ART ET SYMBOLE
Il n'est pas vrai que le symbole soit le signe de l'art ; ce qui définit l'art, ce n'est pas un procédé, c'est un emploi heureux de tout procédé, quel qu'il soit. L'art commence, en matière de symbole, ovx le symbole cesse d'être plaqué, mécanique; il commence d'être dés que le symbole commence à être beau. Ce n'est donc pas le symbole qui détermine l'art, c'est l'art qui qualifie le symbole.
En particulier, toute la question, pour Flaubert et Bovary, se réduit bien à savoir si son symbole est pur, beau, naturel, et non rapporté, ébauché, primitif. Vous écrivez : « L'œuvre exemplaire de tout réalisme symbolisme, c'est Don Quichotte, Don Quichotte que Madame Bovary transforme en une version française. »
Voilà ce que nous contestons.
Il manquera toujours quelque chose au roman de Flaubert. C'est un accent, c'est une unité de ton et d'inspiration, que nous ne jugeons pas précieux et mêmement indispensable pour la seule raison que l'unité constitue une des règles de la composition classique, mais remontant plus haut, à la cause de cette règle, parce que cette unité constitue la signature de l'auteur, qui est forcé d'être un, qui doit imposer sa forme à
sa matière et nous intéresser à lui parce que, né sous une heureuse étoile, il est du petit nombre de ces êtres qui passionnent et gouvernent leurs prétendus semblables. L'esthétique de Flaubert lui interdisait précisément cela, qui est la condition de l'art. Par endroits, son tempérament peut bien crever et rompre le carcan de son dogme : il n'en reste pas moins tout estropié et endolori ; comme un pauvre être qui s'est appliqué la torture.
Ce que M. Thibaudet appelle idéalisation, généralité ou symbole, c'est l'expression même d'un certain ordre de réalités par un auteur (ce mot parfait!) qui communique aux autres hommes ce fruit de l'expérience qu'est un certain ton, c'està-dire un certain état de la sensibilité fixé par la vie, la réflexion ou simplement donné par la naissance.
APPENDICE V Les manuscrits de Pierre Gilbert