LA JEUNE FILLE ESPAGNOLE
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Il est bien que la jeune fille, Taille svelte et seize ans au plus , Soit l'ornement de sa famille Par ses attraits et ses vertus.
Il est bien qu'en elle repose Ce qui charme tous les hiunains , De beaux yeux noirs, un. teint de rose , Cheveux d'ébène et blanches mains.
Il est bien que sur son passage Se presse une foule d'amans ; Mais la jeune fille est trop sage Pour écouter leurs doux sermens !
Elle sait , doucement sévère , Les éconduire sans affront , Et n'aime que son vieux grand-père , Bon vieillard qui la baise au front.
11 esî bien, quand la nuil est bt,'llo Et le châJeau silencieux , Qu'elle monte sur la tourelle Pour admirer l'azur des cieux.
Souvent elle songe aux reliques , A l'Eternel , à ses desseins , Aux anges, aux divins cantiques , Aux harpes d'or des Séraphins.
Un jour, devant les embrasures De ce manoir en vétusté , Un guerrier , couvert de blessures , Demande l'hospitalité :
C'est Gérard , si connu des belles , Et dont l'héroïque ferveur A combattu les infidèles Au divin tombeau du Sauveur.
11 est bien que la jeune fille , Dans un salon riche et boisé , Offre, c'est l'usage on Castillc , Un lit do repos au Croisé.
Il est bien qiie , vive à rexlièmc , L'innoccnle, soir et matin , Vienne s'informer elle-même De la santé du Paladin.
Chaque jour sa bouche enfantine , Par le guerrier jeune et courtois , Des Chrétiens dans la Palestine Se fait raconter les exploits.
Le teint frais , Gérard se dispose A reprendre enfin son essor ; Biais le bon vieillard lui propose De demeurer huit jours cncor.
Il est bien qu'à la promenade , Dans le parc ou sur le rempart , La jeune vierge en sa ballade Chante les regrets du départ.
Il est bien qu'à sa voix légère Le Croisé mêle ses accens , Et que le vieillai'd, en bon père , Sourie à leurs jeux innocens.
i(ivKi\si:s.
Il csl niiaiiil, le ciel csl sumbrfi ,
Le bocage est silencieux ,
Le manoir est plongé dans l'ombre,
Et Gérard a fait ses adieux.
Tandis qu'aucun flambeau nu bi ill«^ i:i que tout repose à l'entour , 11 est bien que la jeune fille S'élance au sommet de la tour.
Mais là, qu'à genoux sur la pierre Elle pleure son abandon ; Et qu'après une humble prière Au Dieu qui donne le pardon , Elle tombe , et soit la pàtuie D'un troupeau de loups en fureur ; C'est bien : car , faible créature , U vierge a forfait à l'honneur !