‹ La forêt des CippesChapitre 37 sur 181 · THÉÂTRE DES CAPUCINES · texte numérisé non relu

THÉÂTRE DES CAPUCINES

Sapho

opérette mythologique de MM. André Barde & Michel Carré,

musique de M. Cuvillier.

Après le succès très personnel de M"»* Régina Badet, dans la Femme et le Pantin, l'an passé, au Théâtre Antoine, il était inévitable que des hommes d'esprit lui

SAPHO, OPERETTE IO7

en offrissent l'occasion nouvelle en quelque parodie qui eût pu s'appeler la Femme ou le P.antin.

Les auteurs ont conçu l'ingénieuse idée non seulement de renverser la situation de la comédie tirée du roman de M. Pierre Louys, mais de choisir la poétesse Sapho comme héroïne de leur opérette licencieuse. Ce sont les détails qui font valoir ce genre d'ouvrages.

Qu'elle danse, qu'elle mime ou qu'elle enseigne la plastique dans un collège de jeunes lesbiennes, M"^ Régina Badet, si elle nous charme, ne nous surprend plus. Mais qu'elle soit devenue experte comédienne et chanteuse très fine, c'est assez pour la remercier de réunir tant de manières de charmer ses contemporains.

Dans le rôle de Phaon [le jeune garçon trottin qui fait soupirer Sapho] auquel il imprime une note de discrète ironie, on a beaucoup applaudi M. Armand Berthez, le directeur de cet aimable théâtre.

COMÉDIE ROYALE

Le nouveau spectacle de la Comédie-Royale se compose de trois comédies qui se réclament de deux poétiques très différentes.

La Joie du Sacrifice.

Les ouvrages de MM. Tristan Bernard père et fils remplacent, suivant un procédé aussi connu que démodé, l'invention et la fantaisie naturelle par le renversement systématique de toutes les situations de la vie. Par exemple, les vieillards amoureux sont d'ordinaire confiants et même aveugles, jusqu'à l'instant de leur premier soupçon qui

empoisonnera le reste de leur existence et celle de l'objet aimé. Changez tout cela, vous aurez des vieillards jaloux sans motif, mais qui, au lieu de tourmenter la partie adverse, disparaîtront de sa vie le plus aimablement du monde et en pure perte, car, ainsi que vous le pensez, leurs soupçons étaient vains et ils n'avaient pas perdu l'amour des jeunes gens qui n'ont même jamais été plus épris de leurs rhumatismes. — Voilà toute la Joie du Sacrifice, de M. Jean-Jacques Bernard, à qui je ne reprocherai même pas l'invraisemblance : sa marque, c'est plutôt le pur arbitraire qui ne laisse soupirer au spectateur indifférent que : « Bien possible, et puis après ? »

Les Visiteurs nocturnes.

Pareillement, M. Tristan Bernard, en un petit acte sans prétention, n'a pas manqué de nous montrer des cambrioleurs timides et malheureux qui, s'ils ne trouvent rien chez leur victime, lui font du moins retrouver le sommeil à l'aide d'un narcotique, le sommeil qui la fuyait depuis trois ans ! Le premier mot de l'endormie à son réveil est de reconnaissance infinie pour ses bienfaiteurs : on ne s'attend pas, évidemment, à cet élan du cœur, et cet effet de surprise est aussi tout ce que cherchait M. Tristan Bernard. Je crains pourtant que l'espèce de rictus stéréotypé, qui définit de plus en plus le comique de cet auteur, coure le risque de faire rire de moins en moins son public. — Mais il y a une trouvaille : après que les cambrioleurs s'en sont allés bredouilles, il ne reste en scène que la victime endormie ; pour nous faire attendre l'heure tardive de son réveil, M. Tristan Bernard a imaginé de faire sonner coup sur coup toutes les heures de la nuit et d'imiter dans la coulisse tous les bruits de l'obscurité, puis de l'aube. Et c'est d'un pittoresque agréablement mystificateur, si l'effort littéraire peut paraître assez faible.

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