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LE BEAU REGIMENT

niste et lettré délicat, compatriote de Moréas, M. Théodore Lascaris. Un jeune homme se sent devenir fou parce qu'il se croit le fils d'un fou : or, nous apprenons qu'il est l'enfant supposé d'un homme parfaitement sain. Pour l'arracher à la hantise de son mal imaginaire, sa mère lui livre le secret de sa naissance. Mais le garçon doute si cet aveu ne cache pas un pieux mensonge et, pour échapper à cette perplexité nouvelle, se tue.

Peut-être fallait-il traiter sur le mode ironique cette histoire passablement mystificatrice : elle n'eût presque rien perdu du côté de la terreur et l'ouvrage eût gagné en saveur un peu acre comme aussi en vérité humaine. J'avoue que la dérision des aventureuses théories sur la fatalité héréditaire ne m'eût pas tellement centriste, mais bien plutôt cette manière de réplique parodique ou simplement sarcastique des Revenants m'eût paru salubre et tonifiante. Dans sa forme actuelle, cependant, l'Obsédé est un curieux petit drame, sobre et précis.

Le Beau Régiment

C'est l'histoire d'un régiment de uhlans, à qui un médecin-major, victime d'une confusion d'étiquettes, inocule le virus de la rage, au lieu de le vacciner de la petite vérole : sous l'action du microbe, les malheureux soldats possédés s'assemblent comme des mutins dans la cour du quartier et veulent en troupe se répandre dans la ville. Pour préserver la population, il faudra que le colonel lui-même réquisitionne le régiment voisin et commande le feu sur son beau régiment, bientôt anéanti. Le principal défaut de ce drame sombre est d'hésiter entre la peinture d'un milieu et le pur et simple fait divers. L'auteur, M. Francheville, pouvait tout uniment nous offrir quelque bonne scène de carnage et d'épouvante ; mais il a voulu aussi, louable ambition, figurer

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la grandeur de la discipline et la sainteté de l'ordre militaire ; son œuvre observe donc quelque tenue ; mais c'est au détriment de l'impression physique. Car cette histoire n'est guère horrible qu'en idée, si, d'ailleurs, sa présentation rudimentaire peut bien être un sacrifice aux rites du Grand-Guignol. Le Beau Régiment fait des mœurs militaires allemandes une peinture que je crois dénuée d'indulgence. Rudesse, brutalité, insolence, absence surtout de cette gaieté spéciale qui anime tout quartier français, voilà les traits sous lesquels est dépeinte la vie intérieure de ce régiment prussien.

Or, il me faut constater que cette peinture noire et dure n'a excité ni le rire, ni l'indignation : le public, plutôt que de se gausser de la rudesse teutonne, a paru davantage se soucier d'une discipline si exactement observée. Signe des temps, sans doute : nous devions l'enregistrer.

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