JULES LEMAITRE ET ANATOLE FRANCE
les égaler l'un à l'autre ; car ils étalent bien les fils les plus intelligents et les plus pieux de notre tradition littéraire. A ce titre, ils purent même reconquérir l'Europe à notre influence spirituelle.
Survint le grand trouble de l'Affaire. Et, pendant des années, nos guerres civiles, qui les divisèrent, les éloignèrent aussi des lettres. Le combat dévorait toute leur passion.
Mais le temps revint de philosopher. L'un d'eux, instruit par nos discordes, pensa qu'on devait retirer aux citoyens les affaires de l'Etat. L'autre n'est pas revenu de ses « erreurs », c'est-à-dire de ses courses à l'aventure.
Pourtant ils conversent en langage chiffré, La distance qui les sépare n'est plus telle qu'avec le temps, la voix de l'un n'arrive aux oreilles de l'autre. Leur controverse intermittente témoigne d'un besoin de raison, de logique, c'est-à-dire de paix intellectuelle. Et leur insistance à proclamer leur désaccord prouve au moins que, de celui-ci, leur pensée s'accommode mal.
Le dissentiment qui s'est élevé entre deux maîtres de notre race leur paraît sans doute à eux-mêmes un désordre inintelligible. Ils ont l'un et l'autre la tête trop raisonnable et trop classique, finalement trop semblable, pour ne pas tendre à l'accord. — La contradiction d'ailleurs irrite un esprit rationaliste : ce n'est pas un terme où il puisse s'arrêter.
Puisqu'ils aiment la vérité, est-ce que M. Jules Lemaitre et M. Anatole France se rencontreront un jour chez elle?
APPENDICE VII Le Sémitisme au théâtre