‹ La forêt des CippesChapitre 33 sur 181 · THÉÂTRE DE L'ATHÉNÉE · texte numérisé non relu

THÉÂTRE DE L'ATHÉNÉE

Le Cœur dispose de M. Francis de Croisset.

On est libre d'aimer ou de ne pas aimer la manière de M. Francis de Croisset. Mais que l'on goûte ou que l'on méprise son tour précieux et affecté, son amour du brillant, la vulgarité de son sentimentalisme et son pastiche de Musset, je crois que ses admirateurs aussi bien que ses contempteurs tomberont d'accord sur les évidentes imperfections de son dernier ouvrage.

Les aventures de Robert Levaltier se fussent, en effet, paisiblement développées comme dans toute comédie bourgeoise, si M. Francis de Croisset n'avait, pour éviter le poncif, compliqué jusqu'à le rendre louche son principal personnage. Ce jeune homme, en effet, qui est entré chez les Miran-Charville, en qualité de secrétaire, malgré toute sa jeunesse et quelque fantaisie

Pierre Gilbert. — II, 7

dans la cervelle, n'inspire pas la sympathie. Il est pauvre, il veut devenir riche et compte beaucoup sur son bon air, son joli esprit et un physique avantageux. Il se donne pour un roué, c'est une raison peut-être pour qu'il ne soit qu'un niais ; nous serions mieux fixés si, au lieu de toujours raisonner ses états d'âme devant un pâle confident, il se contentait de vivre tout simplement devant nous, sans œillades à la galerie.

Dans tous les cas, les vues du jeune homme sur l'héritière des Miran-Charville n'éveillent aucune complicité dans le cœur du public. M. Francis de Croisset l'a compris un peu tard, en employant son troisième acte à résoudre cette équation : « le petit chasseur de dot est un jeune homme très sympathique. » Or, que se passe-t-il ? Au début de cet acte, Robert ne s'est encore trouvé qu'une seule fois en présence d'Hélène Miran-Charville : il s'est d'ailleurs ingénié à la tromper sur ses vrais sentiments en feignant l'indifierence. Et, coup sur coup, Hélène apprend que Robert prétend à elle, en effet, et même qu'il l'a, en premier lieu, recherchée pour sa dot. S'il est vrai que l'attitude équivoque du secrétaire ait d'abord intrigué la jeune fille, cette double découverte n'est pas propre, sans doute, à lui inspirer des sentiments très favorables à ses desseins. M. Francis de Croisset a donc été conduit à dicter à son personnage une apologie de Varrivisme, dont les tendances peuvent au moins nous faire hésiter, en sorte que le dénouement, qui devrait convaincre et conclure, nous rejette dans l'incertitude et la discussion et que sur un paradoxe vacillant va être édifiée la péripétie finale. M. Francis de Croisset 'a beau, en effet, être pénétré de ce sentiment que l'argent a bien sa poésie qui excuse et lave certaines indélicatesses, le public, d'ordinaire regimbe sur ce chapitre et trouvera peutêtre que V Assaut, l'Aigrette et le Cœur dispose, cela fait

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