CONCLUSIONS
L'exploitation de la forêt de la Côte d'Ivoire, plus encore en ce qui concerne les bois communs qu'en ce qui concerne les bois d'ébénisterie, apparaît donc commme susceptible d'un développement important. En ne comptant que sur ce qui est facilement et immédiatement réalisable, il n'est nullement exagéré d'affirmer qu'il pourrait être sorti annuellement, et d'une façon suivie, du domaine forestier de la Colonie, 100.000 tonnes de bois d'ébénisterie et 200.00 tonnes, au moins, de bois de menuiserie, charpente, bois à traverses, etc., pour peu qu'on veuille réellement perfectionner les moyens et les méthodes d'exploitation des premiers, pour peu qu'on veuille entreprendre franchement celle des seconds.
Ces trois cent mille tonnes de bois représenteraient déjà un chiffre intéressant. Leur exploitation, rien que pour la main-d'œuvre et les taxes encaissées par l'Administration, mettraient chaque année, dans la Colonie, 10 à 12 millions de francs d'argent nouveau, dont bénéficieraient le commerce, la colonisation et
(I) Valeur, avant débitage en France.
1 outillage économique du pays. Elles représenteraient pour notre marine un appoint intéressant; pour la France, ce serait 300.000 tonnes de bois, d'une valeur de soixante à quatre-vingts millions de francs (I), à importer de moins de 1 étranger. C'est peut-être très peu de chose si l'on tient compte que c'est par milliards de francs que nous devons acheter à l'extérieur les produits et marchandises qui manquent à notre industrie. Si peu que ce soit, ce n'est pas négligeable. Et puis, cela peut n'être qu'un commencement. La construction d'un port dans la région de Bassam-Abidjan, la multiplication des wharfs sur les autres points de la côte, l'aménagement des voies fluviales, la construction de nouveaux chemins de fer de pénétration partant de la côte, tout cela constituera pour l'avenir des facteurs de développement pour les exploitations forestières, de même que pour la mise en valeur du pays. Tout cela sera aussi la conséquence d'un premier développement de ces exploitations. Il s agit donc de commencer sans plus attendre.
AIELÈ
Nom scientifique. — Canarium occidentale (Burséracées).
Aspect et texture du BOIS^ — Cœur et aubier peu différenciés; cœur rose très pâle, légèrement moiré; très fibreux; présente un contrefil; aubier un peu plus pâle, d'une épaisseur 0"'I2 environ.
Densité moyenne. -^ A l'état frais. 0.700; à l'état sec, 0.300.
Dureté. — Très tendre.
Facilités de travail. — Sciage ; à la machine, assez facile. A la main, plus difficile, à cause de sa texture chanvreuse; labolo'jc: assez facile; Jcn(c à l'outil: assez difficile; assemblage : tenons et mortaises faciles à faire et résistants; clous, vis: tiennent bien.
Tenue du bois débité. — Bonne; l'aubier noircit toutefois en moisissant.
Usages principaux présumés. — Menuiserie lé;jère; pourrait être employé en ébénislerie bon marché. Contre-placage.
Remarques. - Gros arbre pouvant dépasser l"'20 de Jiamè.re et 28 mètres de hauteur de fût. Commun dans toute la forêt.
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APPENDICE
Utilisation éventuelle des essences tendres pour la pâte à papier
APPENDICE
Utilisation éventuelle des essences tendres pour la pâte
à papier
L'utilisation, par des industries de produits chimiques, des déchets de bois divers, des essences dures ou demi-dures exploitées pour d'autres usages, exige au préalable des études techniques que seuls des spécialistes peuvent mener à bien. C'est un sujet que nous ne pourrons en conséquence qu'effleurer, nous bornant à signaler l'intérêt qu'il peut présenter pour l'avenir.
Nous ne sommes pas beaucoup plus compétents pour traiter de la fabrication de la pâte de bois et de l'utilisation, pour cette industrie, des essences tendres abondant dans la région côtière de la Colonie.
Pourtant, nous voudrions attirer tout spécialement, sur ce point, l'attention des fabricants français de papier ou de pâte à papier.
Toute la zone de forêt immédiatement en bordure des lagunes, zone qui a été la plus ravagée par les défrichements des indigènes, est peuplée, en majeure partie, d'essences très tendres, Parasoliers et Fromagers notamment. Ces essences existent également ailleurs en peuplements aussi importants sans doute, mais nulle part leur exploitation ne serait aussi facile, aussi peu onéreuse qu'auprès des lagunes.
Déjà, on s'est préoccupé de la question. Le Gouvernement local a concédé, en 1921, l'exploitation de la zone de forêt entourant toute la lagune Aby, sur une profondeur de 1 kilomètre.
Qu en résultera-t-il ? On ne peut le prévoir encore. Une industrie de pâte à papier ne s'improvise pas; elle demande des études et une mise au point extrêmement sérieuses.
Quoiqu'il en soit, il y a un premier pas de fait. Et nous espérons qu on ne s'en tiendra pas là. 11 y a une zone plus intéressante, à notre avis, que celle baignée par la lagune Aby : c'est celle qui borde les lagunes Ebrié, M'Potou et la partie navigable du Comoë. Elle est beaucoup plus vaste que la précédente; elle est desservie par Bassam. c est-à-dire par un wharf, ce qui est appréciable; avant vingt-cinq ans, elle le sera par un port.
C'est dans le voisinage d'Abidjan, de préférence dans une des îles de la lagune Ebrié, que devrait être installés une usine pour la fabrication de la pâte de bois. Déjà dans cette partie de la lagune, 1 eau est à peine salée, elle v est limpide presque toute l'année et n'est légèrement trouble qu'au moment des fortes crues, le très faible courant Ouest-Est permettant aux matières organiques, amenées par les rivières, de se déposer assez rapidement. Enfin, si le port est construit, comme il est probable, à Abidjan au lieu de Bassam, l'usine se trouvera dans le voisinage immédiat du débouché maritime de la Colonie.
Nous estimons que les essences, comme le Parasolier et le Fromager, coupées dans une
zone de 1 kilomètre, profondeur moyenne, en bordure du réseau navigable auquel nous faisons allusion, ne reviendraient pas en moyenne, rendues à l'usme, à plus de 12 francs le mètre cube.
La mise à l'eau, le remorquage à l'usme, sont en effet excessivement faciles; abatage, tronçonnage, manipulations sont également beaucoup plus rapides que pour les autres essences, étant donné que celles-là sont excessivement tendres, excessivement légères (0,270 densité moyenne du Parasolier; 0,31 5, celle du Fromager). L'un et l'autre de ces bois peuvent fournir une excellente pâte à papier; le premier
donne plus de 40 0/0 de son poids total en cellulose, le second, 30 à 33 0/0.
Autre détail à noter : la rapidité phénoménale avec laquelle croissent ces essences permet d'envisager, non seulement leur propagation naturelle certaine dans la zone exploitée, mais des plantations en tenain non boisé, plantations pouvant être exploitées tous les 10 ou 15 ans et susceptibles de faciliter considérablement le ravitaillement d'une usine de pâte à papier en matière première (1).
(1) L'ingénieur agronome Ammann, actuellement en mission à la Côte d'Ivoire, doit étudier de très près cette question.
Chasse à rhippopotame.
I Cliché Buraer)