‹ La forêt de la Côte d'Ivoire et son exploitationChapitre 5 sur 35 · GÉOGRAPHIE · texte numérisé non relu

GÉOGRAPHIE

La Côte d'Ivoire a une superficie d'environ 315.000 kilomètres carrés. Située entre les 5' et 10° degrés de latitude Nord, et 5' et 11' degrés de longitude Ouest (Méridien de Pans), elle affecte la forme d'un quadrilatère presque régulier. Au Sud, elle est limitée sur 550 kilomètres par l'Océan Atlantique (Golfe de Guinée) ; à l'Ouest, sur 630 kilomètres par le Libéria et la Guinée Française; au Nord, par le Soudan Français et la Haute Volta; à l'Est, par la Colonie Anglaise de Gold Coast.

Avec le Sénégal, la Mauritanie, la Guinée, le Soudan, la Haute Volta, le Dahomey et le Territoire Militaire du Niger, elle constitue la Fédération de l'Afrique Occidentale Française dont le siège (Gouvernement Général) est à Dakar.

La Côte d'ivoire se divise, à peu près par moitié, en deux zones bien distinctes; la zone sylvestre, au Sud, et la zone des savanes au Nord de la Colonie. Ces deux zones, très différentes au point de vue des productions, diffèreni également comme climat, température, époques des chûtes d'eau, etc.. Elles diffèrent même comme populations, question de races mises à part.

Tableau de Chasse.

i Cliché Burger

les habitants des savanes étant plus accueillants, plus exhubérants, moins primitifs en somme que ceux qui sont habitués à vivre sous le couvert de la grande forêt.

Orographie — Hydrographie

La Côte d'Ivoire offre, dans son ensemble, l'aspect d'une vaste plaine légèrement inclinée du Nord au Sud. La déclivité est assez régulière depuis les confins du Soudan jusqu'à la mer et n'est coupée transversalement que par de petites dépressions oij serpentent et coulent en cascades les affluents des rivières importantes, ces dernières coulant d'une façon générale dans la direction Nord-Sud. A Bouaké, à 300 kilomètres environ à vol d'oiseau de la mer, l'altitude est de 400 mètres. La pente moyenne serait, par suite, de 1",33 par kilomètre pour

la partie comprise entre Abidjan et Bouaké et que traverse la voie ferrée qui monte vers le Nord.

Comme massif montagneux, il n'y a guère lieu de signaler que celui de Touba-Odienné, au Nord-Ouest de la Colonie, massif qui est la continuation de celui qui prend naissance dans la Basse-Guinée et traverse le Sierra-Léone et le Libéria. On trouve dans la région de Touba des dômes et pics atteignant de 1 .000 à 1 .600 mètres.

Le petit massif central du Baoulé entre le N'Zi et le Bandama, ne présente guère de sommets dépassant 300 mètres ; il en est de même des collines de Boudoukou, au Nord-Est de la Colonie.

Quatre fleuves principaux et presque parallèles drainent les eaux vers l'Océan : le Cavally, à l'Ouest, qui sert de frontière sur la partie

inférieure de son parcours avec le Libéria ; puis, en allant vers l'Est : le Sassandra, fleuve assez accidenté qui prend sa source dans la région d'Odienné ; le Bandama qui baigne la région de Korogho, au Nord, reçoit d'importants

Palmeraie naturelle aménagée abritant une plantation de caféiers âgés d'un an.

Cliché Agence économique A. O. F.

affluents, dont le N'Zi, et se jette dans l'Océan près de Grand Lahou; le Comoë, dont la source voisine avec celle du Bandama, traverse la région de Kong et vient déboucher à Grand- Bassam.

Comme fleuves secondaires : la rivière Tabou et le San Pedro qui se jettent directement dans l'Océan près des localités du même nom ; la Niounlourou qui alimente la petite lagune de Fresco ; le Goboua et le Yocoboué qui débouchent dans la lagune de Lahou ; l'Agnéby qui débouche dans la lagune Ebrié ; la Mé dans la lagune M'Potou ; la Bia dans la lagune Aby ; le Tanoë qui vient de Gold Coast et sert de frontière avec cette Colonie sur une trentaine de kilomètres.

Tous ces fleuves et rivières, sinueux et torrentueux, ne présentent qu'un intérêt assez minime comme moyens de communication. Le Comoë n'est navigable, en partant de la Côte, que sur 60 kilomètres environ ; le Bandama également, encore pour des vapeurs d'assez faible tonnage. Partout, les rapides succèdent aux rapides, rendant impossible, en certains endroits, le passage des pirogues indigènes. Sur le Comoë, le Bandama et le Sassandra, il existe toutefois entre

les seuils, dans la partie moyenne de la Colonie, des biefs plus ou moins longs, utilisables éventuellement pour le passage d'embarcations de 20 à 50 tonnes. Le Cavally serait navigable jusqu'à une centaine de kilomètres de la Côte ; de petits vapeurs pourraient le remonter assez loin. Malheureusement, la région qu'il traverse, aussi bien du côté français que du côté libérien, a été encore bien peu pénétrée. Les transactions commerciales y sont presque nulles.

Fleuves et rivières de la région côtière sont utilisés pour le flottage des bois, acajou notamment, destinés à l'exportation. Le régime de la plupart de ces cours d'eau est très irrégulier. A sec pendant une partie de l'année, leur lit se remplit subitement au moment des grandes pluies et se transforme en torrents qui débordent parfois largement. C'est le moment que choisissent les exploitants forestiers pour acheminer vers les lagunes les billes de bois rassemblées auprès des rivières pendant les mois qui précèdent l'hivernage.

Climatologie

La Colonie, bien que déjà éloignée de l'Equateur, jouit, tout au moins en ce qui con-

Planlation de palmiers a huile.

Cliché Asence économique .A. O. F.

cerne la zone sylvestre, d'un climat à peu près analogue à celui du Gabon. On n'y constate ni fortes températures, ni variations sensibles : 20 à 30" suivant les saisons, moyenne 26' 5 sur la côte, 23" en forêt. 24 dans la région

Nord ; par contre, l' humidité atmosphérique y est très grande, 90 pendant la nuit dans la région côtière, 70 à 80 dans la journée. L'hygromètre descend rarement à 65 ; il monte jusqu'à 98, près du point de saturation (1). Cette

Fabrication d'huile de palme.

(Cliché Aeence économique A O- F.

grande humidité est pénible pour l'Européen. Son intensité décroît au fur et à mesure qu on monte vers le Nord; à Korogho la moyenne annuelle n'est que de 68 tandis qu'elle est de 87 à Bassam.

Les pluies sont abondantes, 2", 50 à 3 mètres sur la côte, 2 mètres à 2", 50 dans la partie moyenne de la Colonie, 1"',50 à 1"',80 dans la partie haute. Il pleut davantage dans les vallées que sur les plateaux. A Aboisso sur la Bia, à Alépé sur le Comoë, à Tiassalé sur le Bandama, il pleut pour ainsi dire toute l'année, tandis qu'à Bingerville, Abidjan et de nombreux autres points de la région côtière il y a des saisons sans pluie très caractérisées.

Tandis que dans le Nord de la Colonie il n'y a que deux saisons: hivernage, ou saison des pluies, de juin à octobre, et saison sèche, de novembre à mai, il y en a quatre bien déterminées sur la Basse-Côte:

Grande saison sèche, du 1 5 novembre au 1""^ avril; température assez élevée. Cette saison est la plus pénible à supporter;

Grande saison des pluies, du 1"^ avril au 15 juillet;

Petite saison sèche, du 15 juillet au 1" octobre, fraîche, la plus agréable;

Petite saison des pluies, du V^ octobre, au 1 5 novembre.

Le vent du Sud-Ouest souffle la majeure partie de l'année. Le ciel est presque toujours couvert de nuages. Il n'apparaît réellement bleu que lorsque souffle l'harmattan, ou vent du Nord, en janvier ou février; encore un brouillard épais obscurcit-il à ce moment les matinées; le soleil ne se montre que vers midi; les nuits et les matinées sont fraîches.

Flore — Faune

La Flore de la Côte d'Ivoire est excessivement riche, excessivement luxuriante. Nous n'avons pas l'intention d'en faire la description, M. Méniaud abordant du reste ce sujet à propos de la forêt et de son exploitation. Signalons simplement qu'on rencontre à la Côte d'Ivoire la plupart des plantes des autres pays équato-

(I) Joseph : La Côte d'Ivoire.

Une belle pièce.

Eléphant abattu par M. Burger.'

riaux, et qu'on peut y tenter avec succès la culture de presque tous les produits riches dits (( exotiques ».

La Faune n'est pas moins bien partagée et les chasseurs les plus inexpérimentés, comme les plus adroits, peuvent s'en donner à cœur joie.

Fauves (panthères, léopards et chats-tigres, dans la forêt, lions dans le Nord), grands pachydermes et ruminants (éléphants, hippopotames, buffles, antilopes de toutes tailles), phacochères, singes variés, gallinacées, etc., existent partout en grand nombre.

Les animaux domestiques, à l'exception des

toire aussi vaste, dont la mise en valeur exigerait une main-d'œuvre très importante. De plus, l'indigène de la Colonie travaille excessivement peu, la cueillette ou la culture des denrées nécessaires à son alimentation ne lui demandant qu'un effort minime, en raison de la richesse du sol et de la force de la végétation. Il a peu de

Trois buffles abatlus par M. Burger.

chèvres, vivent par contre assez difficilement à la Colonie; il y a cependant une petite race de boeufs acclimatée à la forêt et dont on pourrait intensifier l'élevage. Les animaux de boucherie sont importés pour la plupart du Soudan. La volaille existe dans tous les villages. Elle est, toutefois, assez peu abondante dans la région côtière.

Population

Main-d'œuvre

On ne compte guère à la Côte d'Ivoire que 1 .400.000 habitants. C'est peu pour un terri-

besoins et ne cherche pas à s'en créer, étant excessivement fruste et dédaignant toute espèce de confort. Le travail lui répugne naturellement et, à l'exception de quelques populations côtières qui fournissent des marins, et des Abeys qui sont d'excellents bûcherons, on ne trouve pas toujours commodément des volontaires pour les services publics, la colonisation et les exploitations forestières. Il est bon cependant de signaler que, grâce à l'intervention de l'Administration, qui agit par persuasion auprès des Chefs, colons et exploitants forestiers

Chasse a la panthère.

Cliché Burger

n'ont presque jamais manqué, jusqu'à présent, de la main-d'œuvre qui leur était nécessaire.

Le Gouvernement local ne néglige rien, d autre part, pour attirer et fixer des travailleurs étrangers. Le prolongement du chemin de fer vers le Nord rendra de gros services à cet égard en facilitant les relations entre les régions peuplées de la Boucle du Niger et la Basse-Côte.

Commerce

Le Commerce général de la Colonie était de 35 millions en 1912 et en 1913. Les premières années de guerre ne furent pas favorables aux affaires; plusieurs maisons durent suspendre tout ou partie de leurs opérations; la majeure partie des chantiers forestiers durent être arrêtés. Peu à peu, cependant, sous l'influence de la hausse qui se manifesta progressivement sur tous les produits, le commerce reprit son activité; des chargements importants d'acajou

furent demandés d'Angleterre, puis d'Amérique pour la fabrication d'hélices d'avions. Dès 1918, le mouvement commercial enregistré à l'entrée et à la sortie était remonté à 29 millions. Il se développa rapidement (en 1919, le chiffre dépassait 50 millions) et en 1 920 il atteignait un total de 1 1 5 millions.

Nous donnons ci-après le relevé des principaux produits exportés en 1919 et en 1920:

En 191 9

En 1920

Pelleteries i ^^ ^«^"^^ "

kg-

brutes ' de moulons.

Défenses d'éléphant. . ■

Graines de ricin ....

Amandes de palmistes . .

Café

Cacao (en fèves) ....

Pimenlset poivre de Guinée

Huile de palme ....

Glu ■ .

Coprah

Beurre de karile ....

Caoutchouc brut ....

En 1919 En 1920

Noix de kola kg. 17.954 17.193

Bois d'ébénislerie : Acajou me. 34.345 50.193

Bois autres durs .... — 964 1 5 . 520

Coton kg. 336.263 250.210

Kapock — 77.208 8.072

Raphia — 10.200 2.119

Nattes indigènes (pièce) . — 4.918 ))

Nous ne connaissons pas encore les chiffres de 1921. Il est à prévoir qu'ils sont sensiblement inférieurs à ceux de l'année précédente, en raison de la crise dont ont souffert la plupart des produits exportés de la Colonie, corps gras et bois notamment.

Les produits divers, huile de palme, palmistes, cacao, etc.. sont expédiés pour un peu plus de moitié sur la France, le complément sur l'Angleterre, la Hollande et l'Allemagne. Les acajous vont, pour les 3 5 aux Etats-Unis et en Angleterre, les 2 5 restant étant dirigés en grande partie sur la France, où sont également expédiés les bois autres dont on a commencé l'exploitation. L'Allemagne, qui était un des gros clients de la Colonie avant la guerre, fait de nouveau quelques achats.

En ce qui concerne les importations, la majeure partie des articles manufacturés provient d'Angleterre et d'Amérique. C'est le cas, surtout pour les tissus, les tabacs, métaux, matériaux de construction, outillage de toute sorte. Notre industrie nationale, si éprouvée par la guerre, n'est pas encore suffisamment représentée. Elle reconquiert peu à peu cependant la place qu'elle a perdue. Le régime douanier de la Colonie ne la favorise pas, malheureusement, et il lui est difficile de lutter, pour certains articles, contre la concurrence étrangère.

Sassandra, Tabou, Assinie, points d'embarquement sur l'Océan, Aboisso, sur la rivière Bia à proximité de la lagune Aby, Agboville, Dimbokro et enfin Bouaké, sur la ligne du chemin de fer.

i^-^L'Avàtl

Un cacao) er.

Clichf- Agence économique A- O- F,

La plupart des maisons représentées ont leur siège en France, à Bordeaux ou Marseille. On en trouvera la liste plus loin.

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