‹ La forêt de FontainebleauChapitre 16 sur 23 · QUATRIÈME · texte numérisé non relu

QUATRIÈME

Tirait des sons plaintifs d'une harpe sonore ,

Et les embellissait du charme de sa voix.

Achard , avec respect , s'approche , et cette fois

Il dépose du Franc le langage farouche ,

Et les mots les plus doux se pressent dans sa bouche.

11 interroge ainsi cet ange au doux concert :

« Vous, par qui s'embellit ce sauvage d'.sert, » Et qui m'apparaissez sur sa plage inconnue » Comme un rayon du ciel éclatant sur la nue, » Astre de ces rochers où le sort me guida , » Vierge , beauté céleste , êtes-vous Amanda ? » — Oui, répond l'étrangère, en cachant quelques larmes, » Tel est mon nom ! mais toi, dont je connais les arnwis, » Es-tu le messager des divins bienfaiteui-s, » Ou le cruel agent de nos persécuteurs ? » Es-tu Gaulois ? Ce jour est-il un jour prospère ? » — Je suis, répond Achard, l'ami de votre père, » Le compagnon d'Ilaralde, et bientôt son vengeur. »

Le front de la beauté se couvre de rougeur

Ils observent tous deux le plus profond silence, Quand d'un pas chancelant et courbé sui sa lance ,

l'avait lo vioux Oaulois. Son sôvèro coup d'œil Du Kianc qui l'observait blessa le vain orgueil ; Mais il sut composer sa voix et son visage : « — 0 vous , que je croyais au palais des nuages ! » Invincible guerrier, dont les vaillantes mains » Auraient pu sous Lutèce écraser les Romains , » Sans l'échec imprévu de ce jour que j'abliorrc ! » De plus affreux dangers vous menacent encore : » Votre azile est connu de farouches soldats ; » Pour votre liberté ne redoutez-vous pas? » lia ! quittez à l'instant ce refuge infidèle , » Fiez-vous à ma foi , mon courage et mon zèle » Eloigneront de vous des tjTans odieux ; » Ils ont même déjà pénétré dans ces lieux , » Et mon bras a plongé ces guerriers dans la tombe. » Mais un héros peut-être en ce moment succombe.. » Haralde , cet enfant cher à tous les Gaulois , » Qui défendit ses Dieux , ses foyers et vos lois , » Ce véritable ami , que j'aime comme un frère, » Percé de coups , tomba sous la lance étrangère. » Mais grâce à la vertu des simples de ces bois , » Je contins sa blessure et lui rendis la vi>ix :

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» — C'en est fail , me dit-il , et le trépas m'enehaiin' ,

» Achard , vole au |)lulût trouver Camulogène,

» Dis-lui que je succombe, et, qu'avant mon dé[)art,

» A mes tristes adieux il vienne prendre part.

» Si , l'inflexible mort ayant clos ma paupiùre ,

» Vous me retrouvez froid et couché sur la pierre ,

» Je te cède mes droits sur ma chère A manda. »

Le plus affreux silence à ces mots succéda. Seulement la beauté, qu'un noir chagrin dévore, Pfdit; ainsi qu'on voit la [)lus brillante aurore, Quand l'immonde vapeur d'un brouillard odifux Vient affaiblir l'éclat de ses traits radieux. Aisément le vieillard discerna le mensonge , Et sur lui ce discours glissa comme un vain songe : Il dit au Franc ; « Jamais je n'ai fui l'ennemi ; » Contre tous les dangers mon cœur est affermi. » Je reste en ces rochers. Toi, guerrier Scandinave, » Je connais tes aïeux, ton père fut un brave ,

» Et sans doute tu suis l'exemple paliMiu'l »

Terrassé par ces mots, le guerrier criminel Allait se prosterner et s'accuser lui-mèm(},

SI l'aspect enchanteur de la beauté qu'il aime , En égarant son cœur, ne l'efit ainsi porté A violer les droits de l'hospilalité.

C'était l'heure paisible où les Zéphirs plus calmes De ma belle foret n'agitent plus les palmes ; Le ciel était serein, et l'astre aux ailes d'or Parmi des flots d'azur resplendissait encor ; Soudain il se dérobe, et l'horizon plus sombre Pâlit , se décolore et disparaît dans l'ombre ; Et la noire Immortelle envahit l'univers. Seul, et préoccupé de son dessein pervers , Achard , que de sa couche un soin barbare exile , De la vierge Gauloise environne l'azile ; Attentif et prêtant l'oreille au moindre bruit , Il plonge ses regards dans le sein de la nuit ; Il entend un guerrier qui , frappant sur ses armes , Faisait gémir les bois de ses vives alarmes ; Il vole , et reconnaît Haralde à ce discoure : « Achard, est-ce bien toi qui viens à mon secours? » Un hideux sanglier m'a surpris sous l'ombrage , » Et tandis que le monstre éprouvait mon courage ,

» Un autre avec fureur sur moi s'est élancé ,

» Et dans des flots de sang m'a soudain renversé.

» Long-temps après, la nuit me ranima sans doute,

» Je me lève et, fuyant des lieux que je redoute ,

» Jusque dans ces rochers j'arrive par liasard.

» Mais toi, connais-tu bien l'azile du vieillard?

» Amanda?... — Oui, parmi ces roches menaçantes,

y> J'ai découvert cet ange aux formes ravissantes ;

» Je l'aime autant que toi ; tu possèdes son cœur ;

» Mais sa main ne sera que le prix du vainqueur.

» Défends-toi , car ici tu n'as pas à combattre

» Le monstre des forêts que ton bras vient d'abattre :

» Mais plutôt , puisqu'ainsi l'ont décidé les Dieux ,

» Meurs ! et délivre-moi d'un rival odieux î »

Il accable, à ces mots, Ilaralde qui succombe ,

Puis va sous un rocher lui creuser une tondje.

Car , pour se conformer à ses sauvages lois ,

Il devait inhumer l'infortuné Gaulois.

L'aurore, indifférente aux vertus comme aux crimes , Des monts de ma forêt vient colorer les cimes. Achard vole au devant de la jiune beauté.

I'~0 f.liAM-

Amanda l'inleiroge avecsévùiito :

D'un sang qui fume encor pourquoi l'aflieusc tache Aujourd'hui rougit-elle et ton glaive et tu haclie? Depuis hier un meurtre a-t-il souillé ta main ?

ACHARD

Ce glaive s'est trempé dans le sang d'un Romain Qui se glissait dans l'ombre autour de ta demeure , Que mon œil a surpris , que j'ai puni sur l'heure , Et qui sert maintenant de pâture aux corbeaux.

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