SUR LA HIERARCHIE
M. Izoulet pense avoir assez réprouvé l'égalité en l'opposant à la hiérarchie. Or nous venons de voir qu'une certaine hiérarchie n'est pas incompatible avec l'égalité de liberté.
Hiérarchie, dites-vous ? Soit, mais hiérarchie souple et mobile des grands intérêts publics et non uniquement
| l l\l I h 11 des individus. 11 huit, pour instituer une hiérarchie,
qu'on soit en possession d'une commune mesure entre
la éléments qu'on hiérarchise. Or VOUS mesurerez bien
intérêts par rapport à un pins grand intérêt, à l'intérêt général, mais comment mesurere/.-vous des individus appartenant à des conditions et à des professions diverses ? — A leur talent? — Mais pour connaître un talent, il huit qu'il ait été exercé. Dans quelle profession classerez-vous tel individu, et comment estimerez-vous son talent, s'il ne s'est déjà montré et classé lui-même? \L mirerez- vous les vertus ? Mais voilà l'État pasteur, et nous tombons dans la plus affreuse confusion du spirituel et du temporel.
Si vous entendez ainsi la hiérarchie, vous arrêtez la vie publique et supprimez les libertés nécessaires et fécondes. Une universelle hiérarchie d'État, idéal jacobin et césarien, est un cadre trop rigide : elle est aussi une forme beaucoup trop définitive qui ne laisse aucune place à l'imprévu, à l'invention, au mystérieux lendemain que prépare, chaque jour, l'industrie inquiète des hommes.
Entre les individus, nous n'admettons de hiérarchie d'Etat que pour un travail d'État. Dans tous les autres cas, il y a des groupes, des corps représentant des intérêts qu'il appartient au souverain de subordonner les uns aux autres et tous au bien public. Dans chaque groupe ou corps, chaque individu, suivant une parole célèbre, a strictement le droit de faire son devoir.
SUR LE MÊME SUJET UN AUTRE JOUR La loi des hiérarchies est fondée sur quelque chose de
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plus ferme et constant que les inégalités individuelles ; elle est fondée, non sur le caprice du hasard ni sur les talents respectifs des personnes qui composent chaque génération, mais sur la hiérarchie réelle des fonctions. Une société est, en apparence, un assemblage de personnes ; mais sa loi permanente et fondamentale réside dans l'ensemble des fonctions nécessaires. Il faut d'abord que ces fonctions soient assurées, sinon les personnes souffrent et meurent. Et comme les fonctions sont diverses d'une part, mais d'autre part se rapportent au même but, la société, il s'ensuit qu'on peut établir une échelle des valeurs, non pas d'après le mérite des fonctionnaires, mais d'après l'importance de chaque fonction par rapport au tout.
Suivant la théorie de Junius1, au contraire, la société ressemblerait à un terrain d'entraînement sur lequel des individus s'exerceraient sans fin ou du moins sans autre but que de se distinguer plus ou moins, ou à un vaste collège dont les écoliers passeraient tout leur temps en compositions et en concours. Or on sait que la victoire du cheval et le succès de l'écolier sont la raison d'être de l'hippodrome et de l'école. La société devrait donc, à chaque génération, se transformer pour se conformer aux aptitudes de chacun de ses membres, et les rangs seraient changés constamment suivant les résultats d'un concours infini. Le règne de l'individu, ce serait la révolution instituée en permanence, l'anarchie périodique. Et c'est aussi la pure théorie démocratique, telle qu'elle a été présentée par M. Bougie dans un ouvrage sur les Idées égalitaires. Ce professeur défendait l'égalitarisme avec les mêmes arguments qui servent à Junius pour l'attaquer. Et c'est M. Bougie qui semble avoir eu raison. Car il réclamait, non une chimérique et constante