiiyeiu a du cuuvrii vos flolU^ î Mais hâtons ce lécil : des bardes plus célèbres Oseront déchirer le voile de ténèbres Qui couvre à nos regards cet indigne att(;ntat , Et de l'honneur bancals rétabliront l'éclat.

Celait dans la saison où , légère et (idèle , Plane déjà sin nous la frileuse hirondelle. Alors que, sur les vents, l'intéressant oiseau Vient, d'un monde incomui, retrouver son berceau. Le mois cher aux amours ne nouait pas encore; Mais , féconde en beautés , chaque nouvelle aurore Développait le sein d'un germe créateur. Tout prenait sous le ciel un aspect enchanteur. Du zéphir caressant l'haleine douce et pure Balançait les rameaux d'une tendre verdure. Inévitable effet des amoureuses lois , Des bruits mystérieux sortaient du fond des bois ; Et du chant des oiseaux l'allégresse infinie Remplissait ma forêt d'une vaste harmonie. Tout eniin répondait au soufile du [irintcnqis.

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