LES YEUX OUVERTS
épices, M. Oudinot a dû successivement puiser dans la boîte à péripéties, dans le pot à littérature et dans le le livre des mots cruels. C'est principalement Norsant et Suzanne Granger qu'il a chargés des nobles exercices de l'esprit : et pour mieux composer l'atmosphère autour de ses personnages, l'auteur a rappelé, à intervalles fixes, que Norsant est un sceptique et Suzanne une intellectuelle : comment résister au prestige de ces vocables ? Seulement, à faire trop de ronds de jambe, le jeune auteur a manqué d'apercevoir la seule jolie scène que son sujet lui ait amenée. Au second acte, qui pourrait être le meilleur, Norsant et Suzanne, comme on dit, s'accrochent enfin : elle le provoque à une explication, avant de répondre à Ouranof, et lui élude la proposition discrète. Il est à peine besoin d'indiquer la jolie, profonde et douloureuse orientation qu'il appartenait à l'auteur de donner en ce moment à son dialogue. Il tenait la matière d'une bonne scène de comédie sentimentale. Au lieu de cela, M. Oudinot prête à Norsant des idées générales sur l'amour et offre à Suzanne les consolations de l'ivresse. Et c'est ainsi le plus souvent. M. Oudinot a deux tiroirs : de l'un il tire des discours en imitation de littérature, de l'autre, une brutalité froide, pour rattraper le temps perdu en bavardages et peut-être pour « faire théâtre ».
La comédie les Yeux ouverts est jouée aussi bien que possible par M"^ Polaire qui devient une comédienne vraiment intéressante, et par MM. Arquillère et Capellani.
190 CHRONIQUE Dli LA SCENE EN I912