DU TEMPS ET DES SOCIETES
Les sociétés ne durent pas toujours, mais il est vrai de dire qu'il y a toujours eu des sociétés et que seules peuvent durer les sociétés qui ne font pas trop souffrir les hommes d'un jour qui les composent.
Se remettre au temps du soin de résoudre les conflits sociaux, c'est de la pure démence. Car de deux choses l'une : ou c'est le temps qui a amené ces conflits, et il n'y a pas de raison qu'il les résolve, ou bien ils sont dus à une autre cause qu'on peut connaître, et la suppression de cette cause entraînera seule la suppression de l'effet.
En fait, le temps, qui n'est qu'une expression, n'a jamais rien produit ni empêché. Et il est facile de comprendre que si les conflits sociaux étaient amenés par le temps, disons mieux avec le temps, c'est que la
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. entendes toute société, en serait naturellement sciait naturellement divisée contre elle-même, donc vouée à une prompte destruction, et l'état de été ne serait pas naturel à l'homme.
I.a vérité, c'est que toutes les questions sociales doivent être traitées et résolues par rapport au temps, étant de leur nature relatives. Auguste Comte a démontré cette loi contre laquelle s'était insurgé le libéralisme économique. Tout s'arrange, oui, mais c'est la mort qui l'arrange! Il n'aurait servi de rien aux malheureux copistes menacés dans leur existence par l'invention de l'imprimerie de savoir que leur mort mettrait tin au trouble économique causé par cette invention. En attendant, il leur fallait vivre, et il fallait pour cela réglementer rétablissement et limiter le nombre des imprimeries.
Le libéralisme, lui, crée une opposition artificieuse entre l'individu et la société ou entre le présent et l'avenir : ce qui confirme cette vérité, que le régime démocratique, qui est d'essence individualiste, aboutit à l'oppression des individus soit par l'anarchie, soit par le despotisme.
Car à quoi sacrifierait-on la génération présente ? A la génération de demain ? — Mais en quoi le sacrifice d'une génération profiterait-il à l'autre ? Et pourquoi l'intérêt de la génération prochaine consisterait-il à naître au milieu des troubles et des convulsions? Si nous laissons les choses aller et négligeons d'intervenir lorsqu'elles vont mal, il est certain qu'elles iront de plus en plus mal. Et nos neveux ne gagneront rien à notre abstention. Si la plupart des crises sociales sont le fait de l'inquiétude, de l'industrie ingénieuse des hommes qui ne peuvent calculer toutes les conséquences de leurs inventions, que ce soit l'imprimerie ou le machinisme, il est évident que le temps, par le jeu de l'invention humaine, amènera incessamment de nouvelles crises sans prescrire les anciennes.
Il n'y a donc pas de problème politique terrible ni angoissant en soi; mais il y a des régimes et des institutions qui portent en eux d'inexorables conflits. Et l'on peut y remédier par la suppression desdits régimes et institutions.
C'est l'audacieuse race de Japet qui inventa le machinisme, partant notre régime industriel. C'est aussi la race de Japet qui inventa la république démocratique. Cette race audacieuse a donc toute qualité pour estimer le degré respectif d'importance, de nécessité et de bienfaisance de ces deux inventions, et, en cas d'incompatibilité reconnue, pour sacrifier la moins indispensable.