‹ La forêt des Cippes (volume 2)Chapitre 105 sur 115 · JEAN-JACQUES ROUSSEAU HT LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

JEAN-JACQUES ROUSSEAU HT LA RÉVOLUTION

Ces admirateurs de Jean-Jacques [qui soutiennent qu'il n'eut pas de doctrine politique] s'entendent mieux que personne à diminuer leur grand Ijomme. Ils le représentent bénin, bénin. . .

Dans son admirable ouvrage sur Jean-Jacques, M. Lemaitre a en effet marqué que certains grands pourvoveurs de la guillotine se réclamaient des idées de Rousseau. Il y avait bien autre chose dans le livre de notre illustre maître. Mais enfin cela y était. Il convient tout de suite de remarquer que l'argument était dirigé non pas contre la personne de Rousseau, envers qui l'éminent critique s'est montré équitable et même généreux, mais contre ses idées, notamment contre sa doctrine de la bonté originelle de l'homme. Il n'était pas sans intérêt, en effet, de rappeler que des hommes atta-

chés à cette doctrine de la bonté originelle avaient livré nombre de leurs contemporains au bourreau. Pareillement Calvin, cet autre ennemi de l'autorité, fut un grand dresseur de bûchers. Et nos libéraux démocrates ont répandu plus de sang ouvrier qu'aucune monarchie européenne. Il y a un rapport intime entre les doctrines et les actes de tous ces hommes. Cela se démontre.

Joseph de Maistre pensait déjà que massacrés et guillotinés auraient toujours fini par trépasser. Et ce n'est pas leur mort violente qui fonde non plus nos raisons actuelles d'exécrer la Révolution. Mais une Révolution sèche dure depuis plus de cent ans, à laquelle nous portons une sérieuse haine. C'est l'esprit révolutionnaire, ce sont les institutions révolutionnaires que nous voulons tuer et détruire avant qu'ils nous aient politiquement immolés.

Si Ton entend par système et par doctrine un ensemble cohérent, une pensée organisée et sérieuse, il est bien sûr que Rousseau ne connut rien de tout cela: Mais quand nous parlons des idées de Rousseau, nous nous référons secrètement à un certain nombre de nuées ou sophismes malfaisants ou meurtriers qui porteront éternellement son nom : bonté originelle de l'homme, — partant inutilité des institutions ; — f intérêt général somme des intérêts particuliers, — partant le salut public et le sort de l'État remis à l'ignorance des citoyens ; — interdiction des corps particuliers au sein de la nation, — d'où découle le décret Le Chapelier ; — confusion du spirituel et du temporel, à quoi nous devons notre Etat maître d'école et théologien, tyrannie inconnue de l'antiquité ; — enfin Vidée même de Contrat social qui fonde la société

Page 1