CARACTÈRE ET INSTITUTIONS DE LA FRANCE
M. Faguet dit encore :
« Le caractère qu'avait l'Allemagne jusqu'au commencement du xixc siècle, c'est la France qui semble l'avoir maintenant, et le caractère qu'avait la France, c'est l'Allemagne qui l'a aujourd'hui. »
Le caractère, c'est bientôt dit. Peut-on changer de caractère? Et quand le caractère change, aperçoit-on d'autres changements qui pourraient expliquer le premier ? Par exemple, la France de 1789 et l'Allemagne de 1806 n'ont-elles pas depuis échangé leurs institutions avant leur caractère ?
— Je vous vois venir. Mais vous ne me prendrez pas : je ne fais pas de politique. Je suis un libéral. Caractère, c'est un mot honnête. Institutions, cela sent son royaliste à cent pas ! Institutions ! le mot est grossier et cru et incongru. Qui parle de cela?
— Fustel de Coulanges.
— Il est mort. Caractère! cela met tout le monde d'accord. C'est la vertu dormitive de Molière...
— Il est vrai.
— C'est le fétiche du nègre.
— Il est vrai.
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— Vous voyez que je suis un homme poli.
— Il n'est que trop vrai. Mais, dites-moi, quel est le caractère du peuple français ?
— C'est, Monsieur, la frivolité. Cela est dit à la page 55 de mon livre. Lisez : « La France, nation frivole... Au bout de quinze ou vingt ans, Sedan était sinon oublié, du moins très lointain dans les souvenirs. »
— Il est vrai que cela est dit. Mais est-il permis d'ouvrir ce livre à d'autres pages ?
— Vous m'obligerez.
— Je lis donc à la page 5 3 , qu'en 1866 la France nourrissait « une vieille haine nationale contre l'Autriche ».
— Il est vrai. J'ai écrit cela.
— Et bien d'autres choses encore. A la page 58, je lis : « Il y a, particulièrement en France depuis les souvenirs du 18 Brumaire, une terreur du général vainqueur. »
— J'ai écrit cela, et comme c'est vrai !
— Mais entendez vous : la France oublie-t-elle ou n'oublie-t-elle pas ? Son caractère est-il la fidélité ou la frivolité ?
— Monsieur, je suis un homme poli. L'homme qui ne se contredit pas un peu est un malotru.
— Vous n'en êtes pas un, Faguet, vous n'en êtes pas un !
On n'a pas le droit d'accaparer le nationalisme. Tout le monde est nationaliste, comme tout le monde tient à son lit, à son jardin, à sa ville, à son hameau, à son chien, à ses enfants, à sa pipe, à sa femme, à sa maîtresse, à tout ce qui fait les habitudes de la vie.
Rem y de Gourmont.
Mais, homme d'esprit, la patrie est un objet un peu
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plus complique et un peu plus distant que votre hameau, votre pipe OU votre chien. Or il arrive qu'on confie sa maison à de mauvais gérants qui s'enrichissent de leurs dilapidations....
Le crédit de la Fiance est sa plus précieuse sauvegarde eu c.is de COnJUl inné, et sa meilleure force; mail allez donc causer patriotisme j des £cns qu'aveugle la myopie ultra-militariste et qui ne voient rien au delà de l'accroissement quand même, justifn ou non, de nos armées terrestres et navales.
(Le Journal, 15 mai 1908.)
Notre folie juge peu raisonnable la raison de M. Gauthier. Quand a-t-on vu la richesse d'un pays s'animer d'elle-même pour courir, toute casquée, à la frontière ? Le crédit d'un pays n'est pas une force militaire active, c'est une puissance inerte qu'il faut mettre en œuvre, monnayer en canons et en armées.
Étrange raison qui prend le moyen pour la fin ; monomanie du petit fonctionnaire qui ne sait que compter des tas, aligner des piles, ranger des liasses, et croit que la terre tourne pour que les tas soient comptés, les piles alignées, les liasses rangées.
Singulière raison qui met en doute la justification de nos dépenses militaires dans le même article où deux colonnes sont consacrées à l'évaluation des formidables dépenses engagées par l'Allemagne pour son armée.
Que le rédacteur du Journal consulte donc une carte d'Europe !
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