POESIES DIVERSES
\^0Côic& ^ivcvçes.
EPIÏRE V M. DUnAlND, Par M. Dk Poxgkkville , de rAcadciuic Fian<;aiso.
L'oiseuu que la volière eiireniie à peine éckis ,
Gai, léger, se croit libre en son étroit cnclc^s.
Mais sitôt qu'aux beaux jours se réveille le inonde ,
Qu'une sève d'amour et de plaisir l'inonde.
Dans les bois refleuris quand mille autres oise;iu\
Sous l'ombrage, en chantant, suspendent leius berceaux ,
Un air voluptueux que le captif respire
Lui révèle sa chaîne ; à la rc»nipre il as[)ire :
Il convoite les champs , inquiet, agité ; Pour la première fois aimant la liberté , 11 irappc SCS barreaux et du bec et de l'aile.
A Ion penchant natif ainsi l'art te rappelle. L'artisan tient en vain le poète caché. I^ar un pouvoir secret de toi-même arraché , Le talent prend l'essor, comme un fertile germe S'échappe en déchirant l'écorce qui l'enferme. Tu modules des vers aux cris sourds des rabots ; En cothurnes un dieu transforme tes sabots. Quand le poids du travail tient ta tête abaissée , Par un sublime essor s'élève ta pensée : La baguette d'Armide est sous ton tablier , Et pour toi change en temple un obscur atelier. Aux plus heureux mortels Ion art doit faire envie Qui l'ignore vit moins qu'il n'assiste à la vie. Le poète peut tout : d'un vol audacieux Il fuit ce monde étroit , s'élance dans les cicux , Et des banquets divins réalise les fables. Charmante illusion, délices ineffables!
0 combien je vous dois de momcns enchanteurs!
Mais les rêves sont courts quand ils sont trop flatlcui-s.
Avec sou aigre voix la vérité cruelle
Vers un monde oublié brusquement nous rappelle.
Il est triste ce monde , et surtout dans nos temps : Là, pour le vrai poète il n'est plus de printemps ; L'orage toujoms gronde , et , né pour les ténèbres , Le hibou , seul joyeux , chante les jours funèbres. C'est lui seul qu'on écoute r un public froid et vain Désapprend à sentir le langage divin.
Et lu veux le charnier aux doux sons de ta lyre? Va, jouis en secret de ton heureux délire. Quoi ! lorsque les partis , tels que des flots grondans , Se brisent l'un par l'autre, et toujours plus ardens, Après les chocs affreux de leur rage indomptée , îSo jettent sur nos bords qu'une écume infectée , Tu mêlerais ta voix aux cris de la fureur ? O i)oèle des champs, quelle est donc ton erreur ! Crois-tu par tes concerts voir la haine étouffée? Dans nos jours malheureux que pourrait un Orjthée? Ce peuple est las de loul : léger, capricieux, 11 dévore la vie, il est déjà Irop vieux.
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Du haut tic au S[)lciulcui' , géant iiiliiiue, il loiiibc ;,
MouilriLT des beaux ails, il les suit dans la tombe;
Les ails ne sont pour lui que di.'s Cmits étrangers ,
Objet de luxe odérts à ses goûts passagers.
La faveur n'a qu'un jour pour ce maître frivole ,
Ce qu'il admira trop avec joie il l'immole.
Sur son cbar triomphal quand Vollaire entraîné.
De flots d'adorateurs brillait environné ,
Et radieux, voyait la France réunie
Saluer en ses mains le sceptre du génie.
On lui dit : « Tout un peuple est donc ici pour toi!
« Régner par les talens c'est être plus que roi . . .
» — Oui , répond-il , le ciel brille après la tempête ;
» Mais si le fanatisme, achevant sa conquête,
» M'imposait de Calas les supplices affreux ,
» Il serait là ce peuple; il serait plus nombreux! »
D'émotions avide, en tout l'homme est extrême; Quand il ne peut. haïr, avec fureur il aime; Impétueux et faible , idolâtre inconstant , Est-il jamais pour lui de prodige éclatant Qui bientôt ne s'efface? Ah! comme avant les âges.
blVF.nSES.
<Jir:mjonr(riiiii I;i natun; onfanlc ses ouvragc*s Et d'orbes flamboyans, de mondes radieux , Poiir la première (ois sème les champs des cieiix ; L'homme, accablé d'extase à ce pompeux miracle. En dévore des yeux l'incroyable spectacle ; En rc[iaît tous ses sens. Bientôt tant de splendeur Glace en se prodiguant sa curieuse ardeur. De milliards de soleils l'interminable masse, Se prolongeant sans fin dans l'éternel espace , IN'ofTre à ses froids regards, dans les plaines d'a/ur. Qui) l'ornomcMit du toit de notre monde obscur. Mais il faut vaincre plus que cette indifîérence. Quand îu pourrais chainier l'opulente ignorance , Charmer l'oisif, le sot de lui seul entiché, Distraire l'intrigant sur sa roue attaché , Sais-tu quel vil troupeau, né dans un jour d'orage. S'empare insolemment des beaux arts qu'il outrage? Sifflé par le bon sens, par l'intrigue applaudi , Ce troupeau famcli(]ue, au scandale enhardi , Dans nos troubles grossit sa hideuse phalange , Comme les vermisseaux pullulent dans la fange. Innombrable, il transforme avec avidilé
L'empire des beaux arts en déscrl infecté. Plein d'un sacré courroux , Hercule redoutable , Veux-tu des Augias purifier l'étable?
Déserteur courageux des bois qui t'ont charmé , Dans un monde inconnu , pour le combat armé , Viens-tu, fuyant l'étude et ses paisibles fêtes. De la célébrité défier les tempêtes , Échanger le doux luth que tu reçus du ciel Pour un mordant crayon qu'il faut tremper de fiel?
Reste sous le feuillage, il n'est jamais trop sombre L'accent du rossignol est plus touchant dans l'ombre. Au titre d'artisan ta raison a souscrit ; Le travail de ton bras délasse ton esprit. Artisan et lettré, cet heureux privilège Contre l'oisif ennui doublement te protège. Plus d'un grand envia le sort de l'ouvrier; Un roi bien malheureux fut heureux serrurier ; Jean-Jacque à son Emile imposa la varlope. Qu'importe de quel rôle un sage s'enveloppe?. Le sage est toujours noble, il est heureux du moins. Dans les brillans succès l'orgueil veut des témoins ;
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Mais, crois-moi, le Ijunheui naîi dans la solilude.
Garde donc, pour jouir, le labeur et l'éludo. Interroge souvent ces hôtes des forêts , Ces vieux chênes, d(S grands complices trop discrets ; Ils ont prêté leur ombre à l'impure licence , Aux pièges où le vice attira l'innocence; Ils ont vu des forfaits, des combats, de grands maux ; Que de rois ont passé sous leurs épais rameaux ! Et naguère ils ont vu, détrôné, solitaire. Celui dont les remords vengeaient déjà la terre... Célèbre ces grands noms évoqués par ta voix , Ces noms vivans encor et qui peuplent ces bois. Tes vers, par les é^hos redits sous la feuillée. Du voyageur surpris charmeront la veillée. Quelque jour dans le monde ils pourront retentir ; Ce que l'esprit créa ne peut s'anéantir. Rien n'efface le sceau (jue le talent imprime ; C'est la flamme immortelle, un souffle la ranime.
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