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On se rappelle que Ferrer arrêté, après les journées révolutionnaires de juillet i<)0() à Barcelone, un concert de clameurs s'éleva en sa faveur. En France notamment, sous couleur de le défendre, quelque chose fut essayé, dont Pierre Gilbert analysait, au jour le jour, les moyens et le but, dans une suite d'articles qu'il donna à l'Action Française en septembre et octobre iç)o^^. Il disait :

« L'aventure de Ferrer vient à un bon moment. Les travailleurs réunis dans leurs organisations syndicalistes, absorbés par leurs intérêts de classe, munis d'une philosophie purement syndicaliste et ouvrière, renseignés enfin par l'expérience sur les méfaits de la démocratie, du parlementarisme et de la trahison politicienne, achevaient de dénoncer toutes les alliances antérieurement conclues pour la cause de Dreyfus. Les anarchistes, bourgeois ou nobles, étaient jugés trop nobles ou trop bourgeois par les syndicalistes, et trop anarchistes par les purs républicains. Les intellectuels perdaient la foi et revenaient à leur littérature. Les républicains enfin étaient obligés de renier leurs anciennes

I. Voir aussi, sur ce point, l'étude de M. Georges Valois, r Affaire Ferrer eu France, dans la Revue Critique des idées du 25 novembre 1909. — E. M.

amitiés pour les syndicats... Chacun tirait de son côté, suivant son intérêt ou son idée. Mais Ferrer pourrait opérer le miracle de rallier tant d'intérêts centrifuges et obtenir en France ce qu'il a manqué en Espagne : il sauverait ici la République qu'il n'a pu faire là-bas ^Action Française, le 14 septembre 1909). »

Si Ferrer ti avait pu générer la République espagnole, Vèvènemeni déterminait du moins la chute du ministère Maura, et l'échec de sa réforme administrative, le plus grand essai de décentralisation que jamais ministre constitutionnel d'un régime parlementaire et libéral ait tenté au cours du XIX" siècle.

La politique de don Antonio Maura exerçait sur les jeunes politiques réalistes formés à l'école de Charles Maurras un singulier attrait. Us devinaient à travers les confuses informations de la grande presse une originale figure d'homme d'État. Le vocabulaire politique de nos voisins le qualifiait à l'occasion d'estadista et l'épithcte, peut-être un barbarisme, méritait l'attention. Certains catalanistes, régionalistes avant tout, le soutenaient, qui se déclaraient aussi étrangers au parti conservateur qu'à Vautre '. // était même arrivé que des libéraux le soutinssent pour celle unique raison là qu'ils ne trouvaient pas en lui l'homme d'un parti, d'une opinion, d'un intérêt, d'une religion ou d'une secte, mais le plus sérieux spécialiste des affaires d'État.

Vous voye\ combien Gilbert pouvait être curieux d'un tel homme et de le voir en des circonstances où l'ordre français était intéressé. Il fit donc le voyage d'Espagne. Passant par Barcelone pour s'y instruire sur place des journées de juillet, il y reçut les déclarations du commandant don Valerio Raso Negrini, juge instructeur du procès Ferrer (Action Française du 24 octobre). Un article sur la signification de la crise ministérielle espagnole suivit cette information sensationnelle, et Pierre Gilbert se hâta de gagner Madrid.

Les Français de notre génération qui ont substitué des amitiés italiennes et espagnoles aux influences septentrionales recherchées de nos aines doivent reconnaître Gilbert pour un des leurs.

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