‹ La forêt des CippesChapitre 36 sur 181 · PUISSANCE DE ROI IO · texte numérisé non relu

PUISSANCE DE ROI IO

j glante au cours de laquelle le roi est tué au balcon de

i son palais.

Cette histoire est présentée en quatre tableaux d'un

I mouvement un peu échauflfé, mais clairs et intéressants.

î On pourrait relever des invraisemblances et l'excessive propension qu'ont les pires intrigants à expliquer et -éventer leurs intrigues. Mais M"'^ Karen Bramson, qui visait un public populaire, avait sans doute besoin de ce grossissement pour marquer en caractères voyants les traits des principaux acteurs. Du reste, son ouvrage est moins encore un drame qu'une peinture symbolique : et la part de fiction que ce genre comporte ne paraît pas ici dépassée.

A la fable politique, l'auteur a entremêlé deux intrigues romanesques qui déconcertent un peu le public français : ces amours d'altesses royales, contrariées par la Raison d'État, ne nous disent rien. Mais je ne jurerais pas que M"'^ Karen Bramson ait elle-même pris ces romans très au sérieux. Je crois qu'ils servent surtout d'étalon d'or pour la sensibilité féminine. Assurément la politique comportera toujours des besognes, des exigences et des devoirs dont la dureté étonne un cœur de femme et contre quoi se révoltent d'abord la propre sœur du roi, amoureuse du docteur Sars, et la princesse Marie, mariée sans amour au duc de Toscane, et éprise du roi Jean. Mais, devant la grandeur de la lutte soutenue par le roi, l'amoureuse elle-même consent à s'incliner, parce qu'il y a plus de beauté et d'émotion, plus de quoi charmer même une âme de femme, dans les héroïques combats de la politique que dans les passions de l'amour. « Je vois maintenant..., dit la princesse au roi, je comprends... ce bonheur est plus grand que celui que j'aurais pu vous donner. » Puissance de Roi est donc comme la glorification de la sainte politique par la femme.

Et s'il est vrai que le roi succombe à l'entreprise, s'il

lOé CHRONiaUE DE LA SCENE EN I912

est vrai qu'il recule devant un coup d'État par respect pour le serment juré à la Constitution, il faut considérer que cette pièce nous vient d'une monarchie septentrionale où les grandes questions d'Etat se posent avec moins d'insistance que partout ailleurs et peuvent bien céder le pas aux affaires intérieures, plus épuisantes, plus passionnées et rarement dignes d'absorber l'activité du monarque ; la fonction royale est donc là moins clairement dessinée que dans les pays d'impérialisme et de nationalisme militant, où l'expansion et la défense de la race sont évidemment liées aux libres mouvements du souverain. Le Maroc, par exemple, pourra très bien dispenser Alphonse XIII du coup d'État dont la nécessité était sentie naguère. Il en va peut-être autrement du Danemark. Mais, là même, si le roi Frédéric a beaucoup de sujets de l'intelligence de M™^ Karen Bramson, nul doute que les choses ne lui soient facilitées avant peu. Puissance de Roi peut même faire une excellente image d'Épinal pour la France.

L'interprétation est satisfaisante dans l'ensemble ; elle est excellente en particulier avec M. Séverin Mars.

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