OLON
Nom scientifique. — Fagara macrophylla (Rutacées).
Aspect et texture du bois. — Cœur et aubier peu différenciés. Bois de couleur jaune paille moiré et veiné; pores assez creux et assez accentués. Beaucoup de contrefil. Pourrait remplacer le citronnier.
Densité moyenne. — A l'état frais : 1.000; à l'état sec : 0.800.
Dureté. — Dur.
FaLICITÉS de travail. — Sciage : lent; rabotage : difficile; fenfe à l'outil : difficile; assemblage : tenons et mortaises faciles à faire et résistants; clous, vis ; s enfoncent assez bien, tiennent bien.
Tenue du bois débité. — Bonne
Usages principaux présumés. — Ebénlsterie. Belle menuiserie d'intérieur, menuiserie construction.
Remarques. — Arbre atteignant 0"60 à 0"'80 de diamètre et 24 à 28 mètres de hauteur de fût. Tronc garni d épines surtout à la base. Rare dans la région côtière; il est plus commun dans l'Intérieur, notamment dans la région d Agboville.
ver, pour la moulure, des débouchés intéressants.
2° Bois de densité supérieure à 1.000 au moment de leur évacuation des chantiers, bois utilisables pour V ébénisterie, le parquet, l'outillage, la grosse charpente, la traverse de chemin de jer, le pilotis, etc.
Les différents bois lourds que nous avons passés en revue à l'un des chapitres précédents reviendront, s'ils sont exploités en même temps que les bois plus légers dont nous venons d'étudier les possibilités d'écoulement, sensiblement
La bille revient a la surface.
iCllchê Métayer. — Crand-Bassam
moins cher à l'usine de débitage installée à la Colonie que ces derniers bois ne peuvent revenir au point d'embarquement, soit 40 francs environ la tonne d'après le décompte que nous avons fait plus haut et qui prévoit largement tous les frais d'exploitation. L'équarrissage sera inutile. Le point de concentration sera pour eux le point d'aboutissement. La scierie sera placée, en effet, comme nous l'avons exposé, au débouché des chantiers, soit le long de la voie ferrée Abidjan-Bouaké, soit, de préférence, auprès d'une des lagunes ou des rivières navigables, de façon à être reliée directement à eux par le chemin de fer Decauville qui aura été placé pour l'évacuation des différents bois abattus.
De cette façon, nos bois lourds n'auront à voyager sur l'eau qu'une lois débités, placés
dans les chalands qui les conduiront à Bassam pour l'embarquement.
Ces bois ne nous coûteront donc guère que 32-35 francs la tonne, prix moyen. Toutefois, comme leur densité varie à l'état vert, de 1.000 à 1.250, comptons le prix de 40 francs sus-indiqué comme prix moyen de revient du mètre cube à l'usine de débitage.
Examinons d'abord la question traverse de chemin de fer :
Le déchet des grumes, au débitage, n'est pas considérable pour les traverses, 10 à 12 /• tout au plus, si les billes ont été tronçonnées à la longueur voulue (1). Un mètre cube de bois doit nous donner facilement onze traverses du type adopté par nos Compagnies de chemin de fer, soit 2"'60 ■■" 0"'26 > 0"'13, avec tolérance d'aubier et angles face supérieure chanfreinés ou arrondis (2).
Le débitage en traverses est beaucoup plus rapide que celui en planches de différentes épaisseurs. Estimons toutefois, pour tenir compte qu'il sera effectué à la Colonie et qu'il s'agira de bois durs ou très durs à scier, un chiffre de frais s'élevant au total (amortissement usine compris) à 70 francs, en moyenne, par mètre cube. C'est même un maximum, d'après les renseignements qui nous ont été fournis. Nos onze traverses nous reviendront donc, à la sortie de l'usine, à 40 plus 70 = 110 francs. Ajoutons à ce chiffre les frais d'embarquement 10 francs, le fret 90 jrancs (3) et nous aurons un prix de revient cij, port français, qui ne sera pas inférieur à 200 jrancs. L'importateur, pour les vendre avec bénéfice, ne pourrait guère les céder à moins de 250 francs, soit près de 22 jrancs la traverse (A). Trouvera-t-il des acheteurs à ce prix?
(1) 2'",60 ou multiples de 2"'.60 pour la France: 1"'.80 ou 2 mètres pom les chemins de fer coloniaux.
(2) \'oir ouvrage Ct BeRTIN, déjà cité, pages 662 et suivantes.
(3) Prix qu'on pourrait sans doute obtenir dès maintenant pour des quantités importantes.
(41 24 francs même, si l'on tient compte des droits de douane applicables aux bois débités venant de la Colonie. (I fr. par 100 kilos.)
Nous sommes bien obligés de répondre par la négative. Les grandes Compagnies paient, en ce moment, la traverse de hêtre 12 fr. 50 et la traverse de chêne 15 à 15 fr. 50; l'une et l'autre reviennent, une fois injectées de créosote (la première en absorbant beaucoup plus que la seconde), à un prix voisin de 17 francs, 1 7 fr. 50. Or, les Compagnies ne consentent pas à payer plus que ce dernier prix les traverses coloniales, même celles de bois considérés comme imputrescibles et qui peuvent se passer d'injection antiseptique (1).
De 17 à 24 francs la différence est trop grande pour qu'on puisse envisager l'importation, même si une réduction très sensible des tarifs de fret devait se produire par la suite. Faut-il en déduire que la question traverses ne peut présenter aucun intérêt pour les exploitations forestières de la Côte d'Ivoire? Pas si vite, car si nos traverses ne peuvent être écoulées en France, elles peuvent trouver des débouchés ailleurs.
Prenons d'abord l'Afrique occidentale française. On a construit jusqu'à présent les chemins de fer existant dans cette Colonie (exception faite pour le Dakar-Saint-Louis) avec des traverses métalliques qui, actuellement, reviennent extrêmement cher. 11 n'est pas question de remplacer celles qui sont là par des traverses en bois. Mais il reste beaucoup de chemins de fer à construire en Afrique occidentale française. Le programme Sarraut en prévoit plus de 800 kilomètres pour lesquels il faudra 1 .200.000 traverses. Cela nous représente déjà, à 20 traverses environ au mètre cube (2) 60.000 mètres cubes de bois à débiter en huit ou dix ans. Le Maroc a importé, en 1920, 8.800 tonnes de
( I ) Un marché assez important a été passé récemment avec une maison installée au Cameroun pour la fourniture de traverses en palétuvier. Le prx fixé job Duala a été calculé de façon qu'avec le fret, les droits de douane {I fr. par traverse) et les frais divers, ces traverses reviendront à 1 7 francs environ port débarquement. Une opération semblable ne paraît pas possible actuellement avec les bois de la Côte d'Ivoire.
(2) Pour voies de I mètre.
traverses, l'Algérie 15.000 tonnes, la Tunisie 3.600 tonnes, importations qui iront augmentant, car il faut non seulement construire, mais remplacer peu à peu les traverses posées. Or, dans ces différents pays, le prix de vente possible peut être calculé sur le prix de France (compte tenu de la différence de volume des traverses), majoré des frais d'embarquement et de fret jusqu'au port de débarquement. Nous ne serons donc pas embarrassés pour vendre 250 francs le mètre cube à Dakar, Konakry ou autres points de la Côte, ce que nous poumons vendre, plus difficilement, 190 francs en France; nos frais de transport seront en outre moins élevés. Pour le Maroc, l'Algérie et la Tunisie, la question est à étudier de très près, mais il ne serait pas impossible que nos traverses puissent s'y vendre également avec profit pour l'importateur.
Mais nos bois lourds de la Côte d'Ivoire peuvent trouver, en Afrique occidentale française, des débouchés autres que la traverse de chemin de fer, notamment pour le pilotis, les travaux de charpente en plein air, la construction, etc.
Enfin, toute la meilleure partie des belles billes d'Oboto (bois d'ébénisterie), de Fou (bois pour outillage), de Tait (bois pour parquets, escaliers, etc.) d'Adjouaba et autres pour lesquels on aura trouvé une utilisation dans la Métropole, sera débitée en plateaux d'épaisseur variable, plus maniables que des billes entières et dirigées vers l'usine montée en France pour y être mises à sécher et, le cas échéant, débitée à nouveau.
Ces plateaux de bois de choix reviendront un peu plus cher que les traverses de chemin de fer car nous aurons enlevé tout ce qui est aubier au débitage et les déchets seront plus considérables. Comptons environ 230 francs le mètre cube, cij port débarquement et. avec les frais de débarquement, de douanes, de manutentions diverses, un prix de revient maximum à l'usine ou au paie où ils seront mis à sécher, de 260 francs le mètre cube.
L'importateur ne sera pas embarrassé pour les
vendre à un prix double et peut-être triple. Nous avons vu, en effet, que les beaux chênes débités en plateaux se vendent couramment de 475 à 600 francs le mètre cube sur wagon départ. Et des bois comme le Tali ou VOboto valent mieux que nos plus beaux chênes, pour certains usages.
Les chênes pour parquet, qualités très moyennes de bois, se vendent de 15 à 18 francs le mètre carré, en 24 millimètres d'épaisseur, soit de 590 à 740 francs le mètre cube. Nous voulons croire que du parquet de Tali ou d'Adzobé se vendrait au moins au même prix. Or, pour
Grand-Bassam. — Déchargement d'un navire. Cliché Agence économique A. O. F.)
transformer nos plateaux en parquet, nous aurions à compter 15 à 18 'V> de déchet, et 1 00 francs environ de frais de débitage par mètre cube. 11 resterait encore une belle marge de bénéfice.
Les beaux cormiers en plateaux se vendent de 500 à 600 francs le mètre cube, aubier compris; le buib de 800 à 1.200 francs; les gaïaks sont beaucoup plus cher encore. Des bois comme le Fou, qui peuvent remplacer ceux-là, doivent donc pouvoir être vendus avec avantage aussi bien pour les employeurs que pour l'importateur.
Bref, l'exploitation des bois lourds à la Colonie peut prendre, étant conduite parallèlement avec celle des bois plus légers susceptibles de flotter, une extension considérable.
Elle est à développer pour les scieries déjà
installées près de Bassam et d'Abidjan; elle doit être le complément de toute exploitation de bois ordinaires de menuiserie et de charpente et motiver, de ce fait, l'installation sur place de scieries nouvelles ayant, en Afrique occidentale même, l'écoulement de la majeure partie de leur production en sciages de qualité secondaire.
Ecoulement et propagande.
Intervention de l'Etat.
Laissons de côté les bois à traverses pour ne nous occuper ici que des essences importées en billes-ou plateaux en France. Celles-ci peuvent soutenir la lutte contre les bols d'autres provenances et trouver écoulement, mais à une condition, c'est qu'on les fasse connaître au public. Ce n'est pas là besogne aussi facile qu'on pourrait le supposer à première vue. Certes, les Bois Coloniaux ont leurs apôtres et nous ne saurions trop reconnaître ici le mérite des louables efforts tentés par les Gillet, les Bertin, les Rouget, pour lancer les bois du Gabon et de '.a Côte d'Ivoire dans l'industrie. Les Agences économiques des Colonies font également, dans les foires d'échantillons, une propagande extrêmement utile à cet égard (1). De résultat pratique il n'y en a guère eu jusqu'à présent, tout au moins pour la Côte d'Ivoire. On a bien trouvé quelques acheteurs disposés à acquérir certaines quantités d'un ou plusieurs bois déterminés pour en faire l'essai; on n'a pu trouver d'exploitants ou d'industriels susceptibles de leur livrer ces bois autrement qu'en billes. Encore la plupart des essences que nous considérons comme intéressantes ne donnent lieu à aucune exploitation à la Colonie et il est matériellement impossible de se les procurer, à moins de les demander à l'avance et de les payer au prix des bois d'ébénisterie. Autrement fertile en résultats serait cette propagande si les ag3nts qui en sont
(I) Celle de l'Afrique occidentale a obtenu à Paris, à Lyon et à Bruxelles notamment, de véritables succès avec les échantillons de bois de la Côte d'Ivoire.
chargés pouvaient dire aux employeurs : (( Ce bois qui vous plaît à divers points de vue et que vous seriez désireux d'expérimenter vaut, sec, tel prix, en telle dimension. Pour en avoir, adressez- vous à la maison X..., à tel endroit, qui vous livrera telle quantité qui vous plaira. » Ne serait-ce que par curiosité, qu'il se présenterait quantité de gens désireux de faire l'essai. Et d'essais nombreux pourraient résulter peu à peu quelques commandes importantes (1).
Cette propagande des Agences économiques, de même que celle entreprise par le Service des Bois coloniaux du Ministère des Colonies, est à continuer jusqu'à ce que la question de l'utilisation des Bois coloniaux soit complètement résolue. Outre qu'elle contribue beaucoup à faire connaître ces bois au public, elle peut attirer sur eux l'attention de capitalistes disposés à entreprendre en grand leur exploitation et leur importation dans notre pays. Les demandes de renseignements reçues à ce sujet depuis dix-huit mois à l'Agence économique de l'Afrique occidentale, et dont certaines émanent de groupements importants, sont assez nombreuses pour démontrer que les efforts faits dans ce sens ne sont pas infructueux. Soit que la documentation fournie par l'Agence, pour être très complète en ce qui concerne les possibilités de la Colonie, n'ait pu porter sur toutes les questions qu'il est nécessaire d'étudier à fond avant de se lancer dans une entreprise de cette envergure, soit que la crise commerciale qui dure depuis fin 1920 ait paralysé les initiatives, aucun des projets envisagés n a cependant encore été réalisé. Mais la question a fait son chemin et nous voulons croire, d'autre part, sans fatuité ni fausse modestie, que le présent travail apportera, à tous ceux
que la question peut intéresser, certaines indications qui pourraient leur manquer.
(I) C est ce procédé de vulgarisation que nous préconisions dans un rapport fourni à l'Agence économique de l'Afrique occidentale française, à la suite d'une des récentes foires d'échantillons. A défaut de maison pouvant vendre de petits lots de bois débités, nous envisagions la création d'un dépôt officiel de bois "ariés que l'Agence économique aurait vendus au détail et au prix de revient.
« Les Bois coloniaux sont des intrus » , diton. (( Personne n'en voudra, d'abord parce qu'on leur a fait mauvaise réputation, ensuite parce que le public (limité pour cet objet aux entrepreneurs de menuiserie, de charronnage et de constructions diverses, aux architectes pour le bâtiment) hésite toujours à employer une matière nouvelle dont il ignore les effets (1) . » Qu'à cela ne tienne ! Rien n'empêchera les intéressés de pouvoir se livrer à tous les essais qu'ils jugeront nécessaires si nos bois sont offerts, à qualité égale ou supérieure à première vue aux bois habituellement employés, à meilleur compte que ces derniers et on peut croire que ces essais seront nombreux. Nous, nous sommes sûrs, de plus, qu'ils seront convaincants, qu'ils donneront toute satisfaction s'ils sont employés secs. Pour les architectes, la question est toutefois délicate car ils sont responsables, pendant dix ans, des travaux qu'ils font effectuer et de la qualité des matériaux qu'ils emploient. La seule appréhension d'être engagés dans des procès, si les bois utilisés par eux ne donnaient pas satisfaction à leur clientèle, pourrait les faire hésiter. Mais là encore nous avons à notre portée un moyen de dissiper cette appréhension. C'est à l'Etat que nous demandons de le fournir.
Ainsi que nous l'avons déjà fait observer, la question de l'utilisation des Bois coloniaux intéresse la Nation tout entière. L'Etat se doit donc d'aider à la diffusion de ces bois. 11 peut le faire sous de multiples formes, soit en subventionnant les entreprises d'importation, soit en achetant lui-même des lots importants dont il a l'emploi pour les Administrations et pour la reconstruction des Régions dévastées, etc. Ecartons immédiatement la première; nos bois doivent pouvoir être vendus sans aide financière de l'Etat. Nous pouvons, par contre, envisager
Rapport Weber
Nom scientifique. — Bingena ajricana (Méliacées).
Aspect et texture du bois. — Cœur et aubier non différenciés. Bois blanc, uni. légèrement moiré surtout quand il est frais; gram fin, maillé, fibres droites. Présente parfois des roulures.
Densité moyenne. — A Fétat frais : 0.700; à l'état sec : 0.350.
Dureté. — Relativement tendre.
Facilités de travail. — Sciage : facile; rabotage : facile: jette à l'outil : facile et bien droite; assemblage : tenons et mortaises faciles à faire et résistants; clous, vis : tiennent bien.
Tenue du bois débité. — Bonne; quelques fentes au séchage.
Usages principaux présumés. — • Menuiserie légère, spécialement pour tous les agencements d'intérieur; construction, moulures.
Remarques. — Assez bel arbre pouvant dépasser Û"'90 de diamètre et 23 mètres de hauteur de fût. Relativement abondant.
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la seconde. Ce que l'Etat a fait sans hésiter pour les bois du Gabon, il peut le faire pour les bois de la Côte d'Ivoire, il peut d'autant plus le faire que les marchés qu'il pourra passer avec les premiers groupements décidés à entreprendre l'exploitation des bois de cette Colonie et leur importation en France, ne pourront présenter aucun aléa : on ne lui demandera pas, en effet,
nécessaire dans ces bois aux particuliers, lesquels ne manqueront pas de les observer puis, s ils y trouvent un avantage, à les employer à leur tour.
L'Etat peut faire plus encore et sans que cela lui coûte rien. Il faut qu'il inscrive ou fasse inscrire les bois de la Côte d'Ivoire, suivant leur classification, au nombre de ceux qui figu-
ini
Entre leVharf et le cargo. — Embarcation dromant les billes. vCliché Métayer. — Grand-Bassam)
d'acheter des bois en billes pouvant donner des mécomptes au débitage ou au séchage, mais des bois débités, secs et garantis de bonne conservation. Ces marchés peuvent être conclus par avance. Dès l'instant qu'il ne paiera pas ces bois plus cher qu'il ne paierait les bois similaires français ou étrangers, l'Etat ne risque pas de faire une mauvaise affaire; il en fera faire une qui sera acceptable pour le fournisseur, une qui sera excellente à la fois pour la Colonie et pour la France. Il inspirera surtout la confiance
rent dans les cahiers des charges relatifs aux adjudications publiques et les séries de prix des différentes Administrations (1), inscription qui aura pour avantage de vulgariser les noms de ces bois, lesquels sont bien barbares pour nos oreilles françaises, et d'en permettre officiellement l'emploi par les architectes et les entrepreneurs. Ce sera la meilleure propagande entreprise en leur faveur.
(I) Rapport Weber.
Il faut, d'autre part, pour permettre aux bois de la Côte d'Ivoire de lutter à armes égales contre les bois d'autres provenances, les faire classer comme bois communs par toutes les Compagnies de chemins de fer (1) et ne conserver la classification de bois exotiques que pour les seules essences.
Les bois provenant de l'Afrique occidentale sont exempts de tous droits à leur entrée en France qu'ils soient débités ou non (2). C'est un avantage qu'ils offrent sur tous les bois du Gabon et du Cameroun, encore soumis au tarif minimum et qui doivent acquitter à leur entrée dans la Métropole (bois d'ébénisterie en billes exceptés) une taxe de 0 fr. 65 par 100 kilos pour les grumes, de 1 franc par 100 kilos pour les billes équarries et de 1 fr. 25 à 1 fr. 75 pour les bois sciés. Les bois d'ébénisterie sciés, provenant de ces Colonies, paient 1 franc par 100 kilos.
Comment organiser l'exploitation
DES bois communs
L'exploitation à la Colonie des bois de charpente et de menuiserie, l'importation en France, le débitage, le stockage et la vente de ces bois nécessitent donc une organisation assez complexe, qu'il ne paraît possible de réaliser que par la formation d'une ou plusieurs Sociétés disposant de gros capitaux.
Car, on l'a déjà fait observer et le fait n'est pas discutable, une entreprise de cette nature n'est susceptible de réussir que si elle prend dès son début une certaine ampleur. Nous n'avons parlé de 10.000 tonnes de bois, comme rendement minimum à attendre d'un chantier bien organisé, que pour faciliter l'établissement de
(1) C'est déjà fait sur la plupart des réseaux.
(2) Les exemptions, sans limitation de quantités, comprennent les bois à construire et les » bois d ébénisterie d (page 226 du tarif). Ces deux dénominations peuvent s'appliquer à presque tous les bois importés de la Côte d'Ivoire. Seuls les merrains et les traverses de chemin de fer, qui ont une destination bien spéciale, peuvent être soumis aux droits de 0 fr. 75 à 1 franc par 100 kilos.
notre prix de revient. Mais il est nécessaire d'envisager une exploitation beaucoup plus importante et que nous n'estimons pas inférieure à 50.000 tonnes pour être tentée avec de réelles chances de succès. Et encore, si l'on devait en rester à ce chiffre, ce serait bien peu, étant donnée la variété des bois à importer, pour faire figure honorable parmi les bois d'autres provenances dont l'importation en France atteint des centaines de mille et même des millions de mètres cubes.
C'est donc, rien que pour l'exploitation, qui devra être entreprise avec un matériel perfectionné (1) pour réduire le plus possible la main-d'œuvre employée, un capital de deux à trois millions qui est nécessaire. Ne parlons pas du fret, il peut être payé à l'arrivée des . bois. L'achat de tenains en France pour l'usine de débitage, le parc d'attente des billes et celui de séchage des bois sciés, les constructions, l'achat et l'installation de l'outillage, peuvent entraîner, d'autre part, une dépense de cinq à six millions, dont plus de deux millions rien que pour l'outillage et les machines. Ajoutons à cela qu'il nous faudra conserver pendant deux ans, avant de les vendre, la majeure partie des bois débités; le stock permanent pourra être par conséquent, pour une importation annuelle, de 50 à 60.000 mètres cube? de bois débités, de 70 à 80.000 mètres cubes de bois sciés (2), représentant une valeur, à 300 francs le mètre cube en moyenne, de vingt à vingt-quatre millions. 11 est bien certain qu'étant assuré contre l'incendie, ce stock pourra être mis en warrant; il n'immobilisera pas un capital en rapport avec sa valeur. C'est du moins un gros facteur dont
il y a lieu de tenir compte.
(1) L'emploi de scies actionnées par des moteurs, pour le tronçonnage et i'équarrissage, ne semble pas devoir être préconisé sur les chantiers à' A cajou, la grande dissémination des coupes obligeant à des déplacements constants et difficiles des appareils. Par contre, sur les chantiers de bois communs, ce matériel peut rendre de très utiles services et faire réaliser de sérieuses
économies.
(2) Chiffres qu'on peut réduire considérablement si on dispose d'installations pour le séchage mécanique.
Comme nous l'avons déjà exposé, il y a, d'autre part, intérêt pour toute entreprise d'importation de bois de la Colonie, à monter, à proximité des chantiers, sur une des voies navi-
Le long du bord. — La bille est crochetée pour être soulevée.
" Cliché Métayer. — Grand-Bassam
gables reliées au port d'embarquement, une scierie de moyenne importance (20 à 30.000 mètres cubes par an) pour débiter les bois durs (1), de densité supérieure à 1 .000 et permettre d'envoyer en France, sous forme de plateaux, plus maniables que des billes entières, des lots sélectionnés d'Obolo, de Fou, de Taîi, d'Adzobé, peut-être de Sougué, d'Adjouaba, etc., dont on pourra avoir le placement pour des usages spéciaux. I^es parties moins bonnes, les dosses, seront utilisées pour de la traverse et des sciages à écouler en Afrique occidentale française même.
Cette scierie pourra également débiter en plateaux les bois sujets à échaufïement, comme le Bahia et VAvodiré, bois qu'il sera peut-être nécessaire, dans ce cas, de sécher ou desséver immédiatement.
Si sommairement qu'elle puisse être installée, cette usine, surtout si elle comporte des installations de séchage mécanique, pourra bien coiJter près de deux millions de francs (2).
(1) Les bancs de scie, pour cquarrissage des bois à expédier en billes, pourront être placés en dehors de l'usine.
(2) Nous avons vu plus haut que cette scierie pourrait peut-être utilement servir au débitage immédiat des bois sujets à échauffer.
Tout compte fait, l'organisation envisagée nécessite un capital de 10 à 12 millions pour être menée à bien.
Elle exige également des compétences, aussi bien pour la direction des usines de débitage que pour l'exploitation et l'évacuation des bois des chantiers.
C'est une très grosse affaire, en somme, et qui ne peut être entreprise que par des hommes déjà familiarisés avec les questions coloniales et tout ce qui touche au commerce des bois. Seule une Société puissante, ayant à sa tête des spécialistes en chaque matière peut, après choix et obtention d'une zone de forêt assez étendue, avec étude très complète des peuplements de cette zone, des possibilités d'évacuation des
Une chaloupe du cargo a amené la dromc le long du bateau. .Cliché Métayer. — Grand-Bassam
bois, se lancer dans une affaire de cette importance. 11 ne paraît pas moins indispensable, pour être assuré de l'écoulement des premiers stocks
de bois sciés en France, d'avoir préalablement obtenu de l'Etat une première commande importante, à livrer par échelons et à des prix correspondant à ceux qui sont pratiqués pour des bois similaires, prix rémunérateurs par conséquent, nous l'avons vu, pour la Société qui bénéficiera de cette commande.
Ces conditions réalisées, la réussite paraît certaine. Le placement des bois, une fois quelques livraisons faites à l'Etat, sera facile, pour peu que la Société complète la propagande officielle qui doit être continuée par des envois gratuits d'échantillons et de prix-courants, consente à faire, au début, des livraisons minimes pour tous les essais que la clientèle désirera entreprendre. L'emploi des bois de la Colonie fera tache d'huile; ces bois s'imposeront peu à peu d'eux-mêmes dans toute la France, dépasseront peut-être les frontières.
L amélioration des conditions d'embarquement résultant, par exemple, de la construction du nouveau wharf, à Bassam, l'emploi de toulines ou de câbles aériens pour le chargement rapide des bois en billes peut, d'autre part, amener rapidement une réduction sensible des tarifs de fret, lesquels pèsent si lourdement sur les importations de bois de la Colonie.
La baisse des prix du bois en France n'est
par ailleurs pas à craindre. Actuellement, les cours sont inférieurs à ce qu'ils devraient être réellement en tenant compte du change et des coupes excessives faites pendant la guerre. L'anêt des constructions d'immeubles a réduit considérablement les besoins, de sorte que, si la production a été diminuée beaucoup depuis deux ans, elle a été néanmoins presque suffisante pour répondre à la consommation qui a diminué bien plus encore.
Les importations ont donc subi un arrêt, les cours se sont affaissés. Cela ne peut durer longtemps et bientôt les importations reprendront, dépasseront leurs chiffres d'avant-guerre; les cours s'en ressentiront. Le change, dût-il, d'autre part, s'améliorer notablement que ces chiffres n'en souffriront guère (1).
Une baisse sensible des prix de vente n'est donc pas à envisager avant longtemps. Elle peut se produire, mais alors elle sera la conséquence de l'abaissement général des salaires ou des tarifs de fret; les bois coloniaux, moins que ceux des autres provenances, moins que les bois indigènes, ont à la redouter.
(1) Les grosses différences de prix entre 1920 et 1921 résultent beaucoup moins, en effet, de l'amélioration du change que de la réduction de la consommation.
ASAS
Nom SCENTIFIQUE. — Bridelia spcciosa (Euphorbiacées).
Aspect et texture du bois. — Cœur et aubier non différenciés. Bois couleur de tabac à grain fin, bien veiné et satiné. Fibres un peu enchevêtrées.
Densité moyenne. — A l'état frais : 0.830; à l'état sec : 0.700. Dureté. — Demi-dur.
Facilités DL travail. — Sciage : facile: rabotage : assez facile: jcnle à l'outil : liifficile: assemblage : tenons et mortaises assez faciles à faire et résistants: clous, lis : s'enfoncent assez facilement, tiennent bien.
Tenue du bois débité. — Bonne après sciage.
Usages principaux présumés (sous réserve de vérification pratique). — Pourrait être employé en ébénisterie et menuiserie d intérieur.
Remarques. — Arbre relativement petit dépassant rarement 0"'70 de diamètre et 20 mètres de hauteur de fût. Ce bois pourrait sans doute remplacer le noyer. Rare dans la zone côtière.