IDÉAL ET POLITIQUE
Parmi la jeunesse, dans notre région, l'idéal Traditionnel, l'idéal socialiste, l'idéal chrétien, se partagent les esprits. On distingue mieux la lutte dans un champ étroit et clos. Ils appellent encore cela la République et la Monarchie. Mais la politique n'y est qu'une façade. C'est une crise d'idéal.
Paul Renaudtx.
Cela n'est vrai ni en fait ni en droit.
En fait, s'il est vrai que le ralliement à la république ait toujours été une crise d'idéal parce que la raison ne peut avoir aucune part à un absurde mysticisme, il est impossible de soutenir la même opinion du ralliement ou de la fidélité à la doctrine monarchiste. Des catholiques, des protestants, des libertins, des positivistes, d'anciens républicains, d'anciens bonapartistes, d'anciens libéraux, reconnaissent aujourd'hui la vérité scientifique
.p)2 DÉFINITIONS
d'une Loi politique : ta nécessite de la royauté eu Irance. Lj démonstration de ce théoreine .se fait par les voies
ordinaires du raisonnement, qui sont étrangères à tout
idéalisme, lu c'est pourquoi des phénoménistes, voire des matérialistes, peuvent donner leur adhésion à cette vérité purement relative.
Eli droit, les mots d'idéal et de politique hurlent d'être accouplés. Un idéal est une perfection que l'homme espère d'atteindre. Un régime politique est au contraire partait dès qu'il remplit sa définition et son objet. ce qu'il fait assez souvent.
Ainsi la monarchie est réellement parfaite dès qu'il y a monarque, parce qu'elle remplit alors sa définition et son objet qui est le gouvernement des hommes. L'aristocratie est parfaite dans les mêmes conditions. Mais il serait facile de démontrer, par voie de conséquence, qu'une démocratie ne peut jamais être parfaitement réalisée, parce qu'elle ne remplit jamais son objet et rarement sa définition : le nombre s'abstient le plus souvent, et toujours il se montre incapable de gouverner. C'est même parce que la démocratie est un régime toujours imparfaitement réalisé, c'est parce qu'il n'est jamais en acte, mais seulement en idée, c'est pour cette raison qu'il est un idéal et que tous les démocrates ont toujours été de fervents idéalistes. En sorte que si M. Paul Renaudin n'était pas un peu infecté de démocratisme, il n'aurait certainement pas ainsi identifié politique et idéal.
Ces deux termes s'opposent et se contredisent encore à un autre point de vue. L'idéalisme pur, personnel et subjectif est essentiellement diviseur. Il est une excitation factice et nerveuse de la volonté, une espèce de jeu abstrait des facultés les plus individuelles promues au rang d'absolu. M. Renaudin convient implicitement de ces qualités de l'idéalisme, lorsqu'il écrit : « L'idéal traditionnel, l'idéal socialiste, l'idéal chrétien se partagent
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les esprits. » Si nous cherchons, en effet, dans cette énumération les éléments diviseurs nous n'en trouvons qu'un, V idéal. Otez de cette phrase le mot d'idéal, elle perd tout sens et toute réalité. Il n'y a plus de raison que la tradition, le régime corporatif et propriétiste, le catholicisme, divisent les esprits. L'idéalisme individuel et subjectif rétabli, la division recommence ; supprimé, elle cesse. Et c'est précisément l'œuvre de la politique de concilier ces divers ordres, tradition, corporation, catholicisme, que la critique distingue mais n'oppose pas, que la raison conçoit à leur place et dans leur rang, où un art réaliste s'efforce de les remettre et de les maintenir.
C'est ainsi que l'esprit positif et des notions relatives définissent les questions pour les résoudre. Mais introduire l'idéalisme dans la politique, avec tout ce qu'il comporte d'infini et de personnel, c'est rendre toute question insoluble, ou plutôt c'est se désintéresser de la solution et réduire toute question à l'expression de vœux platoniques qui excitent plus ou moins une louche sensibilité. C'est s'entraîner à désirer sans égard pour le possible. C'est sacrifier l'utilité commune à l'agréable. C'est le fait d'un égoïsme monstrueux, et il est permis de corriger ainsi la dernière phrase de M. Renaudin : « L'idéal n'y est qu'une façade. C'est une crise d'égoïsme. »
Dans l'antiquité, les rois et les tyrans étaient des dictateurs, créés par la faction démocratique pour ruiner les privilèges de la noblesse. Ce qui distingue donc essentiellement la politique moderne de la politique antique, c'est l'intervention d'une nouvelle forme d'état conciliant le principe monarchique et l'aristocratique.
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Cette forme est supérieure à celles que connut l'antiquité, purement aristocratiques OU démocratiques, parce qu'elle est plus progressive et plus durable. En effet, une
monarchie appuyée sur des corps aristocratiques n'a pas sa fortune liée a celle de chacun de ces corps. Si des révolutions prononcent la déchéance de quelque aristocratie ou si de nouvelles aristocraties naissent et s'imnt qui pourraient chercher à évincer les plus anciennes, l'autorité monarchique s'intéresse à ne rien sacrifier, à tout utiliser et à maintenir chacun en sa place. Dans les périodes de crise, le monarque héréditaire moderne assure le passage normal de l'ancien au nouvel état de choses. Ce régime, composé de monarchie et d'aristocratie, paraît donc supérieur à l'aristocratie pure, parce qu'il se réforme plus facilement. Il est ce qui distingue essentiellement les gouvernements modernes des gouvernements antiques.