L»U CHANT TROISIÈME
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(3) Qui virent les adieux de l'homme du destin.
Les adieux de Napoléon à sa garde devaient trouver Ici naturellement leur place; mais M. Clovis Michaux, Procureur du Roi à Fontainebleau, ayant traité ce sujet dans une pièce de vers qui réunit la plus grave poésie à la fidélité historique, je n'ai pas dû présenter un point de comparaison (jui ne pouvait que m'être défavorable.
Voici les vers de M. Clovis Michaux :
Sa vieille garde est là , couvrant la vaste cour;
Sa garde , compagne (idole Oui Tentoura quinze ans de respects et d'amour. Le conquérant déchu se place au milieu d'elle : Il va parler. Silence ! « 0 mes braves soldats, <( Dit-il , nobles débris de vingt ans de combats , « Il faut nous séparer. Notre gloire commune , « Nos triomphes sans nombre ont lassé la Fortune. il C'est assez prodiguer votre sang précieux : a Je suis content de vous : recevez mes adieux. (( Fidèles à riionneur, servez cette patrie « Qu'ensendjle nous avons illustrée et chérie. »( Puisse luire pour elle un meilleur avenir! (( Vous tous , soyez heureux 1 Gardez mon souvenir. (( Ne plaignez pas mon sort j consolé par la Gloire, (( DansTexil, jécilrai notre immortelle histoire;
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c( Vaincu, je redirai nos exploits triomplians.
« Adieu, mes compagnons! mes amis ! mes en fans !
(( Adieu ! Votre Empereur , à ce moment suprême ,
« Voudrait vous presser tous sur ce cœur qui vous aime.
« Approchez ce drapeau. Pour en voiler l'affront ,
(( Que mon Aigle expirante ombrage encor mon front :
» Que je baise , en partant, l'étendard tricolore,
« De votre Ge'néral approchez tous encore,
tt Enfans , entourez-moi pour la dernière fois. »
Des sanglots étouffés soudain brisent sa voix. Ses braves conmie lui se taisent, mais des larmes S'échappent de leurs yeux et roulent sur leurs armes. On veut baiser ses mains, toucher ses vêtemens : Le grand Homme s'arrache à leurs embrassements ; Il part; il va quitter le doux ciel de la France, Non sans d'amers regrets, mais non sans espérance. .. .
Ce morceau , extrait d'un poème de deux cents vers , ayant pour titre : Fontainebleau , se trouve inséré dans une excellente Notice historique et descriptive de cette résidence royale, par M. E. Jamin, secrétaire de la Conciergerie du château.
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{'{) Avec Napoléon malgré la perjîdie.
Après la dcrhcance (le Napoléon, des congés, signés par l'empereui" Alexandre, furent prodigués dans Tannée française. Cette Uicsure adroite, jointe à la déseilion occasionnée par le découragement, désorganisait tous les corps, à la grande satisfactioii des puissances coalisées. C'est alors f[ue plusieurs drapeaux ont été brûlés dans la forêt de Fontainebleau ; ce fait a été l'objet d'indignes insinuations ; si je n'ai pas eu le talent de décrire dignement cette scène sublime , du inoins j'aurai eu le courage de combattre l'erreur et de soutenir la vérité.
Page 82, vers 8.
(5) De liUleux cavaliers, vil rebut des mortels.
Il n'est ici question que des cosac[ues indisciplinés , qui les premiers ont occupé Fontainebleau , et qui sont regardés, avec raison , connue la lie des armées Européennes. Une colonne de la jeune garde , ayant avec elle doux pièces
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d'artillerie, fit fuir celte muUilude île Tartares, qui se dispersèrent dans la forêt, s'égarèrent et se rendirent à discrétion aux habitans qu'ils rencontraieut, pour être conduits à la Mairie; car, tout sauvages qi''étaient ces cavaliers errans, ils ne vivaient point de racines.
Page 85, vers 20.
(6) Nous a dans la défaile immoles sans pitié.
Dans la désastreuse campagne de •IH !3, la petite ville de Frvberg, en Saxe, fut occupée tour à tour par les Français et parles Alliés. Dans une de ces actions ,• elle demeura en notre pouvoir , après une vigoureuse charge de cavalerie. Des lanciers prussiens , en quittant la ville , immolèrent une vingtaine cie prisonniers français , dent plus de la moitié étaient blessés.
DU CIIAM TIUtiSIK'iIi;. 10)
Page 87, \eis 8.
(7) Abandonna son camp sans en venir aux mains.
César dit j)()slliveiiicnt , en parlant de Melun :
Dcprchcnsis nnvilnis circilcr L cclcriterqne conjunctis nique eo rnilitibus iinposilis , et rei no^'iUite pertctrrilis oppidttnis , quorum magna pars eral ad btllurn c\'Ocala , sine conlcntione oppido polilur.
C'est-à-dire i
(( A la vue d'environ cinquante barques rassemblées a la <.(. liâte et diargecs de soldats, les liabitans, dont la plus (( grande partie avait e'té appelée à la guerre , furent si épou- <( vantés de cette nouvelle irruption , qu'ils laissèrent occuper « la ville sans résistance. »
Page 87, vers 9.
(8) Là s\)ffre ù nos rcijurds une table grossière.
La table du Grand-Maître est située sur la route Ronde , derrière le rocher Saint-Gennain, cuire lu roule de Paris
102 NOTKS 1>L CII-S.M ilVOlSlKMi:.
et celle de Melun. Son nom et Tépoque de sa fondation sont graves sur ses bords ; mais les beaux arbres qui l'ombrageaient n'y sont plus î
CIIAIVT QUATRIÈME.
«ro ». V (
Cl)aut tfluatrinnr,
LES nociŒus.
ÎN'audai maltina c sera
Vvv lialze e |icr peiulici orride c strano, Dove iioii via, dove scnlier non cra Dove ne scgno di vcsligia umane.
OllLAKDO FLRIOSO.
Toi qui fis résonner de tes sons îéniéraiies L'aride Mont-Chauvet et ses rocs solitiiires , Et qui, lorsque ton barde eut cnchaîn-é ta voix , Demeuras suspendue aux chênes de nos' bois ;
0 ma har|)e ! souvcnl à la naissante aurore Sous l'aile du Zéphir tu soupirais encore , Quand du lierre indiscret les mille lejelons Sont venus t'enlacer de sauvî^ges festons. Quelle main , dégageant ta forme gracieuse , Feiti gémir encor ta voix harmonieuse?
jN 'as-tu pas entendu sous nos rians berceaux S'agiter le feuillage et gémir les ruisseaux ? Et tu ne ferais plus dans la saison charmante Soupirer le guerrier, pleurer la jeune amante ! Toi qui, mélodieuse et sensible, toujours D'un magnifique chant saluas les beaux jours î Ah ! sous Napoléon , quand la France guerrière Parcourait en vainqueur la plus noble aurière , Du peuple triomphant partageant les transports , Tu mêlais à ses cris d'héroïques accords ; Et. tes sons belliqueux, consacrés à la gloire , Captivaient un instant ces fils de la victoire. Harpe mélancolique ! éveille, éveille-toi ! Brise un lien perfide el visite avec moi s
Ces monstrueux rochers et ces sables arides , Et ces ravins profonds , du globe affreuses rides ,
QLATIUI Mt:. 107
Tous ces rocs caverneux, hantés p;ir les démons ,
Et que l'homme a nommés : les Goryes d'Apres- Monts. ( 1 )
La harpe aime à viljrer sur les débris austères :
Viens ! et puisque ces lieux sont remplis de mystères ,
INous y provoquerons, par d(.'s chants agresseurs ,
Lliouime noir incu)nui , redoutable aux chasseurs.
L'Automne est ma saison : ses sublimes imag<'s Ont, depuis mon enfance, obtenu mes hommages; Jamais je n'entendis sous l'épaisseur des bois , Orgue majestueux , rouler sa grande voix, Sans qu'un IVémissement , une divine tlamuK; Me vinssent aussitôt s'emparer de mon ame , Et prosterner mon front , connue au pied des autels , Devant le Dieu puissant qui créa les mortels. Dans le calme, l'automne a [)lus d'attraits encore. Voyez celte forêt solitaire (!t sonore, Lorsque la f<'uil!e pâle, à son dernier nuimcnt , Du rameau se détache, et vient languissammenl Etaler sous nus pas, immobile et fanée , Le doulouri'ux lablt^ui de notre destinée. Ce vague ac'iien , niNstiuieux Kinceit ,
I Ce besoin do lever qu'on ('-prouve au désert , j Ce murmure éloquent de la léuillt' jaunie , Il n'est point ici bas d»* plus douce harmonie!
Mais, en ses voluptés le cœur aime à changer. Parmi ces âpres monts courons nous engager. Quels sentimens j'éprouve en gravissant leurs cimes ! Que l'ame y goûte bien les sauvages maximes Du mortel qui , faisant d'une grotte un saint lieu , Y pense , y vit en paix , y converse avec Dieu ! C'est du moins le séjour de la docte Uranie : Les monts ont tant de fois inspiré le génie î Mais si pour mieux rêver j'abaisse mes regards, Quel effrayant tableau s'offre de toutes parts î Théâtre abandonné de notre vieille histoire , Mystérieux débris d'un vaste promontoire , Si j'en crois Israël, aux jours de Chanaan Vous serviez de rivage à l'antique Océan. Les générations passent comme des ombres ; Le passé, l'avenir sont deux abymes sombres; Et dans mille ans, peut-être, une dernière fois L'onde victorieuse enjïloutira ces bois.
QUATKUMr;. 109
Vous n'oliéisscz plus au souverain des ondes ,
Piitoresqucs roclicrs, sites, gorges profondes ,
Un être fantastique est le roi de ces lieux. (2)
La nuit mais racontons ce qu'ont vu nos aïeux.
La bruyante saison régnait siu- la nature ;
Un soufilc rigoureux desséchait la verdure ;
î)u chêne languissant le feuillage en lambciiux
Retentissait des cris d'innombrables corbeaux ;
Déjà le son du cor imposant et sauvage
Annonçai? aux chasseurs le moment du ravage ;
Et les échos des bois se répétaient entre eux
Les pas précipités de cent coui"siers fougueux.
D'où venait ce tumulte? Henri, dont la mémoire
Tient un des plus hauts rangs dans l'immortelle histoire ,
Notre bon Henri quatre et sa joyeuse cour
De ses Déserts chéris visitaient le séjour.
Cependant h) courioux de vingt meutes barbares , Et le cri des piqueurs, et le bruit dos fanfares , Vont porter en tous lieux le carnage et l'effroi. Ihi cerf, de ces forêts infatigable roi ,
Coninii' lin ciilanl d'Role en sa l'uili' lapitle ,
S'efforce d'jH happer à la horde inlrrpide ;
Dans un jeune taillis, où naguère il est né,
Il voit avec douleur qu'il est environné :
Connaissant par instinct tout ce qu'il doit attendre ,
Pressé de toutes parts il songe à se défendre ,
Et , cruel à son tour pour la première fois ,
H éventre en courroux plus d'un dogue aux abois ,
Quand d'un adroit chasseur la balle meurtrière
Part et vole, en sifflant, porter l'heure dernière
Au héros malheureux de ces tristes combats.
L'orgueilleuse fanfare insulte à son tréi)as.
Aussitôt vingt seigneurs, que ce triomphe anime ,
Environnent gaiement le corps de la victime ;
Puis, bravant l'Aquilon dans un large manteau ,
Reprennent satisfaits le chemin du château.
Voilà que devant eux un noir cavaher passe.
Et des accents du cor fait retentir l'espace ,
Puis , craignant le courroux du monarque chasseur ,
Gagne d'un bois voisin la sauvage épaisseur.
Un écuyer du roi vole pour le surprendre ;
11 l'aperçoit, le joint, mais il ne peut comprendre
Que , du noir inconnu qui le brave à deux pas ,
niVTI'.IF.lir. -111
Il veuille s'approcher et ne le puisse pas. Entre eux rt^nait toujours une même distance. L'écuyer ne vit pas couronner sa constance : Au moment où sa main croit saisir l'étrangci' , (lelui-ci disparaît comme un esprit léger. Des gorges d'Apre-Mont reconnaissant l'ombrage , Le chasseur épuisé revient pâle de rage.
Novembre était alors au milieu de son cours , Et l'astre éblouissant qui dispense les jours , Dans un nuage d'or enseveli sous l'onde , A la reine des nuits avait livré le monde ; yVvec une expansive et tendre volupté , Régnait en souriant cette pâle beauté.
Sa louchante lumière, en mille endroits flottante. Imitait la blancheur de la neige éclatanf(\ Cent nuages bientôt de leur mélange impin- \ iiirent do^ vastes cieux ternir le front d'azur ; L'Aquilon soulevait des tourbillons de poudre, Le ciel se colorait des lueurs de la loudn; , Tout, ius(|u'à la IVavcui- de IVuseaii (|iii s'enfuit , Présageait au\ niorlt.'is tnic (tragousc luiii.
Pressé par les torrens de la céleste voiilc ,
L'écuyer se retire .et vole sur la roule :
Quand, les yeux éblouis d'une vive clarté ,
Son coursier écumant se cabre épouvanté ,
Tremble, résiste au frein : le guerrier moins timide ,
S'élance, met le pied sur la fougère humide ,
Et d'un hardi coup d'œil interroge les lieux :
Soudain, avec fierté, se présente à ses yeux
Un long spectre, un géant, un monstre, un dieu peut-être.
Tant recelât imposant répandu sur son être
Lui donnait un aspect qui n'avait rien d'humain !
Une lance effroyable arme sa large main ,
D'un luguljre cimier son casque se décore ,
Et comme l'ouragan roule sa voix sonore :
« De quel droit troubles-tu mon auguste manoir ,
« Mortel audacieux ? dit le fantôme noir ,
« Je cherche en vain pourquoi mou glaive le tolère ,
« Et ne t'immole pas à ma juste colère?
« Quoi ! ni ces mille rocs , l'un sur l'autre entassés ,
« ISi ces marais fangeux sur ces monts dispersés ,
« ÎS'i l'invincible effroi que ce séjour inspire,
« N'auront pu contre toi protéger mon empire?
QIIATniKMr. 1 1 "ï
» Que riiommfi est sanguinaire ! au milieu di-s touibais
» Sa cruollt; valeur prodigue le trépas ;
» Et quand il a quitté la lice des batailles ,
» Des habitans des bois dt'chiranl les entrailles ,
» Il faut que leur sang coule au gré de ses désirs ;
» Comme s'il n'était point de plus nobles plaisirs !
» Mais Dieu garde à la France une époque plus chère.
» Un Prince, réprouvant et la chasse et la guerre ,
» Fera jaillir du sein de périlleux hasards
y> L'ordre, la liberté, la paix et les beaux arts.
» 11 viendra quelques fois visiter mes ombrages ,
» Non le fer à la main pour m'accabler d'outrages,
» Mais calme, mt-ditanl son projet favori ,
» Et rêvant au bonheur de son peuple chéri.
» Philippe , que ton règne est loin de nous encore î
» Pour toi, poursuivit-il, imprudent que j 'abhorre ,
» Fuis, et si tu reviens ensanglanter mes bois,
» Crains de me rencontrer une seconde fois. »
Après ces mots empreints et d'orgueil et de haine , Il fait gémir l'écho de sa fuite soudaine , Et le pâle écuyer, frissonnanl dans sa chair .
4i4 rnvNT
Prend l'arçon, monte en selle ef fiiif ronime un éclair. Nous, qui laissons le cerf et laMchc innocente En paix, dans leurs vallons, brouter l'herbe naissante. Muse, ne craignons rien du spectre Grand-Vencur, Loin do le provoquer nous chantons son bonheur. Parcourons ces rochers, ces bois, ces monts énormes. Dont un esprit fantasque a dessiné les formes , Site majestueux qui naguère inspira Les,a^rcst^ pinceaux du pâtre Lantara.
ki , que j'aimerais un tranquille ermitage ! Aucun lieu dans mes bois ne me plaît davaniage, A l'aurore surtout, quand sur l'humble gazon Des nuages brumeux flotte l'exhalaison , Quand l'humide vapeur, comme une blanche gaze. De ce mont gigantesque environne la base , Et retrace à mes yeux , par un doux talisman , L'admirable beauté du rivage Léman.
Doux pays que le Rhône avec fracas inonde , Beau lac qui réfléchis dans l'azur de ton onde Des glaces dxi Mont-Blanc la magique splendeur , Comment put-il quitter votre aspect enchanteur ,
ylATI'.liMF.. 11-
L'immorlcl (''(riv;iin dont l'anio vé-hrinoiito Fit parhîi- lu raison |)nr la voiv d'imc amanio? Ali ! si pareil à lui, dans ce ciiarnianl séjour , J'eusse reçu du ciel le g;énie et le jour , Uavi d'y posséder un foyer de lumière , Le temple du bonheur eût été ma chaumière; Jamais, jamais loin d'elle on ne m'eût vu courir , Et le même berceau m'eût vu naître et mourir. Rousseau choisit du moins pour son dernier azyle Un bois silencieux, un bocage tranquille. Où , libre désormais de ses mau\ dévorans , Il se crut sous l'abri des bosquets de Clarcns.
Quelle variété m'offrent ces solitudes ! IMon ame aspire-t-elle à dos ial)le;ui\ moins rudes? Je dépasse, en laissant la plaine à l'Occident , L'ombrage qu'embellit mon arbre confident; Je franchis un ravin ; puis un jeune bocage Couvre de ses rameaux la roule où j(! m'engage; Bientôt, suivant le cours d'un sentier lortucuv , J'aperçois de Franchard les rochers monstrueux. ( .">) Ouoi ! toujours d(>s rochers la Thébaïile inculte
ne CHANT
Aux vives du Permossc usurpera mon culle ! Ne puis-jc, un seul instant, délasser mes pinceaux Sous les ombrages frais de mes riants berceaux ? On dirait qu'en ces lieux ma Muse est enchaînée.... Poursuivons, puisqu'ainsi le veut ma destinée. Le désert, il est viai, réveille les douleurs , Mais je n'ai pas ^té bercé pariDi les fleurs.
0 toi qui revêtis la nébuleuse écharpe , Toi qui fis résonner des accords de ta harpe Les murs de ton palais par la mousse couverts. Et du sombre Morven les sommets toujours verts; Guerrier, barde célèbre au ténébreux génie. Harmonieux enfant de la Calédonîe!
Pour charmer les échos de sons mélodieux , Que n'ai-je ton génie et ta harpe et tes dieux ! Ces agrestes coteaux , ces pins , ce mont colosse , Sont-ils moins attrayants que tes rochers d'Ecosse ? Et dans ces murs , ornés par un autre Numa , ÏS'est-il pas un palais plus brillant que Selma ? Ce Mont-Aigu , chéri de la naissante aurore , Est-il moins élevé que le roc Jnistorc ?
OCATKUCMK.
0 Morven î ce séjour, pour ùlie ton égal ,
N'implore qu'un torrent et le fils de Fmgal.
Ce bois sombre , où gémit le soulïle des tempêtes >.
Tous les ans retentit du fracas de nos fêtes.
Et l'amante et l'amant jettent des yeux surpris
Sur l'humble vétusté de ces murs en débris.
Ces murs n'ont pas toujours servi de monastère,
Et leur antiquité cache quelque mystère.
Non loin de là, parmi l'entassement confus
Des plus tristes rochers que l'œil ait jamais vus ,
Près d'un marais fangeux dont la vase infertile
Aux regards des passants masque plus d'un reptile.
Est un a^yle frais, mystérieux vallon ,
Où jamais n'a grondé la voix de l'Aquilon ;
Un chêne au tronc noueux de ses rameaux l'ombrage ,
Et d'énormes rochers ferment ce lieu sauvage.
Vous à qui ce désert offre quelques appas ,
Venez dans ce réduit, je vais guider vos pas.
Voyez , parmi ces rocs , cette profonde voûte
Où, do[»uis deux mille ans, l'eau tombe goutte-à-goulte.
Et (ju'à l'heure dos nuits on cntenil s'affliger:
Savez-vous que, trahis par un vil étranger.
Une belle, un guerrier, jeunes, remplis de cliarnics. Ont baigné celte roche et de sang et de lannes ? A niuurir en ces lieux ils étaient destinés ! Wuse, dis les malheurs de ces infortunés.
Lutèce était vaincue î une ruse guerrière , (A) Livrant à l'ennemi son humide barrière , L'avait mise en défaut sur trois points à la fois. Vainement son vieux chef, intrépide Gaulois, Déploya d'un héros la valeur exaltée , 11 fléchit ; et des siens la fouïe épouvantée , Des forôts et des monts encombrant les chemins , Fuyait le choc affreux des cavaliers Romains. Cependant le vainqueur , après mille ravages , Avait de la cité quitté les doux rivages ; Aux campagnes d'Alise, un imminent danger Rappelait promptement le terrible étranger. Lutèce respirait sa liberté première ; Chacun de ses enfans, tranquille en sa chaumière. Maudissant les exploits d'un vainqueur odieux , De son départ soudain rendait "races aux Dieux.
(,>! ATr.iKur:. llî)
Deux gueriiei"S de Liitèce, à la Ijii liante armure, l'rès (les lieux où la Seine, avec un doux nuirmure. Baigne de ma forêt l'ombrage ravissant , Cheminaient sur le bord du fleuve mugissant. Gigantesques tous deux, tous deux jeunes et braves. L'un , naguère échappé des forêts Scandinaves , Farouche, sanguinaire avec un froid dédain , Et bravant le trépas comme un enfant d'Odin. L'autre , bieaque Gaulois, n'avait rien de barbaie , Humain, reconnaissant , d'une loyauté rare , Ne devant qu'au hasard son ami dangereux , Plus jeune, plus aimable, et non moins valeureux. ACHAUD ( le Franc. )
Ami, lui dit le Franc, sais-tu que ma vaillance S'indigne du repos qui fait rouiller ma lance ? Je croyais arriver chez un peuple guerrier , Oui , le fer à la main , dort sur un bouclier ; Et le premier combat livré sous ses murailles Voit de sa liberté les tristes funérailles ! Quelle était mon erreur ! et pour(|uoi n'ai-j(^ pas De quelques-uns des miens fait suivre ici mes pas? Vaillamment socondc, mon bias, sans paix ni Ireve,
J"20 r.iiAM
Du sang de ces Romains eût abreuvé mon glaive ,
Et , les sacrifiant à ma juste fureur ,
Changé leurs chants de gloire en des cris de terreur. (5)
Leui-s cadavres épars dans vos champs infertiles
Mais, ô vaine espérance! ô regrets inutiles! Sur les débris sanglants de son peuple égorgé Le grand Camutogène est mort , et non vengé ; Et la Gaule tremblante a reconnu pour maîtres Des tyrans que cent fois ont vaincus vos anct'tres; Quelle honte pour vous !
HARALDE ( Ic Gaulois. )
Achard, écoute moi.
Je ne m'offense point qu'un guerrier tel que toi Nous accuse d'avoir négligé la victoire. Paris, tu le sais bien, n'a pas cédé sans gloire. Aucun de ses enfans , lâchement effrayé , ÎS'a déserté le poste à ses soins confié ; Tous nos jeunes Gaulois se sont battus en braves , Et pour être vaincus ils ne sont pas esclaves. Ils auraient triomphé, si l'injuste destin N'eût été favorable à ce peuple Latin.
Cainulogène , ainsi qu'aux jours de son jeune âge^
oi \ikii;mI:;. 121
Fesail do rétrangcr un cnVayant carnage;
Le sang autour de lui ruisselai! à grands flots.
Quand le vol d'inie hache abattit ce héros.
II tomba dans mes bras, pfdo, froid, sans haleine,
En murmurant ces mots que j'entendis à peine :
« C'en est fait; le tréjjas va me fermer les yeux :
» Mais , avant que mon ame ait rejoint mes aïeux ,
» Tu ne souffriras pas, Ilaralde, je l'espère ,
» Que des flots d'ennemis écrasent ton vieux père.
» Dérobe à nos vainqueurs mes restes languissans.
» Près d'un temple où les Dieux reçoivent notre encens ,
» S'étend une forêt ténébreuse et profonde,
» Que ce fleuve limpide embellit de son onde ;
» Nous pouvons, de la Seine en remontant le cours,
» Vers ce bois solitaire arriver en deux jouis.
» Ma voix te guidera vers un secret azyle ,
» Où je veux, désormais solilaire et tranquille,
» Te donnant pour époux à ma chère Amanda ,
» Finir en paix les jours que le ciel m'accorda. »
Achard, vois ces deux monts que la vague orageuse (G)
Divise et rafraîchit de son onde fangeuse ;
Vois ce hardi coteau dont le iront escarpé,
1 22 CUAXT
D'impénétrables bois parait enveloppé ;
Eh bien, c'est à ses pieds, sur cette humble prairie,
Oue ce noble vieillard et sa HUe chérie
Ont , protégés par moi , remonté ce ruisseau
Oue tu vois s'écouler à l'ombre d'un berceau.
Avançons et bientôt , assis sous un vieux chêne ,
Tes regards étonnés verront Camulogène.
Si toutefois les Dieux n'ont , depuis mon départ ,
Dans l'éternel séjour rappelé ce vieillard.
ACUARD.
Quoi ! ce guerrier respire ! ô jour, ô sort prospère ! Lui que j'ai vu cent fois à côté de mon père , Le jour de la victoire à nos festins admis , Boire aux crânes sanglants des guerriers ennemis. Qu'alors dans les combats il était redoutable ! 11 se précipitait tel qu'un fleuve indomptable. Quand rapide et gonflé par les torrents des cieux , A travere les rochei-s il roule furieux. La mort suivait ses coups ; mais après la victoire , Son luth harmonieux savait chanter la gloire ; Nos Scaldes les plus doux enviaient ses accords , El tous l'ont regretté quand il quitta nos bords.
QL'.iTlliKME. 123
De revoir ce héros le débir me tourmente ; Ilâlons-noiis. Mais, quelle est cette beauté charmante Qui dans cette forêt vint cacher ses appas , Et doit avec amour te presser dans ses bras ? Jamais au vieux Gaulois je ne connus d'épouse !
HAHALUE.
Il est vrai que long-temps sa liberté jalouse , ÎSe rêvant que défis et combats meurtriers , Pccpoussa des liens dangereux aux guerrière ; Mais l'amour a domi)té ce courage farouche. Achard , ici , permets le silence à ma bouche ; Je dois sur ces secrets me taire, et ce héros Te les révélera, s'il le juge à propos. Pour la jeune Gauloise , elle est la beauté môme ; Et jamais des mortels le monarque suprême Wc mit tant de candeur et d'ingénuité Dans le cœur innocent d'une chaste beauté. (Son front a la fraîcheur et l'éclat de l'aurore; j Sa bouche est un bouton que l'aube vit é'clore ; I L'amour a nuancé l'azur de ses beaux veux , Et Vénus envierait son souris gracieux : Son ame, si naïve, est digne c!e ses charmes.
12'» r.IlANT
Ciel ! avec quel titinspoit j'ai vu couler ses larmes , Un jour qu'ayant vaincu rennenii terrassé , Je revins du combat hors d'haleine et blessé ! Amanda prit le soin de panser ma blessure ; Aussi ma guérison fut prompte; et je t'assure Que, me sentant presser par de si douces mains. Je faillis pardonner ma disgrâce aux Romains. Avant peu tu sauras si ma bouche est fidèle , Et si ce doux portrait ressemble à son modèle. Mais, songe qu'Amanda fut promise à ma foi !
ACHARD
Va , tu jîcux sans danger t'en reposer sur moi ; Les yeux de la beauté ne me touchent plus guère, Je préfère à l'amour les périls de la guerre ; Je n'ai que trop long-temps, oubliant mes devoirs, Adoré les appas d'une belle aux yeux noirs : Il est vrai qu'Anaïde était vive et charmante : Les bouillons, soulevés par la mer écumante, N'ont pas de son beau sein l'éclatante blancheur. Ni la rose des bois son aimable fraîcheur. Vingt guerriers, à l'envi, briguèrent sa tendresse; Je l'obtins; ma valeur plut à l'enchanierebse ;