‹ La forêt des Cippes (volume 2)Chapitre 87 sur 115 · DEFINITIONS · texte numérisé non relu

DEFINITIONS

Libre aux métaphysiciens d'imaginer que, dans les

limbes du possible, toutes les destinées sont égales et pareilles, jmisqu'après tout, cette égalité universelle ne sera jamais qu'une égalité d'inexistence : tout ce qui n'est pas est égal ; mieux, il n'est rien.

Mais lorsqu'on cite des cas particuliers, qui appartiennent à l'histoire, il n'est plus permis d'égaler les contraires ou les divers. On raisonne sur des données concrètes qu'il n'est pas en notre pouvoir de modifier, qu'il est absurde d'imaginer seulement différentes.

Le point mystérieux des destinées individuelles, c'est la combinaison de mille facteurs connus, certains, ordinaires, l'enchaînement, en apparence capricieux, des circonstances même les plus communes. Nous sommes déterminés en naissant par notre origine, notre position, notre constitution, notre temps ; mille éléments continuent, durant toute notre vie, de nous définir et de nous délimiter. Les circonstances, les institutions, sont indépendantes des volontés et du mérite individuels. Un général fait la guerre, un autre ne la fait pas : les événements les distinguent donc et la raison défend de les comparer absolument. Joignez que des différences de capacité à l'égard des contingences de la vie, qui d'aventure peuvent se révéler, classent encore les hommes et fondent de nouvelles inégalités. Nous sommes ce que nous sommes. A = A, différent de B.

A est un ensemble positif qu'il faut prendre pour ce qu'il est. Il a pu y avoir, dans deux existences, deux moments pareils; mais un moment n'est pas toute la vie et il n'y a jamais eu deux vies semblables.

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