‹ La forêt des Cippes (volume 2)Chapitre 104 sur 115 · SUR LE CLASSICISME · texte numérisé non relu

SUR LE CLASSICISME

Le domaine du créateur, c'est l'émotion ; son intelligence n'est là que pour aider sa sensibilité. C'est le contraire pour le critique dont la sensibilité fournit des matériaux à l'intelligence.

(Les Marges.)

Il semble donc, suivant M. Montfort, que la sensibilité doive gouverner en dernier ressort, c'est-à-dire souverainement, le créateur. Mais comment la sensibilité serait-elle capable de réaliser, c'est-à-dire de choisir, de combiner, de classer, de hiérarchiser ? Il faudra toujours que la raison ait le dernier mot. Et l'on ne comprend pas très bien, à vrai dire, comment l'intelligence pourrait « aider la sensibilité ». L'aider à quoi ? A sentir ? — Non, répondra M. Montfort, mais à émouvoir. — Eh bien ! la sensibilité n'émeut pas, elle est émue. Pour émouvoir, pour agir et non plus seulement pour pâtir, il faut un art, c'est-à-dire des moyens, des méthodes et toute une mise en œuvre, dont la seule raison dispose.

M. Yves Scantrel, dans la Grande Revue, va plus loin encore que M. Montfort. Il tâche de définir le classicisme et il note rapidement que « Phèdre est une très belle oeuvre, mais il y manque le sens de la grandeur » ; et que « il est des cimes orageuses, où Racine ne se ferait pas écouter, parce qu'il n'y pourrait être entendu ». Pour continuer la métaphore, M. Scantrel nous paraît s'égarer dans les nuages qui entourent ses hautes cimes.

Il définit le classicisme le respect du moi; ce qui ne définit rien du tout, car si le naturel et la sincérité sont des qualités éminemment classiques, le moi tout seul, le moi

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exclusif peut très bien produire l'énorme et le difforme, voire le mensonge et la fiction, tous suppôts du romantisme. Le moi n'a esthétiquement de valeur que par rapport a ce qui n'est pas moi, à l'univers. M. Scantrel ne

devait donc pas écrire : • On fU manque pas de mesure ■ qu'on est démesuré, mais par où fou manque à sa

propre mesure. » Car une mesure est un rapport entre deux objets. lit M. Scantrel ne veut regarder qu'un deobjets et peut-être le plus fallacieux. En d'autres termes, sa définition du classicisme ne vaut rien, commene s'appliquant ni à tout l'objet ni à l'objet seulement.

Il aurait bien pu s'aviser tout de suite que le moi n'est pas la forme, qui est la fin de l'art.

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