‹ La forêt de FontainebleauChapitre 15 sur 23 · CITAIT · texte numérisé non relu

CITAIT

Dos lacs (lo nos rochers tyrannisait los flols;

Et tU^jà les frimais remplaçaient la venlure :

r/élait l'heure où la nuit descend sur la nature.

Seul, suivi seulement de mon dogue Branno,

Je revenais joyeux des marais de Grodno;

Un ours m'avait conduit dans cet affreux parago, '

Et sa noire fourrure honorait mon courage.

Plus que jamais en proie aux tourmcns de l'amour,

Vere les champs bien aimés je hâtais mon retour.

Quand un marais fangeux , vaste et profond sans doute ,

Vint, dans l'obscurité, me dérober ma route.

Je m'élance et, du lac bravant les froides eaux,

Je traverse en nageant sa forêt de roseaux ,

Et, malgré les dangers, en peu de temps j'arrive

Faible, pâle, tremblant et glacé sur la rive.

Je me trahie aussitôt , en ce pénible état.

Aux lieux où m'attendait le plus tendre combat.

Anaïdc au repos avait livré ses cliarmes :

Moi , feignant d'éprouver les plus vives alarmes ,

Je profère à grands cris ces douloureux accens :

Chasseurs ! pâtres ! guerriers ! mortels compatissans!

Venez, secourez-moi, ma blessure est mortelle

niKrr.if.Mi'. 127

Anaïdc pnrnîi , mo rorncillc, d |iirs d'illc

Tdiit j(tyrii\, j(! iM'iK'lnî avec hi \<>lu|ili.,

Va ravis les ravcnis (!(• coll*; â[tr(! bcaiih',

lit' hicii î ((' ([ni (Icvail rn'assurcr sa frndrossf ,

!\!<! priva sans rcloiii' du fniil de m >n adresse:

Klli; s(d)il le joui; des ainoiirouses lois,

Mais ce fui la [iremirre el la di'rnière fois.

M;\ ruse lui parut un eriuK^ é[)f)uvantal)le;

Son humeur clKuiue jour ('tait plus iudonipddile.

Osais-je, dans l'accès d'un délire aniouicux ,

Lui lappeler, loul bas, des luoiiiens i)ienliein'(Hi\?

I ne soudain!; liorriMU" s'(!niparait de son ame.

Peu fail [lour enduier ces caprices de femme,

.le, laissai la cruelle en proie à ses remords.

Kl vins, pour l'onhlier, combattre sur vos bovds;

Juiant (|U(! la b(>aulé, n"im[)orleen quel om[»ire,

A s(;s charnus jamais ne me verrait sourire.

llaralde, par Oïlin! je liemlrai mes sermeus.

C'est ainsi que parlaient ces d(Mi\ guerriers amans, Ces fidèles amis, lit-ros ilemi-sauvages, Ou'un bi/arre destin ji>la sur nos rivages ,

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Se racontant les maux dont ils avaient gémi , L'un cherchant son amante , et l'autre un vieil ami. Dt'jà , malgré l'obstacle et les dangers sans nombre Que présentait ce bois marécageux cl sombre , Kn côtoyant les bords d'un limpide ruisseau , lis avaient dépassé la hauteur du Monceau. Ils arrivent bientôt à la source isolée Dont l'onde solitaire arrose la vallée.

En ces temps-là , privés de tout royal appui , Ces lieux n'étaient pas tels qu'on les voit aujourd'hui. La végétation, riche de mille entraves, Dans ses réseaux touffus arrêtait les plus braves ; Là , nul sentier pour l'homme , et le hideux serpent Y bruissait caché sous l'arbuste rampant. Mille oiseaux y formaient un discordant ramage : Du monde à son berceau c'était la rude image !

Haralde, reprenant la parole en ces mots : « Cet endroit nous vit prendre un instant de repos, » Puis, quand le vent du soir eut de sa douce haleine i» Embaumé de parfums ce sauvage domaine.

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» Nous gravîmes les l'ocs de ce vaste cùleau ;

» Mais, la nuit sur les bois jetant son noir manleau,

v» Mes yeux n'ont pu saisir une route précise

» Qui puisse une autre fois me guider sans méprise.

» A travers ces rochers je ne reconnais pas

» Le tortueux sentier qui conduisit nos pas.

» Mais, puisque désormais notre cause est commune,

» Par un double chemin éprouvons la fortune;

» Marchons séparément vers ce but incerlain ,

» Et le premier de nous que son heureux destin

» Guidera sur les pas de la jeune orpheline,

» Poussant un cri joyeux du haut de la colline,

» De loin, à son ami signalera le port.

» Séparons nous. — Achard ajoute avec transport :

» Oui, d'un guerrier parfait tu m'offres le modèle,

» Dès ce jour je te voue une amitié fidèle;

» Mais en se séparant notre usage guerrier

» Veut que deux vrais amis changent de bouclier :

» Qui te fait hésiter ? et d'où nait ce murmure ?

» Bientôt chacun de nous reprendra son armure

» Donne, voici la mienne; Odin m'en fit présent, » Et son chiffre est gravé sur cet a( i(M- luisant :

1 ÔO CHANT

» Jamais lu ne portas de glaive moins fragile.

A ces mots, nos guerriers volent d'un pas agile; L'un à droite s'enfonce en des bois ténébreux , L'autre parmi des rocs et des ravins nombreux ; Et tous deux séparés par un mont dont la cime (7) Paraît s'environner d'un effrayant abyme.

A cet âge, avec joie on brave le danger

Le sort favorisa le fils de l'étranger. Ce guerrier vigoureux , appuyé sur sa lance, A travers les rochers comme un aigle s'élance. Il gravit , il s'attache aux buissons les plus forts , Et parvient au sommet après de longs efforts. Mais que devint Achard à ce spectacle horrible ? Car ce séjour affreux, désordonné, terrible. Offrait comme aujourd'hui, mystérieu.% chaos. L'aspect d'un mont-cadavre au milieu de ses os ! (8) Long-temps il admira cette «cène imprévue : Mais ce c|ui l'enchanta, ce cjui charma sa vue. Une femme , un esprit , un ange de beauté , Joignant à la candeur un air de volupté , Assise au pied d'un roc qui regardait l'aurore.

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