‹ La forêt des Cippes (volume 2)Chapitre 21 sur 115 · MADAME BOVARY · texte numérisé non relu

MADAME BOVARY

Tournant la page, on lit :

Mme Bovary, le soir, n'alla pas chez ses voisins, et quand Charles fut parti, lorsqu'elle se sentit seule, le parallèle recommença dans la netteté d'une sensation presque immédiate et avec cet allongement de perspective que le souvenir donne aux objets1. Regardant de son lit le feu clair qui brûlait, elle voyait encore, comme là-bas, Léon debout, faisant plier d'une main sa badine et tenant de l'autre Athalie, qui suçait tranquillement un morceau de glace. Elle le trouvait charmant; elle ne pouvait s'en détacher; elle se rappela ses autres attitudes en d'autres jours, des phrases qu'il avait dites, le son de sa voix, toute sa personne; et elle répétait, en avançant ses lèvres comme pour un baiser :

— Oui, charmant! charmant!... N'aime-t-il pas? se demanda-t-elle. Qui donc ?... Mais c'est moi !

Oui, charmant! charmant !.. . N'aime- t-il pas? se demanda-t-elle. Qui donc?... Mais c'est moi !

Ces deux lignes de petit nègre sont un peu bien expéditives pour la difficulté de rendre le travail sentimental d'Emma en cette crise2. C'est d'ailleurs un procédé constant. Les débuts de ce commerce entre le clerc et Emma, qui finira comme on sait, comportaient une gradation de sentiments subtils et nuancés dont la peinture méritait un chef-d'œuvre : Flaubert l'avait belle de faire frémir, sous la timidité de l'expression et avec tous les charmes de la pudeur, la violence d'une passion naissante. Au lieu de cela, quoi ? Leur première promenade :

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