‹ La forêt de FontainebleauChapitre 9 sur 23 · ASPECT DU CHATEAU · texte numérisé non relu

ASPECT DU CHATEAU

Qiincque ipse miserrima vidi,

Kt fiiiorum pars fui

ViRO.

S'il est beau d'admirer, du sommet des montagnes, Le spectacle enchanteur des fertiles campagnes , De voir des champs , des bois , autour de nous épars , Comme un tableau mouvant offert à nos regards ,

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Qu'il esl doux , quand lo soir ramène le silence,

Et que l'astre des nuits sur riiuri/on s'élance ,

A la faible clarté de sou \)îx\c flambeau ,

De rêver sous les touis d\i\i aiui(|ue château î

Par le calme des lieux l'ame eu soi r(!cueilli(i

Se livre avec transport à la mélancolie.

L'aspect des vieux donjons ou du triste beffroi

Imprime à notre esprit un agréable effroi.

Soudain, aux souvenirs qui se glissent dans l'ame.

L'imagination se réveille et s'enflamme ;

On croit voir, et l'on voit, à l'heure de minuit ,

La troupe des lutins se promener sans bruit :

On les voit , revêtus de vètemens funèbres ,

Glisser furtivement au milieu des ténèbres ,

Ou dresser devant nous leur fîuitôme impostcnu-.

On frémit ; mais bientôt un rayon bienfaiteur

De l'astre qui des nuits est le plus doux prodige ,

De ces illusions dissipe le prestige.

Tel est sur les humains le magique pouvoir

Qu'ont, dans l'obscurité, les mure d'un vieux. manoir,

Auteure , qui gravement traitez ces badinages.

Oiu; cl(i luis jo IVtnnis en lisant vos ouvrages !

Ouo (le l'ois le i<;tour du l'astre du matin

Me suiprit éveillé le livn; dans la main !

Jeune , j(î dévorais ces mervjMlleux mensonges.

La moitié de la vie (îst en pnjie à des songea ;

Et je n'en parh; ici qu'avec émotion.

Mais c'est trop prodiguer mon atlmiration

A des frivolités que la raison condamne.

Le chantre de Roland , sur sa lyie profane ,

A jadis épuisé tous les enehantemens.

Eh ! pourquoi recourir à ces vains orncMnens?

A l'homme observateur que la sagesse é'clain; ,

Sans démons, sans lutins, mon château saura plaire.

Aussi bien , avançons ; déjà le jour s'enfuit ,

Et bientôt vont briller les flambeaux de la nuit.

Traversons à pas IcMits cette <niceinle déserte ;

Foulons ces verts gazons dont la tmre est couverte ;

Saluons cet asyle. où j(i vis quelques fois

Le souverain pontife; et le maître des rois. (1)

De ci; lerlre , élevé sur de lourdes arcades Que devaient embellir de bruyantes cascades,

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Un lieu vaste et charmant s'élargit devant moi :

Ce modeste parterre est le Jardin du Roi.

A ce nom fastueux , quelle est notre surprise !

Où sont les grands elîets que ce titre autorise ?

l\ien ne rappelle ici les royales splendeurs.

Des arbres , des bassins , des gazons et des fleuis ;

Quelle simplicité! mais le sage préfère

A la pompe, à l'éclat, ce simple caractère;

Et, i)our mettre le comble à son enchantement,

Il ne faut rien de plus au poète, à l'amant.

Une rose est pour eux une douce merveille.

Quel est ce léger bruit qui frappe mon oreille? Approchons; j'aperçois, au centre d'un bassin, Sur un socle de pierre un long tube d'airain. Son sommet précipite une onde qui murmure ; Un vase la reçoit, la répand à mesure; Et , prodigue à son tour , la coupe au large bord Epanche sur les flots son liquide trésor. Ce groupe, qui pourtant, dit-on, n'est pas sans grâce. Est bien loin d'égaler le rocher qu'il remplace. Oli ! que je préférais ce roc marécageux ^

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Environne^ de joncs et do ros«;au\ liuigoux, '

Et ni'olïVaiU, par l'cflet de son bloc formidable,

Le tableau ravissant d'une île inabordable!

Un torrent inondait cet agreste séjour;

Et, pour le protéger contre les feux du jour,

Deux saj)ins, qu'animait la blanche tourterelle.

Déployaient de leurs bras la verdure éternelle.

On eût dit qu'employant de; redoutables mots

Un habile enchanteur l'eût fait jaillir des flots.

Quel mortel imprudent, quelle main téméraire

Osa désenchanter celte ile solitaire.

Et métamorphoser son charme séducteur

En un colifichet qui ne dit rien au cœur?

Siu- cet audacieux, dans son dépit extrême,

La Muse de Delille eût lancé l'anathême;

Tant ce rocher plaisait au chantre des jardins!

Mais de l'astre du jour les rayons incertains Sur le pâle horizon se dessinent encore. Par degrés, cependant, le mont se décolore. Et la clarté s'éteint sous la brise du soir. Assis sur le g.*\zon, oh! combien j'aime à voir.

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